Guide de l’uchronie – Anniversaire et point d’étape 20


guide uchronieEn janvier 2015 paraissait aux éditions ActuSF Le Guide de l’uchronie écrit par Bertrand Campeis et Karine (Lhisbei) Gobled (héhé, c’est moi). Un an après la sortie, il est temps de faire un point d’étape sur la vie de ce guide. Et vous allez tout savoir. Tout, tout, tout, vraiment tout.

Pour résumer mon parcours, j’ai eu le coup de foudre pour l’uchronie en 2000 ou 2001 avec La Part de l’autre d’Eric-Emmanuel Schmitt. J’avais donc 24 ou 25 ans et pas encore de blog littéraire pour relater mes impressions après lecture. Malgré le temps qui passe, il me reste pas mal de souvenirs, d’images autour de cette lecture. A l’époque le mot uchronie m’était inconnu. Mais quand je suis tombée sur l’étiquette un paquet d’années plus tard (il a presque fallu 10 ans), j’ai replongé dans le genre avec délectation. En 2010 je lançais la première édition du Winter Time Travel, défi littéraire consistant à lire, entre le 21 décembre et le 21 mars, des uchronies. 45 participants et 235 billets plus tard (rien de moins), Bertrand Campeis (que je ne connaissais pas), me demandait mon numéro de téléphone pour une proposition indécente : intégrer le jury du prix ActuSF de l’uchronie dont il était le secrétaire. Me voilà, toute intimidée, avec un bagage pas encore très fourni en terme d’uchronie, intégrant ce jury présidé par Éric Henriet (M. Uchronie himself) en compagnie des éminents et émérites Jean Rebillat, Étienne Barillier, Jean-Luc Rivera et feu Kevin Bokelli. De discussions en correspondance avec Bertrand, de livres en films, je plonge avec délectation et passion dans ce genre qui n’en est pas un, entre histoire et SF. En gardant en tête le fait que « si j’avais su avant que ça s’appelait uchronie, j’aurais trouvé plus vite et pus facilement des bouquins à lire ». J’aurais pu interroger des libraires, des bibliothécaires, expliquer et mieux orienter mes lectures. Partant de ce constat, de cette frustration et en regardant les petits guides à trimballer sur la SF et la fantasy édités par ActuSF, il me vient à l’idée d’en écrire un pour faire découvrir au monde entier, de manière simple, ce qu’est l’uchronie et orienter le public. Nous sommes en mars 2013 et je ne conçois pas un instant d’en faire une aventure solitaire. Bertrand, collectionneur passionné, capable de lire et de vous faire lire et apprécier les pères fondateurs Geoffroy Château et Renouvier (qu’on considère souvent comme barbants) devait en être. Il a dit oui, enthousiaste et passionné, tel qu’il est au quotidien. Et impossible de concevoir écrire sur l’uchronie sans la bénédiction du pape du genre, Éric Henriet. Bénédiction que nous avons reçue, accompagnée d’une préface plus tard (un cadeau de baptême magnifique, merci Éric).  Il nous restait à convaincre Jérôme Vincent, big boss des éditions ActuSF de nous éditer. Le projet était un peu conçu pour lui et la ligne éditoriale de sa maison d’édition, il n’a donc, logiquement, pas dit non.

