Goliath – Scott Westerfeld

Goliath

De Scott Westerfeld

Pocket Jeunesse – 544 pages

J’avais beaucoup apprécié Léviathan et Béhémoth, les deux premiers tomes de cette série Jeunesse. Je m’attendais donc, selon la sagesse populaire du proverbe qui tue « jamais deux sans trois », a apprécier tout autant le dernier volet. Parfois la sagesse populaire se met le doigt dans l’oeil. Si, à la lecture de Goliath le plaisir s’invite toujours, une fois le livre refermé, il laisse dans son sillage un arrière-goût un peu amer de promesses non tenues.

Avant d’aller plus loin dans ce billet, sachez, vous qui lisez ces lignes, que chroniquer le tome 3 d’une série implique de déflorer quelque peu l’intrigue ou les évènements des deux tomes précédents. Sans compter que je vais aussi déflorer ce tome pour expliquer en détail pourquoi ma lecture s’est teintée d’une légère déception. En d’autres termes et sans circonvolutions inutiles : beware many spoilers inside ! Si vous voulez les éviter, rendez-vous dans le dernier paragraphe.

Reprenons donc. Le Leviathan a quitté Istanbul après une bataille épique mettant en scène un magnifique Kraken darwiniste. Deryn Sharp, toujours déguisée en Dylan l’aspirant de l’armée anglaise, se rend compte qu’elle est un peu beaucoup tombée amoureuse de ce « fichu » prince Alek. Prince qui ne se doute en rien du petit secret de Dylan et qui la voit comme son meilleur ami, comme son allié. Prince qui est bien décidé à retrouver son trône. Comment ? Et pourquoi pas en mettant fin à cette guerre par exemple ?  Le détour par les plaines de Sibérie, plus précisément en pleine région de Toungouska, constituera peut-être une occasion en or. Le Leviathan embarque à bord (après moult péripéties impliquant notamment des ours de combat affamés) Nikola Tesla, inventeur clanker. Ce dernier prétend pouvoir stopper la guerre avec une arme de dissuasion : un rayon  de la mort d’une puissance phénoménale, capable de raser une ville grâce à la fée électricité. Il faut donc le convoyer jusqu’à son laboratoire New Yorkais. Voici le Leviathan sur les terres américaines. Jusqu’ici l’histoire se révèle passionnante, surfant sur le mystère et l’ambiguité, instillant une dose de suspens qui fait tourner les pages avec avidité dans une guerre en passe de se mondialiser totalement. Les Etats-Unis, pays coupé en deux entre clankers et darwnistes (au lieu de nordistes et sudistes) entreront-ils en guerre ? Las ! Si l’histoire est passionnante, le traitement que lui réserve Scott Westerfeld l’est moins. Parce que Alek découvre (enfin !) que Dylan est une fille (et encore il lui faut beaucoup d’aide de la part de son loris perspicace, bestiole darwiniste dotée d’intelligence et adoptée dans le tome précédent, pour y parvenir). Et une fois le pot-aux-roses dévoilé, tout ce qui n’est pas du ressort de l’amourette contrariée d’Alek et Deryn passe au second plan. Tout. Absolument tout. Y compris des éléments qui avaient titillé la curiosité. Des Etats-Unis coupés en deux clans on ne saura rien de plus : la sécession s’est-elle faite autour de l’esclavage ? Aucune idée. La révolution mexicaine de Pancho Villa ? Une guerilla filmée en cinémascope pour un studio d’Hollywood… Le principal reste la bluette. Bluette dont le lecteur se moque puisqu’il y a bien longtemps qu’il a senti venir la « happy end ». Le traitement des personnages pâtit aussi de cette focalisation : Alek se comporte comme un idiot (voila qu’il se met à considérer Deryn soudainement comme une pauvre petite chose à protéger de part sa condition de fille alors qu’il ne la voyait jusque là que comme un valeureux soldat, ce qu’elle est en fait). Deryn fait la girouette (je sur une roturière, c’est un prince, je vais le perdre, oh mon dieu c’est trop dur !). Les personnages secondaires ont perdu tout le corps qu’il avaient acquis dans les tomes précédents. Les autres aspirants ? Des noms et des fonctions. Le Dr Barlow, scientifique tordue qui-a-toujours-un-plan-d’avance ? Une cruche. Tesla est le seul qui s’en sorte pendant un temps, avant de verser dans la caricature. Et la fin retombe comme un soufflé (je vous rassure, je n’irai pas jusqu’à la déflorer totalement).

Entre le tome 1 qui tournait beaucoup autour des innovations et des cultures antagonistes Clanker et Darwiniste et le tome 3 qui se réduit presque à la romance Alek (dont on oublie presque qu’il est Prince Héritier d’un Empire – qui n’existe plus c’est vrai) et Deryn (dont on oublie qu’elle est déguisée en garçon tant Scott Westerfled insiste sur le fait que c’est une fille) s’ouvre un gouffre : d’habitude on part de problématiques individuelles pour aller vers quelque chose de plus grand, qui dépasse le simple enjeu d’une historiette d’amour et qui ouvre des horizons. Ici c’est le contraire : on part d’un monde riche, ouvrant sur des myriades de possibilités, pour se retrouver face à une banale histoire d’amours adolescentes… Histoire magnifiquement illustrée par Keith Thompson, comme à l’habitude, mais cela ne console qu’à peine de tant de gâchis.
Je n’aime pas finir sur une note mitigée : pour un peu j’en oublierais presque le plaisir pris à la lecture des trois tomes (et surtout des deux premiers il faut l’avouer)… Objectivement cette série reste une bonne série mais avec une conclusion d’une moindre qualité.


Challenge Winter Time Travel.

   Lu pour le Prix ActuSF de l’Uchronie 2013

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