La Ballade de Lila K – Blandine Le Callet 8


La Ballade de Lila K

De Blandine Le Callet

Stock – 400 pages

Voila un livre qui titillait ma curiosité depuis un moment. Publié dans une collection mainstream alors que l’histoire se tient dans un futur proche (dans une centaine d’années) et dans une société dystopique, La Ballade de Lila K ressemble furieusement à de la SF qui se cache ou qu’on cache. Pudiquement, dans la presse, on parle d’anticipation. Dans les articles, à demi-mot quand on l’évoque, la SF est reléguée au rang de décor… Alors SF ou pas SF ? Étiquette ou pas étiquette ?

L’histoire est celle de Lila, recueillie par le Centre quand elle est encore gamine. Elle a été retirée à sa mère et confiée au Centre, une institution de réhabilitation en plein coeur de Paris. C’est elle qui retrace son histoire, ses efforts pour paraître normale et pouvoir sortir du centre à sa majorité. Elle est tendue vers un seul objectif : retrouver sa mère. Pour cela elle se laisse, en apparence, formater et modeler pour entrer dans les standards de la normalité préconisés par la société. En toile de fond on voit cette société évoluer progressivement vers une dystopie. Les caméras quadrillent l’espace, même personnel, mais, manque de chance, visionner les images en permanence est impossible. Le culte de la santé à tout prix, celui de beauté et de la jeunesse prédominent et ceux qui refusent les injections anti-rides sont considérés comme des anti-conformistes filant un mauvais coton. Les livres, réputés dangereux non pas sur le fond mais sur la forme puisque le papier et l’encre peuvent provoquer des allergies, doivent être manipulés avec moults précautions. Pour des raisons de santé publique il convient donc d’utiliser des gants pour feuilleter les livres papier et le grammabook, une liseuse électronique, doit être, logiquement, privilégié. La censure est donc bien plus facile à mettre en oeuvre par ce biais. Nous avons donc une société parente de celles de 1984 ou de Fahrenheit 451 mais  l’élément science-fictionnel reste toujours au second plan. Blandine Le Callet ne s’interroge pas sur les conséquences sociales et humaines de l’évolution de cette société. Ce qui l’intéresse c’est l’histoire de la petite Lila et sa relation à la mère et aux autres, son destin personnel. L’amateur de SF, pur et dur, restera sur sa fin de par le point de vue adopté : une focale sur un individu unique et le manque de regard global, d’une réflexion sur cette société dystopique. Mais l’amateur de littérature (SF ou pas) appréciera l’histoire et la narration, simple mais évocatrice, de Lila K. De Blandine Le Callet, j’avais beaucoup aimé Une pièce montée, roman choral autour d’un mariage (et qui a été porté à l’écran me semble-t-il). Dans La Ballade de Lila K plus que le background SF, ce sont la voix de Lila, le ton et l’écriture ciselée de Blandine Le Callet qui m’ont séduite. Ce roman se dévore d’une traite, la voix de Lila, forte, vibrante, émouvante est parfaitement restituée par l’auteur. SF ou pas SF là n’est pas la question puisque nous avons affaire,ici, à un très bon roman, tout simplement.

Un extrait :
« On passe sa vie à construire des barrières au-delà desquelles on s’interdit d’aller : derrière, il y a tous les monstres que l’on s’est créés. On les croit terribles, invincibles, mais ce n’est pas vrai. Dès qu’on trouve le courage de les affronter, ils se révèlent bien plus faibles qu’on ne se l’imaginait. Ils perdent consistance, s’évaporent peu à peu. Au point qu’on se demande, pour finir, s’ils existaient vraiment. »


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8 commentaires sur “La Ballade de Lila K – Blandine Le Callet

  • JainaXF

    Tout à fait d’accord avec ta critique, j’avais beaucoup aimé ce roman ! Par contre, le fait qu’on cache que ça soit un roman de SF m’agace, même si effectivement, on s’intéresse avant tout à l’histoire d’une personne. Mais dans ce cas, Des fleurs pour Algernon ne serait pas de la SF non plus, ça m’énerve cette ségrégation : étant donné que le roman est reconnu par le monde littéraire mainstream, il ne peut pas être SF !

  • Cachou

    En dehors de la question de SF, je dois dire que de mon côté, j’ai été quand même assez déçue par le final « social » qu’on voit quand même venir de loin (ou que j’ai en tout cas moi vu venir de loin) et qui est un peu « facile » pour expliquer tout ça. J’aimerais pour une fois avoir un traumatisme profond ancré par quelque chose de moins spectaculaire mais de plus trouble, de moins évident (comme le sont souvent les traumatismes)…

  • NicK

    « une focale sur un individu unisque et le manque de regard global, d’une réflexion sur cette société dystopique. »
    Je parlais sur le forum du Belial du nombrilisme de la littérature blanche française. Encore un exemple. NicK, qui n’aime pas trop la litt gén. [Cheese]

  • Lhisbei

    @ JainaXF : le parallèle avec Des fleurs pour Alergnon est pertinent même si je trouve qu’il y a un poil plus de science (et de SF) dans le roman de Keyes @ Lystig : bizarre ça : les bibliothèques ne rechignent pas à l’acquérir d’habitude…[] @ Vert : bonne lecture prochaine alors []
    @ Cachou : le final n’est pas caché au lecteur (il le devine assez vite) mais c’est Lila qui a occulté et qui redécouvre avec difficulté (il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir…). Je n’ai pas ressenti de facilité mais ça reste un drame social…
    @ Val : oui je trouve qu’il vaut le coup d’être lu mais j’aime beaucoup la plume de Blandine Le Callet
    @ Nick : je ne parlerais pas de nombrilisme (c’est un terme que je réserve aux écrivains se regardant écrire sur du vide, comme en auto-fiction). Dans La ballade de Lila K est au niveau micro plutôt que macro c’est tout… (du coup on est loin de la SF prônée par Roland Lehoucq)