Comme un automate dément reprogrammé à la mi-temps – Laurent Queyssi 4


Comme un automate dément reprogrammé à la mi-temps

De Laurent Queyssi

ActuSF – 248 pages

Comme un automate dément reprogrammé à la mi-temps est un recueil des nouvelles de Laurent Queyssi, composé de 8 textes dont un inédit. Il est préfacé par Xavier Mauméjean. L’avantage de ce recueil de nouvelles c’est qu’il est athématique et qu’il permet de découvrir un auteur sous différentes facettes. L’inconvénient c’est qu’il est athématique et qu’il n’a pas de fil conducteur. Nous allons donc passer en revue les nouvelles une par une après avoir fait l’impasse sur la préface de Xavier Mauméjean « Portrait en découpe sur écran » (il me manquait un cadre de référence pour en saisir le sens et la saveur). Chaque nouvelle est introduite par l’auteur lui-même, avec, parfois, une profusion d’anglicismes (issus de l’univers des comics, du ciné ou des séries TV ?) qui ne me parlent pas. C’est assez déroutant mais aussi excitant d’entrer en des contrées inconnues (et entre la préface et les intros, c’était exotique, croyez-moi).

« Sense of wonder 2.0 » nous plonge dans un monde où l’être humain est réduit à la fonction d’homme sandwich, sponsorisé par une marque grâce à un contrat exclusif de représentation. Les héros, des ados d’une banlieue anonyme US, n’ont aucune perspective. Effrayant et désabusé.
« Fuck City » met en scène un petit génie de l’informatique, égoïste et noceur, qui se fait débaucher de sa retraite dorée, pour travailler sur les failles entre univers parallèles. Une nouvelle à chute réussie sur un thème classique.
« Comme un automate dément reprogrammé à la mi-temps », le texte inédit du recueil est probablement celui qui m’a le plus surpris. D’une part j’ai beaucoup appris sur les moeurs des scénaristes des séries TV (qui résolvent leurs conflits à coup de duels improbables ici une partie de Pac-Man) mais en plus je me suis retrouvée suspendue aux mots jusqu’à la dernière ligne et la bascule finale. Une courte mais impressionnante nouvelle.
Dans « La scène coupée (Fantômas, 1963) » Fantomas s’invite sur le tournage d’un des films qui lui est consacré. Sympa mais d’un intérêt mineur à moins d’être ultra-fan de Jean Marais ou de Fantomas.
« 707 Hacienda Way », co-écrit avec Ugo Bellagamba, est une nouvelle uchronique où Philip K. Dick est décédé en lieu et place de sa soeur jumelle Jane. C’est donc Jane K. Dick qui a écrit La maîtresse du Haut-Château et que le narrateur va rencontrer dans sa villa au 707 Hacienda Way. Un texte sensible, intelligent, à la nostalgie maîtrisée que j’ai beaucoup apprécié.
Dans « Rebecca est revenue » le seul voyage possible d’une humanité qui ne regarde plus la réalité en face est virtuel. nous suivons quelques ados au moment clé du premier voyage et des questionnements qui marquent ce passage à l’âge adulte. Mélancolique et émouvant.
Changement radical de ton et d’ambiance dans « Planet of Sound », co-écrit avec Jim Dedieu. La nouvelle retrace l’histoire d’un groupe de rock, Sugarmaim, au travers de chroniques d’album, interviews et actus. Et si on y mêle les E.T. c’est parce qu’un autre dessein apparaît. Un autre texte Intelligent et bien foutu même s’il me manque pas mal de références pour l’apprécier pleinement.
En commençant « Nuit noire, sol froid » je me suis rendue compte que j’avais déjà pu lire ce texte dans Galaxies en 2009. A cette époque, déjà, il m’avait séduite. Aujourd’hui encore je suis sous le charme.

Parfois le lecteur s’attache à certains détails. Ici c’est la police de caractère qui a attiré mon regard et plus particulièrement la lettre Q, fort élégante avec sa queue allongée (on ne rit pas mais quelle idée d’allonger les queues aussi…). Et si on doit terminer par quelque chose, parlons de la couverture de Greg Vezon qui colle parfaitement au ton et au contenu du recueil.


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