Contrepoint, anthologie présentée par Laurent Gidon 10


Contrepoint

Anthologie présentée par Laurent Gidon

ActuSf – 136 pages

Laurent Gidon a réuni, sous une couverture étonnante et accrocheuse, neufs textes « sans arme ni violence ». Neufs textes d’auteurs partants pour laisser de côté des histoires construites autour de conflits ou de combats. Neufs textes d’auteurs dont la plupart des romans sont précisément construits sur ces fondements – Thomas Day, dont le texte clôt l’anthologie, se montrant le plus souvent excessif et jusqu’au-boutiste dans la démarche. Alors qu’allaient donc donner ces neufs textes ? Du bon ? Du gentillet ? De l’édulcoré ? De la guimauve ? Et ces auteurs, ont-ils respecté la consigne ? Leurs textes sont-ils vraiment exempts de conflits ? Aux premières questions, je peux répondre. A la dernière, j’avoue que, très vite, j’ai laissé tomber. Après trois nouvelles pour être précise, je ne me suis plus préoccupée de chercher le respect ou pas des règles du jeu. Je voulais lire des histoires, de bonnes histoires, qui me feraient vibrer sur un mode différent. Après ces trois textes, j’ai même oublié la contrainte.

Ma curiosité, une fois la préface (accessible, claire et qui explique la démarche sans prosélytisme) lue, m’a poussée à picorer dans le désordre le plus complet (enfin après les deux premières nouvelles) les courts textes de cette anthologie athématique. Certains m’ont plus fait vibrer que d’autres. D’autres m’ont paru un peu bancal. Je n’ai pas eu de coup de coeur (ça m’arrive d’ailleurs assez rarement sur des textes courts) mais malgré le manque de fil rouge j’ai trouvé une cohérence interne : tous les textes sont centrés sur l’être humain, à échelle micro bien que placé dans un univers plus vaste et qui le dépasse parfois. Revue de détail.

« L’Amour devant la mer en cage » de Timothée Rey place la barre très haut d’entrée de jeu. Il m’est d’ailleurs impossible de décrire ou de résumer ce texte tant il m’a déroutée, me plongeant dans un ailleurs, à la rencontre d’une post-humanité plus qu’exotique (mais le mot est bien réducteur face à la richesse de l’univers qui tient en quelques pages). Vertige assuré.

« Le Chercheur de vent » de David Bry tient dans une scène : le passage à l’âge adulte, un moment charnière, dans la vie d’un jeune garçon d’un peuple capable de voler. Pas de conflit, pas de compétition ici, mais un dépassement de soi, de ses peurs, des ses limites. Un texte lumineux qui porte le lecteur et qui m’a rappelé mes premiers émois de lectrice de SFFF, émois ressentis avec les vols à dos de dragons d’Anne McCaffrey.

Apèrs les deux premiers textes de l’antho, assez surprenants, j’ai voulu voir ce que Thomas Day pouvait faire de cette consigne. Je n’ai pas été déçue par sa « Semaine utopique » narrée sous la forme d’un carnet de bord d’un auteur bien emmerdé par une contrainte à la con. Avec cette pirouette teintée d’auto-dérision, Thomas Day s’en sort mieux que bien.

Parce que le titre m’intriguait, j’ai poursuivi le chemin avec « Petits arrangements intra-galactiques » de Sylvie Lainé. Que se passe-t-il quand on tombe en rade en plein milieu d’un nulle-part galactique ? On se pose sur la première planète vivable possible et on attend les secours, même si ça implique certains petits arrangements avec l’éco-système local, arrangements qui ne manquent pas de drôlerie. Et je dois vraiment résister à la tentation du « spoil » pour ne pas vous faire un copier/coller de la nature de ces arrangements. Sylvie Lainé a une voix : j’avais parfois l’impression de l’entendre me chuchoter son histoire et la terminer dans un grand éclat de rire chaleureux.

« Avril » de Charlotte Bousquet et « Tammy tout le temps » de Laurent Queyssi m’ont déçue. Le premier parce qu’il semble basé sur un ressort artificiel et que je n’ai pas trouvé plausible la naissance des sentiments entre Manal et Avril. Le second parce qu’il est trop elliptique et ne m’a pas permis de prendre des repères précis (traduire : je n’y ai rien compris).

« Nuit de visitation » de Lionel Davoust se situe dans l’univers de Léviathan, cycle que je n’ai pas lu. Je craignais, comme pour Éros ou Thanatos, de manquer d’éléments de contexte. Ce n’est pas du tout le cas ici. La nouvelle se suffit à elle-même (nul doute que les lecteurs de Léviathan y trouveront un autre niveau de lecture cependant). Léon, hospitalisé, à la fin de sa vie, revient sur les erreurs passées, erreurs qu’il ne se pardonne toujours pas. Une visite étrange va changer sa façon d’appréhenser son passé mais aussi la vie. Un texte grave, qui, malgré son thème (pardon et rédemption), tranche par sa tonalité sombre.

Avec « Permafrost » de Stéphane Beauverger, la contrainte de la non-violence m’est revenue à l’esprit. Il s’agit ici, pour un sage, de permettre une paix véritable entre des tribus primitives qui se déchirent. Le prix à payer sera élevé. Et violent, même si c’est sur le mode du sacrifice nécessaire pour une cause juste, pour l’intérêt collectif. Premier contact avec la plume de Beauverger pour moi. Rencontre fructueuse : l’histoire est prévisible mais elle est fichtrement bien racontée.

J’ai terminé ma lecture avec « Mission océane » de Xavier Bruce, nouvelle à laquelle j’ai moyennement accroché. Les militaires un peu bas du front ont du mal à me séduire même s’ils sont capables de dépasser leur cadre de référence. Le style de l’auteur accroche suffisamment cependant.

Dans cette anthologie, on ne trouve donc pas de guimauve, ni de bisounours pacifistes militants. Comme dans toute anthologie, quelques textes sortent du lot par leur enjeu, le style de l’auteur ou les émotions qu’ils dégagent. D’autres s’oublient vite.
L’anthologie Contrepoint est offerte pour l’achat de deux livres du catalogue ActuSF.


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