Nous étions donc en mars 2013. Nous avons l’idée, deux auteurs, un parrain, un éditeur. Il faut donc un Guide. Ce qui, en clair se traduit, par écrire. Même s’il ne s’agit pas de fiction avec toutes les difficultés que ça soulève (faire vivre une histoire et des personnages etc), nous partons quand même d’une fichue page blanche qu’il faut remplir. Comment faire ? Nous partons un peu dans tous les sens en commençant par lister les oeuvres uchroniques dont nous voulons parler. En clair, cela se traduit par de longues conversations téléphoniques avec Bertrand (nous n’avons pas d’autre choix que de travailler à distance, lui en région parisienne, moi chez les ch’tis), un grand bloc-note gribouillé suivi d’une remise au propre sur Excel et Word (oui ExcelVador et WordPalpatine ont beaucoup travaillé à ce moment là), des lectures compulsives d’uchronies (bon ça ce n’était pas le plus dur) et une longue liste d’auteurs à interviewer. Nous sommes immergés dans la documentation. Mais la documentation ne fait pas un guide. Il faut en sortir pour définir ce que nous voulons dire à propos d’uchronie au reste du monde et comment le dire. Bertrand et moi sommes déjà d’accord sur le « quoi » : approche commune, angle de vue partagé, on appelle ça être sur la même longueur d’ondes (un très bon point de départ). Pour le comment, je sors mon arme fatale, issue du lycée, qui ne m’a jamais mise en défaut : le PLAN. Il nous faut un plan pour organiser ce que nous voulons écrire. Nous élaborons donc un plan que nous envoyons à l’éditeur pour validation. Et oui, nous avons fait valider notre plan. Vous vous imaginez écrire un ouvrage complet, puis entendre votre éditeur vous dire, « oh mais c’est très bien, mais c’est brouillon, on ne s’y retrouve pas dans votre essai, il faut réaménager, découper, déplacer… »  Et bien moi pas. Je ne savais déjà si j’étais capable de pondre un guide, je ne me voyais encore moins en pondre deux… Le plan a été retravaillé avec l’éditeur (il manquait effectivement de clarté) puis nous avons pu passer à la phase de rédaction. Nous nous sommes répartis les parties, sous parties, chroniques à faire en fonction de nos compétences (je suis absolument ignare sur les jeux vidéos par exemple) et de nos envies. Nous avons ensuite commencé à rédiger chacun de notre côté (avec le même état d’esprit là aussi : le sentiment que nous n’y arriverions pas, que nous manquerions de temps et que, non vraiment, c’était nul ce qu’on écrivait). J’ai eu beaucoup de chance à ce moment là. M. Lhisbei était là. Et il a assuré. Grave. Sur le plan d’un soutien moral sans failles (« tu peux y arriver », « tu vas y arriver », « tu vois que tu y arrives ») avec une capacité à me supporter qui m’étonne encore aujourd’hui (parce qu’à ce moment là j’étais tellement sous pression que j’en suis devenue invivable), par des relectures (et c’est redoutable lecteur / relecteur, il ne laisse rien passer et ne lâche rien) et sur le plan de la logistique quotidienne (vous savez, les corvées passionnantes qu’on fait tous les jours ensemble dans un couple moderne – lessive, ménage, repassage, cuisine, courses – et qu’il s’est fadé la plupart du temps tout seul et sans ronchonner pour me permettre d’écrire). Sans M. Lhisbei, je n’aurais jamais co-écrit ce guide. Il m’a ensuite accompagné à toutes les conférences en bibliothèque et festivals, pris des photos qui m’ont permis de « croire » à la réalité et à vivre pleinement cette aventure.

La suite vous la connaissez : une fois le guide terminé, la phase de relecture / réécriture / correction commence avec un bêta-lecteur (qui nous a rendu la version 0 du tapuscrit annotée sur le mode « arbre de noël ») puis avec Jérôme Vincent et Marie Marquez. Si écrire se révèle déjà difficile, il ne faut pas croire que corriger et réécrire est pas plus facile. Et quand la version 3 a été qualifié de définitive, je n’en pouvais plus. J’étais lessivée. Oui, la version publiée, celle que vous avez peut-être dans votre bibliothèque, est la quatrième version (mais le plan de la version 0 n’a pas été modifié d’un iota). Qui sort. Avec votre nom sur la couverture (une sensation indescriptible). Avec une illustration magnifique. Et que vous dédicacez en avant première aux Rencontres de l’imaginaire de Sèvres, puis sur d’autres salons. Qui vit sa vie, chez les libraires et les bibliothécaires. Qui vous vaut des lecteurs connus et inconnus (pfiou, des lecteurs !). Des interviews. Et des retours critiques positifs et le sentiment de n’avoir pas écrit en vain. Nous avez pu suivre la vie du Guide sur ce blog, je ne vais pas détailler toute la période. Je vais juste vous donner, puisque je vous ai promis que vous sauriez tout, quelques informations avant de me taire (il est temps, vile pipelette) et de laisser la parole à Bertrand, co-auteur sans qui rien de tout cela n’aurait été possible et Jérôme Vincent mon éditeur (que j’aime et que j’adore :p).

Voici donc quelques chiffres (attention, ne fantasmez pas, le Guide n’est pas un best-seller). Au 31/12/2015, nous avons écoulé 1 222 exemplaires papier du Guide de l’uchronie. Les retours sont peu nombreux, mais nous ne sommes pas à l’abri puisque les essais ont une durée de vie un peu plus longue sur les étals des libraires que les fictions. En numérique, nous sommes à 132 exemplaires vendus de janvier à octobre 2015. Mais c’est bien ou ce n’est pas bien ces chiffres ? C’est carrément bien. Nous sommes sur un essai (ce n’est pas ce qui se vend le plus), chez un éditeur spécialisé SF (reconnu mais pas encore autant que Gallimard ou Grasset pour la blanche, vous en conviendrez), sur un sujet de niche (je rappelle qu’on parle d’uchronie au moment où le carton en librairie c’est Fifty Shade of Grey). Alors ces chiffres là sont carrément déments. Et le titre est rentable (un point qui me tenait particulièrement à coeur et qui valide l’idée de départ : ce guide a trouvé sa place dans le paysage éditorial).

Bon, j’ai assez causé. La parole est à Bertrand Campeis, co-auteur du Guide de l’uchronie, secrétaire du prix de l’uchronie (et pour une fois Bertrand, j’ai été plus bavarde que toi, nananère !).

 Le guide, pour moi, c’est à la fois une aventure et un ressenti particulier vu que celui-ci est intervenu à un moment particulier de ma vie. Quand Karine m’a proposé d’écrire le Guide, j’ai accepté tout en me disant que :
– je n’étais pas digne
– J’écrirais, au mieux, du pipi de chat
– mais c’était diablement tentant d’essayer de surmonter ma peur de l’écriture pour enfin être satisfait de quelque chose.
– Mon nom sur un bouquin , Saperlipopette ! Mon nom sur un bouquin !

