Forteresse – Georges Panchard 11


Forteresse

De Georges Panchard

Robert Laffont Ailleurs et Demain – 384 pages

2039, Adrian Clayborne est chef de la sécurité chez Haviland Corporation. Il est plus particulièrement chargé d’assurer la protection de son dirigeant, Brian Mannering. Ce qui n’est pas simple puisque depuis le décès de son épouse dans un attentat (attentat qui lui permis de passer du poste de vice président à celui de président) il collectionne les conquêtes (jeunes, jolies, intelligentes de préférence). Mannering vient d’ailleurs de faire entrer à Castell One, sa forteresse high-tech, sa dernière maîtresse en date, une jeune analyste économique lorsque Clayborne apprend que Ghost, une nouvelle opération destinée à assassiner Mannering, vient d’être lancée. Claybrone se lance sur une piste suédoise autour d’une invention qui a disparu à l’issue d’une transaction commerciale souterraine qui s’est soldée par plusieurs morts. Mais quel rapport ce fantôme peut-il bien avoir avec le suicide d’un peintre obèse américain ?

En 2019, nous sommes en guerre. Pas une guerre atomique, ni une guerre armée (la guerre contre les extrémistes islamique a déjà eu lieu). Une guerre économique. Totale. Où les multinationales n’ont pas le moindre soupçon d’un début de scrupule à utiliser tous les moyens pour écraser, éradiquer, le concurrent. Ce qui inclue le meurtre et, bien entendu, alimente milices, mafias et organisations du crimes privées et prospères. Les Etats eux-même ne sont pas en reste. Entre les Etats-Unis (désunis de la Californie, trop rebelle) qui ont viré bibliques illuminés et qui prônent l’obésité comme standard de vie, et la Suède qui bannit toute forme ou représentation de la violence, le monde ne tourne plus très rond. Un monde ultra-surveillé où chaque individu est fiché, contrôlé… Bref vous l’aurez compris, Forteresse ne fait pas dans la dentelle dans son extrapolation dystopique de ce que notre monde porte de meilleur. C’est radical, sans concession, peut-être un peu stéréotypé parfois (les américains tous obèses par exemple) mais cela fonctionne à merveille et dresse un portrait assez réaliste de ce que nous pourrions connaître (et comme la réalité finit souvent par dépasser la fiction…).

Mais plus que le monde dans lequel l’action prend place, l’élément le plus important, dans Forteresse, réside dans sa construction, soignée, imbriquée de plusieurs fils narratifs sur des temporalités différentes. Une construction sous forme de thriller avec flash-backs, mémoriels ou pas, une construction qui m’a happée (moi qui n’aime pas les thrillers) jusqu’à une fin qui s’est pleinement jouée de moi comme elle s’est joué de certains personnages. Avant d’ouvrir ce livre j’avais des échos positifs et négatifs. Après lecture j’estime que le contrat passé entre le lecteur et l’auteur est ici bien plus que respecté et que je me plongerai avec un plaisir anticipé dans Heptagone. Et on termine sur un extrait :

« La dissipation, c’est ce que le monde a inventé contre l’ordre du monde.
La formule était de Gregory Archer, dans un livre publié en 2028, qui à ce jour encore était considéré était encore considéré comme un des ouvrages les plus pertinents de la sociologie moderne.
Archer avait affirmé qu’il y avait quatre choses au moins qui fonctionnaient sur le même modèle : le corps, l’esprit, les groupes et l’univers. Chacune d’entre elle survivait en recherchant continuellement l’insaisissable équilibre entre l’ordre et le chaos.
Et Barstow pensait que l’existence des dissipateurs en était la meilleur illustration.
Parce que les hommes avaient inventé des caméras microscopiques, des ordinateurs intelligents, des banques de données relationnelles. Parce qu’ils avaient appris à reconnaître les empreintes digitales, puis oculaires, puis génétiques. Parce que, en théorie, personne au monde ne pouvait ne pas être identifié, trouvé, suivi par toute entité disposant d’assez de moyens et d’une bonne raison de le faire.
Et cela, le monde ne l’avait pas vraiment voulu. Les dissipateurs étaient nés spontanément, comme le font souvent les choses nécessaires. »

     Défi Littérature suisse


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