La trilogie Loredan T1, Les couleurs de l’acier – K.J. Parker 7


Les couleurs de l’acier
La trilogie Loredan, I

de K.J. Parker

Folio SF – 664 pages

Bardas Loredan est un avocat qui songe à prendre sa retraite après dix ans de bons et loyaux services. Et pour cause, à Perimadeia, la florissante cité où il officie, les plaidoiries ont depuis longtemps cédé la place aux duels à l’épée. Le procès est remporté par le bretteur survivant, qu’il soit plus talentueux ou plus chanceux. Talentueux, Bardas fait aussi partie des chanceux : soldat dans l’armée de Maxen il est l’un des rares rescapés des guerres meurtrières contre les hommes des plaines. Il décide de se reconvertir et d’ouvrir sa propre école d’escrime. Fait insolite une jeune femme vient s’inscrire à son cours. Jeune femme qui, quelques temps avant, avait réussi à faire lancer par le Patriarche de la Cité une malédiction à l’encontre de Bardas Loredan. Depuis Alexus, le Patriarche et gardien du Principe cherche en vain à la retrouver. Et quand les hommes des plaines, menés par le futé Temraï, attaquent la Cité, la vie de Bardas se complique encore un peu plus puisque les autorités lui confient la défense de la Perimadeia.

Ce premier tome est celui d’une mise en place. Le lecteur fait connaissance avec une foule de protagonistes : les destins individuels s’entremêlent, se retrouvent liés par magie ou par la nécessité, les histoires de famille ressurgissent. La magie décrite ici est assez particulière : le Principe ne se laisse pas facilement manipuler et semble même en faire à sa guise la plupart du temps, suivant des objectifs qui lui sont propres et qui restent obscurs pour les simples mortels. Même si la fin est très ouverte sur un second tome (nous sommes dans une trilogie après tout) l’intrigue principale de ce premier volet est entièrement résolue. Le lecteur ne se sent pas obligé d’enchaîner immédiatement sur le tome suivant.
La ville de Perimadeia est abondamment décrite et c’est un plaisir de se balader dans ses quartiers, répartis sur trois niveaux, tous occupés par des corps de métiers différents (les quartiers des tanneurs, des couturiers etc. dans la Cité Basse, les administrations et les bâtiments officiels dans la Cité du Milieu, la famille impériale dans la Cité Haute…). Les personnages sont bien campés ; certains sont dotés d’un cynisme et d’un humour à toute épreuve. Bardas a quelques airs de famille avec le Dr House sur le point de l’humour noir et des relations interpersonnelles. Sur la quatrième de couverture on nous indique que KJ Parker « passe son temps libre à fabriquer des trucs en bois et en métal ». Elle prend un vrai plaisir à nous expliquer comment on fabrique les épées, les machines de guerre, et tout un tas d’autres objets, à décortiquer la stratégie militaire, les techniques du sièges. Elle porte un regard d’ingénieur dans le sens noble du terme et nous en fait profiter à condition d’être réceptif. Si les descriptions sur l’art de concevoir un trébuchet vous rebutent, vous trouverez des longueurs. Malgré l’érudition la plume de l’auteur est limpide et le livre se lit avec une facilité déconcertante. On en redemande (et c’est quelqu’un qui n’aime pas les trilogies de fantasy qui écrit ça). La couverture de l’édition de poche est très réussie (l’édition en grand format chez Bragelonne était, elle aussi, superbe).

Un extrait
Le regard de Bardas Loredan passa de la lettre à l’épée, revint sur la lettre et retourna sur l’épée. Il savait que les armes étaient des objets ambivalents, capables de faire le bien comme le mal, ou les deux et parfois simultanément. Elles étaient incapables de comprendre ou d’apprécier les actions qu’on leur imposait. Loredan songea qu’il en allait de même pour un avocat – un homme qui se bat et qui tue au nom de la justice pour une cause qui n’est pas la sienne. C’était l’arme tenue par une main et l’habileté que cette dernière lui conférait qui décidaient ce qui était juste et ce qui ne l’était pas, du bien et du mal. Dans un procès, le jugement allait en faveur de l’avocat le plus fort et le plus rapide plutôt qu’à la cause la plus juste. Si un instant avant le début du duel le point de vue de l’accusé était devenu celui du plaignant – et vice versa – il était difficile de croire que la victoire changerait, elle aussi, de bord.

Consulter la bibliographie de l’auteur sur le Répertoire de la Science-Fiction.


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