Miscellanées de nouvelles (17)

Voici une nouvelle entrée dans la série des Miscellanées de nouvelles. Au menu du jour : entrée, plat et dessert dans les cantines du Bélial’, de Tor.com (en anglais) et d’ActuSF, et pas nécessairement dans cet ordre.

Commençons avec « Le mystère de la femme sans bras » de Hervé Jubert aux éditions ActuSF dans la collection Naos. La nouvelle, extraite de l’intégrale Blanche parue en janvier 2018, met en scène Blanche Paichain, 17 ans, coincée dans un Paris assiégé par la Prusse pendant la guerre de 1870 et réfugiée chez son oncle commissaire de police. Bien entendu, elle ne peut s’empêcher de fourrer son nez dans les enquêtes de son oncle. Ici, elle se lance sur la piste de la Venus de Milo, qui a disparu alors que des meurtres sauvages sont perpétrés dans les rues de la ville. Blanche ne manque ni de flair, ni d’audace et encore moins d’ingéniosité. C’est enlevé, érudit sans ostentation (vous reprendrez bien un peu de mythologie grecque au passage ?) et teinté d’une point de fantastique. D’Hervé Jubert, j’avais apprécié la trilogie d’enquête de Georges Hercule Bélisaire Beauregard dans Magies secrètes, Le tournoi des ombres, La nuit des égrégores. Sur un format plus court, l’expérience de lecture est tout aussi agréable.

Continuons avec « Magie des renards » de Kij Johnson, nouvelle traduite par Mélanie Fazi. Ce texte végétait dans ma liseuse depuis septembre 2016, mois pendant lequel il était offert par les éditions du Bélial’ à l’occasion de la sortie dans la collection Une heure lumière du court roman Un pont sur la brume. Après avoir lu ce dernier ce mois-ci (coup de coeur, coup de foudre, appelez-ça comme vous voulez), il paraissait logique de lire aussi « Magie des renards », récipiendaire du Prix Theodore Sturgeon de la nouvelle en 1994 (même parcours que Lorhkan, en somme). Kij Johnson choisit le conte japonisant et la figure des kitsune, ces esprits renards métamorphes, pour mettre en scène une tragique histoire d’amour, de possession et de magie. Le point de vue adopté est celui de la renarde, ce qui induit un subtil décalage. Au fil du temps qu’elle passe sous forme humaine, sa manière de penser évolue. Renarde amoureuse du seigneur voisin, elle le séduit après s’être transformée en jeune fille, sans penser à autre chose que le fait qu’elle l’aime, d’un amour égoïste. L’illusion qu’elle a construit reproduit la société humaine, et peu à peu, elle en vient à comprendre et à ressembler à l’épouse humaine qui attend désespérément le retour de son mari disparu. La nouvelle sera reprise dans l’anthologie des Utopiales et je ne peux que vous conseiller d’en faire l’acquisition.

Et terminons par la lecture en VO de « The Lady Astronaut of Mars » de Mary Robinette Kowal disponible ici sur le site des éditions Tor. La nouvelle accompagnait la sortie des romans The Calculating Stars (Lady Astronaut T1) et The Fated Sky (Lady Astronaut T2). Il est rare que je lise en anglais. Mon niveau requiert des textes accessibles et je lis beaucoup plus lentement. J’avoue aussi que je suis trop fainéante pour fournir des efforts de compréhension plus importants dans une langue qui n’est pas la mienne. Pendant le dernier Summer Star Wars, un Lutin malin a conseillé ce texte à ceux qui aiment la SF et l’uchronie et qui souhaitent aller sur Mars. Trois mots clés qui m’ont poussé à tenter la lecture de ce texte récipiendaire du prix Hugo 2014 de la nouvelle. Elma York, 63 ans, a été l’une des astronautes les plus célèbres du monde. Installée sur Mars avec Nathaniel son mari, programmeur atteint d’un mal incurable et dont l’espérance de vie a fortement diminué (il lui reste au mieux une année à vivre), elle n’a cependant pas abandonné l’idée de repartir dans les étoiles. Sheldon Spender, le directeur du centre spatial de Bradbury sur Mars l’appelle finalement pour lui confier une nouvelle mission : une mission qui l’éloignera pendant trois ans de Mars, de son mari et avec un risque non négligeable qu’elle n’y survive pas. Dans ce texte intimiste, Mary Robinette Kowal plonge son personnage principal dans un dilemme moral éprouvant. On y trouve aussi un portrait un peu critique de la NASA tant sur son cynisme – autant « ne pas gâcher » un jeune astronaute en bonne santé dans une mission longue durée – que pour sa communication : cela finira par se savoir et ce jour-là l’agence sera en capacité de manipuler l’opinion publique pour qu’elle ne voit en cette mission qu’une figure héroïque sacrificielle. Le point de divergence se dévoile dans les détails et a pour principale conséquence la prise de conscience de la fragilité de notre berceau et la nécessité de trouver d’autres points de chute. Un texte à lire, assurément. De mon côté, j’espère voir traduits les deux romans autour d’Elma York.

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