Six mois, trois jours – Charlie Jane Anders

Six mois, trois jours

De Charlie Jane Anders

J’ai Lu Nouveaux Millénaires – 160 pages. Traduit de l’anglais par Laurent Queyssi

Retour de chronique du Bifrost 96

Six nouvelles aux qualité inégales

Après la publication en 2018 de Tous les oiseaux du ciel, premier roman de Charlie Jane Anders, couronné par les prix Nebula et Locus, les éditions J’ai Lu proposent au lectorat francophone un recueil de six nouvelles – dont le texte éponyme audit recueil, lauréat du Prix Hugo catégorie novellette. Doug et Judy ont chacun le don de voir l’avenir. Doug ne perçoit qu’un seul futur tandis que Judy est capable de discerner tous les futurs possibles. Le premier n’a pas le choix et, résigné, subit sa vie. La seconde trie et choisit ce qu’elle va vivre. Ils tombent amoureux, mais savent que leur histoire ne durera que six mois et trois jours. Doug le voit et aucun des avenirs que Judy anticipe ne permet d’éviter la rupture… La narration maîtrisée, le traitement émouvant dénué de pathos, l’exploration subtile des relations entre deux personnages que tout oppose et les questionnements sous jacents sur le libre-arbitre et le déterminisme, font de cette novella le récit de référence du présent recueil.

Dans « Notre modèle économique ? Le Paradoxe de Fermi », le ton léger contraste avec le propos glaçant autour d’un premier contact fortuit entre extraterrestres écumant les galaxies et humains décimés par un cataclysme écologique. Charlie Jane Anders choisit d’adopter le point de vue de l’étranger, même si ce dernier cache plutôt un alter ego. « Comme neuf » joue avec un objet emblématique du conte : la lampe magique. Marisol, dramaturge en plein doute existentiel, survit à un cataclysme mondial en se réfugiant dans la panic room du manoir dans lequel elle travaille comme femme de ménage. À sa sortie, elle trouve une bouteille contenant un génie prêt à lui exaucer trois vœux et tente de remettre le monde en état. Un récit qui tient grâce aux digressions autour de l’écriture théâtrale et aux ruses déployées par la narratrice afin d’éviter que ses souhaits ne tournent au désastre.

« Intestat » se penche sur le transhumanisme en mode nostalgie et cynisme. Lors d’une réunion de famille dans les bois, chacun se demande quelle partie du corps du patriarche modifié il recevra en héritage à la mort prochaine de ce dernier. Malgré une critique sous-jacente de la guerre économique sans merci autour des innovations techno-biologiques, le texte reste très en surface des thématiques abordées.

« Cartographie des morts soudaines » aborde voyage temporel et dystopie. L’Empire entrevu offre peu de perspectives pour les gens du commun – la plupart destinés à vivre et à mourir en esclave, et les portes qui permettent de se déplacer dans le temps ne s’ouvrent qu’au moment de morts brutales et inattendues. Un texte qui semble à l’étroit dans ce format court, et tend à frustrer son lecteur.

« Trèfle » met en scène l’histoire d’un couple gay qui reçoit, en guise de porte-bonheur, un chat. Pendant neuf ans, comme convenu, tout leur sourit, mais passé ce délai et l’arrivée d’un autre félin, le vent tourne. La magie a toujours un prix ; cette nouvelle de fantasy urbaine l’illustre doublement.

En définitive

Même si le résultat n’est pas toujours à la hauteur des attentes, Charlie Jane Anders fait preuve d’audace dans le mélange, parfois improbable, des genres et des thématiques – réjouissant à défaut d’être totalement réussi. Charlie Jane Anders est une autrice à suivre.

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1 réponse

  1. shaya dit :

    Recueil qui semble intéressant niveau thématiques en tout cas 😉 J’ai déjà son roman dans ma PAL, j’attendrais donc de l’avoir lu avant de passer à autre chose d’elle 😉

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