Allison – Laurent Queyssi

Allison

De Laurent Queyssi

Les Moutons électriques – 160 pages

Allison vit dans une petit ville du Sud Ouest, dans une banlieue résidentielle sans relief. Nous sommes en 1993. Pour elle, c’est l’année du bac. Allison, son truc, c’est la musique. Elle joue de la basse, et plutôt bien, dans un  petit groupe local baptisé Sugarmaim. Le groupe n’est pas mauvais : petit concert dans le bar de la ville, scène en vue lors de la fête de la musique, comme tête d’affiche. Sur son walkman, elle écoute des cassettes de shoegaze : les Pixies, Ride, Sonic Youth, Slowdive ou Pavement. La musique rythme sa vie. Elle la transcende. Jusqu’au point de la faire décoller. Un matin, alors qu’elle écoute « Loveless » de My Bloody Valentine, elle entre en lévitation. Elle marche trente centimètres au dessus du sol, avant de retomber dès qu’elle se rend compte de ce qu’il lui arrive. C’est une faculté, un don (super-héroïne or not ?) ou le symptôme d’un dysfonctionnement plus grave ? Commence alors la valse des questions. Est-ce l’héritage de son père, mort d’une leucémie alors qu’elle avait trois ans ? Va-t-elle, elle aussi, mourir de cette même maladie ? Et comment en savoir plus sur lui ? Comment en savoir plus tout court sur la lévitation ? Est-ce que ça ce contrôle ce truc ? Allison, paumée, navigue entre les interrogatoires feutrés des grand-parents et ses recherches livresques sur le phénomène qui la touche et qui la conduira à Northampton rencontrer un écrivain dont le premier roman met en scène un chanteur de rock capable, lui aussi, de léviter.

Court roman initiatique doublé d’un road-trip « sex, drug and rock’n roll », Allison se lit d’une traite et fait écho à nos souvenirs d’adolescence et encore plus quand on est quadra. En 1993, j’étais en première. L’année suivante, celle du bac donc, j’écoutais du rock, mais beaucoup plus mainstream – à part les Pixies, parce que les Pixies sont incontournables quand on est ados dans les années 90 : The Smashing Pumpkins, The Cranberries, R.E.M., Radiohead, The Cure, Nirvana mais aussi ZZ Top et d’autres trucs de vieux pour l’époque (Queen, Metallica, Police, Genesis, Dire Straits, même si j’étais totalement passée à côté de Bruce – The Boss – Springsteen). Chez les français, Noir Désir côtoyait Indochine, Téléphone et Les Innocents. Mais ce n’est pas l’identification à Allison qui a fonctionné pour moi avec ce livre (non, je n’ai pas porté de chemises à carreaux de bucheron au lycée, ni de converses, ou fumé des clopes sous le préau du lycée). Le blues adolescent, les références musicales, littéraires et science-fictives (dont un Hal) et la voix d’Allison entre naïveté et clairvoyance portent ce roman d’une infinie tendresse teintée de nostalgie sur le passage à l’âge adulte.

En réalité, alors que nous aimerions ressembler à la fusion parfaite entre The Cure et les Pixies, nous sonnons sans doute davantage comme un croisement entre Indochine et Téléphone.

Pour Allison, la terminale c’est la fin des Pixies et d’un monde connu et terne. Bientôt ce sera les Breeders et un nouveau monde en vue. Et ce sera probablement meilleur.

Bertrand, merci de m’avoir fait rencontrer Allison !

Je ne verrai jamais mon groupe préféré en concert
(p56 – 5eme phrase)

Lettre Q
Challenge ABC littérature de l’Imaginaire 2018

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