Magies secrètes – Hervé Jubert 11


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Une enquête de Georges Hercule Bélisaire Beauregard

De Hervé Jubert

Folio SF – 320 pages

L’empereur Napoléon III, aidé du préfet Haussmann souhaite transformer Paris … Ah ? Non ? Pardon. L’empereur Obéron III, aidé du préfet Hoffmann souhaite transformer Sequana et en chasser les Feys. Cette mission est confiée au ministère des affaires étranges qui utilise les services de Georges Hercule Bélisaire Beauregard, ingénieur-mage de son état. Cependant, Beauregard recueille et met à l’abri dans son hôtel particulier certaines de ces créatures féériques. Il a, par exemple, la déesse Isis à demeure. Il recueille aussi une jeune fille amnésique, qui prend pour prénom Jeanne. Si sa nature reste un mystère. Si elle n’est pas une fée, elle a tout de même le don de lire dans les esprits. Un peu malgré lui, Beauregard en fait son apprentie. Peu après avoir recueilli Jeanne, il est convoqué par l’impératrice Titiana. Le prince Udolphe a été enlevé et sera restitué, morceaux par morceaux, la tête en dernier si Beauregard ne retrouve pas son ravisseur.

Dans ce premier tome d’une série, l’univers se met en place. Un univers riche – Hervé Jubert ne manque pas d’imagination – et ultra référencé (mythologie, vie mondaine, théâtres…) entre steampunk (automates, chapeaux mécaniques) et fantasy (féérie, sortilèges, pléthore de créatures magiques). Foisonnant, il peine à tenir dans un si petit volume et les notes de bas de page l’aident à prendre corps. Cette profusion de notes, qui prennent parfois une place non négligeable et coupent l’élan de la lecture, peuvent agacer. Le lecteur peut s’en dispenser car cela ne nuit pas à la compréhension de l’intrigue – elles relèvent parfois de l’anecdote. Néanmoins elles renforcent la cohérence de l’univers, éclairent son fonctionnement et, en bonus, se révèlent souvent très drôles. Il serait donc dommage de s’en passer. Cet univers à explorer – on y voyage beaucoup – relègue au second plan l’intrigue principale ainsi que les intrigues secondaires qui devront probablement attendre, pour certaines, une résolution dans un autre tome. Beauregard semble d’ailleurs plus se laisser porter par les évènements qu’être actif dans son enquête.
Hervé Jubert propose des personnages pittoresques. Malgré son jeune âge, 20 ans, Beauregard possède une certaine maturité et le sens du devoir et des responsabilités. La nature de Jeanne restera mystérieuse jusqu’au bout, ce qui peut générer de la frustration. On s’attache aussi à la volcanique et pragmatique Isis et à Condé l’automate affublé d’un défaut de prononciation. Tous les ingrédients d’un bon roman se retrouvent dans Magies secrètes : des amours et des amitiés que se nouent, une dose de suspens, des rebondissements à la pelle une pointe d’humour dans les situations, une touche d’ironie et des dialogues qui font mouche. En filigrane se profile un message plus politique sur la tolérance, le racisme et questionne le lecteur sur la société qu’il décide ou laisse se mettre en place…

Même si, en cours de lecture, j’ai eu l’impression que l’univers, l’intrigue, les personnages avaient été entrés au chausse-pied dans ce court roman (320 pages en poche avec une police de caractère plutôt grande), je signe pour la lecture de la suite.

L’Arbre de Sequana
Il n’avait rien de colossal. Question hauteur et largeur de tronc, il valait un orme âgé de trente ans. Au bord d’un boulevard ou dans une forêt, il n’aurait pas attiré l’attention. Mais nous étions au mois de décembre et l’arbre était vert comme au plus beau jour du printemps. Et il ne portait pas des feuilles ou des fruits, mais des livres.
Beauregard se rappela l’émotion qui l’avait saisi lorsqu’il l’avait vu pour la première fois. Charles de L’Escalopier l’avait adopté un mois plus tôt. Georges n’était qu’un enfant et la Féerie gardait pour lui tout son mystère. L’Escalopier l’avait introduit dans cette salle de la Bibliothèque impériale en lui disant :
— La légende raconte que la Féerie est venue d’un continent que certains nomment Ambre, Thulé ou les Havres gris. Elle a essaimé et s’est fixée, comme à Sequana. Cet arbre vient de la terre oubliée. Il a flotté jusqu’à l’endroit où nous nous trouvons et ses racines s’y sont plantées.
Comme toute légende, cette histoire contenait une part de vérité. Beauregard l’apprendrait bien plus tard69.
— La Féerie est une faune, une flore, un système, avait continué l’érudit. Elle est fragile. Cet arbre en est le symbole. Ta mission consistera à la protéger contre les hommes et contre elle-même.
Charles de L’Escalopier, qui aimait les métaphores, avait utilisé l’anecdote des phalènes, de la pollution et des bouleaux argentés. Les phalènes, insectes clairs, profitaient autrefois des bouleaux aux troncs blancs et noirs pour se camoufler. Vint l’ère industrielle. Les fumées de combustion du charbon obscurcirent villes et campagnes. Les troncs des bouleaux noircirent. Les phalènes blanches, devenues visibles, furent décimées par leurs prédateurs.
Protéger la Féerie consistait surtout à la cacher. D’où cet hôtel que l’enfant d’alors n’imaginait pas avoir à gérer un jour.

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