La place aux Autres – Philippe Mouche 5


La place aux Autres

De Philippe Mouche

Gaïa – 256 pages

Sous une couverture pour le moins intrigante et dans une collection « mainstream », La place aux Autres cache un roman d’anticipation proche teinté d’une légère dystopie. Plantons le décor. Tristan Kassal, élu municipal, abandonne la politique et décide de partir à la recherche du Présent. Dans sa quête, il se retrouve avec une inconnue dans un supermarché autour d’une question fondamentale : combien de petits pois dans une boite de conserve ? Coup de foudre immédiat. Retrouver l’Inconnue devient soudain la quête la plus importante de la vie de Tristan. La mystérieuse Argus vient à son secours. Par le biais des réseaux – le Nuage est un internet hyper-développé – elle détient une masse d’information impressionnante et se révèle prête à aider Tristan sous réserve qu’il diffuse un, puis deux, puis trois, documents explosifs sur GlobalWatch, entreprise numéro un de la vidéo-surveillance. Les caméras sont, en effet, partout. La société connaît ses premières dérives communautaires et sécuritaires. A l’image de la ville qui se replie peu-à-peu sur elle-même et ses quartiers, les gens préférent communiquer via les réseaux plutôt que dans la vie réelle. Des tribus urbaines se créent, des poches de résistance aussi.

La place aux Autres fait preuve d’une grande richesse thématique dans des domaines variés – politique (au sens de la « vie de la cité »), écologie, humanitaire, scientifique et technique. Les techniques utilisées sont assez proches de ce que nous connaissons et l’extrapolation nous emmène donc logiquement dans un futur assez proche pour arriver demain même s’il n’est guère plaisant. Pourtant, au delà des thématiques, c’est le le moyen utilisé pour les traiter qui fait le charme du roman. Tous les thèmes sont abordés au travers de la vie des personnages principaux et secondaires (réfugiés climatiques, d’hommes politiques, d’artistes, de clandestins), par le truchement de tribus urbaines avec leurs us et coutumes ou encore par développement d’intelligences artificielles qui s’humanisent (ou pas d’ailleurs)… Le coeur du roman, ce qui lui donne son souffle, sa force, c’est l’humain. Et le lecteur sent chez l’auteur une grande tendresse et une foi dans ce qui fait l’humanité de l’homme : sa capacité à aller vers l’autre. Tristan est idéaliste, parfois un peu naïf, mais généreux, impliqué. Et son questionnement –  Quelle place pour l’homme une société en pleine mutation ? Et de quel futur voulons-nous ?  – devient ainsi le nôtre.

Phillipe Mouche aborde des sujets graves avec légèreté grâce à une pointe de poésie et d’humour voire d’ironie. Le jeu du chat et de la souris entre Argus, l’Inconnue et Tristan est savoureux, montant progressivement en puissance au fur et à mesure du roman. La narration alternant les points de vue des personnages brosse un portait impressionniste de cette ville de province et de ses habitants nous offrant, en plus, une belle étude de la nature humaine. Les personnages sont bien dessinés et ils évoluent, parfois même de manière spectaculaire mais toujours crédible. Seul bémol, il faut passer outre les premières pages sur la recherche du Présent, passage un peu obscur, qui amène à se demander où veut en venir l’auteur.

« Je me retrouve seul dans la cuisine, face à quatre tasses à café vides. La vie n’est que mouvement, que passage d’un endroit à un autre. Le Présent absolu est un moment de béatitude trompeur. Ça dure le temps d’un éclair et le reste est affaire de mémoire. De jolis souvenirs qui font passer le temps, pendant qu’on poursuit son chemin, la peau à découvert, à travers une multitude de hasards qui nous écorchent vif. »


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