La Vague montante – Marion Zimmer Bradley 8


La Vague montante

De Marion Zimmer Bradley

Le Passager Clandestin – 144 pages

Le Starward, premier vaisseau stellaire terrien, est tombé en panne dans la constellation Alpha du Centaure. Quatre générations ont été nécessaire à la réalisation et l’équipement du Homeward, vaisseau de retour vers la Terre originelle. Un équipage de descendants des premiers colons reviennent donc sur la planète mère cinq siècles après le départ initial. Il s’attendent à trouver une planète hyperdéveloppée mais leur arrivée leur laisse un goût amer : les villages fermiers ont remplacé les mégalopoles, les transports se font à pieds plutôt qu’en hélijet personnel, l’ambition de conquête spatiale n’est qu’un lointain souvenir. La société semble avoir régressé. Pourtant les habitants des villages ont l’air en bonne santé, heureux et tout à fait normaux. Pire, les « barbares » selon eux, ce sont les membres de l’équipage du Homeward, symboles d’un temps révolu et d’une société esclave de la science et des technologies futiles, société promise à l’éffondrement. En réalité, et même si l’équipage du Homeward, tarde à s’en rendre compte : les sciences et le progrès ne sont pas absents de cette société presque utopique mais font l’objet d’une utilisation, raisonnée, raisonnable et pragmatique.

Publié en 1955, la novella n’a rien perdu en portée ni en puissance alors même que le contexte économique a radicalement changé : des trente glorieuses nous sommes passés à une crise mondiale généralisée (encore que le mot crise me paraît mal choisi quand on voit le niveau de vie des sociétés européennes et nord-américaines). La critique fait mouche sur un autre plan : nous sommes peut-être en plein effondrement de notre modèle économique et social et nous devrions peut-être songer à en changer : faire passer l’intérêt du plus grand nombre avant l’intérêt de chacun, se recentrer sur l’essentiel pour vivre mieux et moins frustrés quand l’accessoire ou le futile sont inaccessibles. Quand on songe aux volumes d’antidépresseurs et d’anxiolytiques ingurgités chaque année par les Français alors qu’une bonne partie de la population vit dans le confort quand ce n’est pas l’opulence, il y a de quoi se poser des questions sur ce dont nous avons besoin pour vivre et être en paix avec nous-mêmes. La Vague montante, en portant un regard décalé par le temps et l’époque de son écriture, nous nous renvoie une image qui pose question et remet les idées en place. La synchronique du texte, présente en fin d’ouvrage, détaille le contexte d’écriture de la nouvelle et donne quelques pistes de réflexion (ex La Technique ou l’Enjeu du siècle, un essai de Jacques Ellul qui pose le postulat suivant : d’outil permettant à l’homme de se dépasser, la technique est devenue un processus autonome auquel l’homme est assujetti).

Une citation et un extrait aux résonances d’actualité pour terminer :

«Ce n’est pas la science que nous n’aimons pas, c’est l’usage qu’on en fait en la considérant comme une fin en soi, et non comme un moyen. »

« Nous nous servons de la science, nous ne sommes pas à son service. La science, Monsieur Kearns, n’est plus le seul jouet d’une poignée de puissants faiseurs de guerre, pas plus qu’elle n’est asservie à un mode de vie artificiel à l’usage d’une population malade et névrosée, sans cesse à la recherche infantile de distractions et d’excitants nouveaux. Ce n’est plus le seul jouet des groupes d’influence, de soi-disant éducateurs, de fanatiques, d’adolescents, d’exhibitionnistes égocentriques et de femmes désoeuvrées ! Les gens ne sont plus soumis à l’obligation perpétuelle d’acheter des produits d’une science commercialisée, pour « créer de l’emploi » et permettre aux cités de continuer à fonctionner. »


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