Puis est arrivé ce que je n’avais pas du tout prévu à l’origine, ma compagne et moi-même nous sommes séparés… Honnêtement j’étais au fond du trou, à avancer comme un zombie vers je-ne-sais-quoi, en faisant sans trop y réfléchir tous les petites choses, pas faciles, pas évidentes à faire dans ces moments-là… J’étais au fond du trou, mais heureusement il y avait ce guide. Le guide, j’en ai bavé pour l’écrire, Karine peut témoigner du nombre d’heures où je lui décrivais pas le détail ce que je voulais faire, comment je voyais le truc, et les données qu’il ne fallait absolument pas oublier (c’est mon côté encyclopédie vivante, je me nourris de données, et mon cerveau les classe et les ressort)… Puis une fois devant mon écran de pc, à essayer de taper sur mon clavier… Ben rien, mais alors rien ne sortait… L’angoisse, la peur de mal faire me tétanisait… Je ne peux que louer Karine, qui grâce à ses mots, à sa patience, à son écoute, a réussi à me permettre de sortir de ce blocage… Sans relâche, gentiment, calmement, elle a su me dire que tout ne serait pas parfait au premier abord, qu’on réécrirait, qu’on corrigerait, qu’on supprimerait, mais qu’au bout du compte, on y arriverait. Et elle y est arrivée, j’ai dépassé mon blocage, j’ai écrit, j’ai râlé, j’ai pesté, j’ai couiné de joie quand je trouvais une phrase ou une association d’idées. Karine, pour ça n’est pas devenue ma meilleure amie, elle l’était déjà, elle est devenue l’incarnation même de l’uchronie, sa déesse. Puis une autre déesse est entrée en jeu : elle s’appelle Marie Marquez… Je l’entends râler d’ici, elle va soupirer et dire à voix haute « Pff… N’importe quoi ! » et pourtant… Marie, c’est une sainte, patiemment, minutieusement, elle a lu et relu le recueil, pointée nos erreurs, proposé des reformulations, bref, Marie a fait un boulot formidable et rien que pour ça je l’adore (l’autre raison c’est qu’elle est adorable, mais je l’entends déjà dire  » bis repetita »).

Si il y a déjà deux déesses au palmarès de ce Guide, je mentirais si je ne disais pas qu’il y a également deux dieux (vivants) qui se sont penchés sur lui : le premier est Eric B. Henriet, un ami et surtout, mon père spirituel en uchronie. Sans Eric, je ne serais pas là à vous causer de ma petite personne s’extasiant d’avoir co-écrit un Guide, c’est lui qui a ouvert la voie, et qui reste, pour moi LE spécialiste incontesté de l’uchronie, non pas en France, non pas au monde, mais dans tous les mondes connus et inconnus !
L’autre Dieu c’est forcément Jérôme, pour ses mots, son rire, sa générosité et son amitié sans failles, et pour tout le boulot qu’il fait. Grâce à lui, j’ai écrit, j’ai été publié, et j’ai couru les salons. Et pour cela je ne le remercierai jamais assez…

Je n’irais pas jusqu’à dire que j’ai mis un peu de moi dans ce guide, j’y ai mis tout simplement tout ce en quoi je croyais, alors forcément, quand on voit sa propre famille acheter le livre sans sourciller, puis des amis, ensuite des collègues  et enfin de parfaits inconnus, vous remercier (je n’ai eu, Karine soit louée, personne qui n’est venue me dire qu’il avait détesté sa lecture…), vous vous dites (enfin) que quelque part, vous avez réussi.

Sinon l’extase, c’est en posant toutes ces questions à des auteurs connus et reconnus du monde de la SF et recevoir leurs réponses, leur amitié (et maintenant je peux dire que j’ai reçu un mail de Robert Silverberg ! )

Au tour de Jérôme Vincent, éditeur et Big Boss aux éditions ActuSF de témoigner (esprit de synthèse et sobriété) :

Lorsque Karine et Bertrand nous ont proposé de faire un guide de l’Uchronie, je crois que l’on a pas hésité plus d’une demi-seconde. D’abord parce que chez Actusf, on aime assez l’uchronie pour avoir lancé un prix qui lui est consacré. Ensuite parce que tous les deux sont des amis de la maison, spécialistes du genre (ils sont d’ailleurs jurés pour le prix) et que nous avions confiance en leur capacité de travail. C’est qu’il en faut des heures de recherches et d’écriture pour ce genre d’ouvrage… Enfin parce que ce guide suivait de près le Guide Steampunk qui avait été passionnant à éditer et qui avait, en plus, bien fonctionné en terme de ventes. Non vraiment, il n’y avait aucune raison de ne pas accepter ce projet, d’autant que les ouvrages sur l’uchronie sont rares.

Reste la surprise, la bonne. Les guides précédents sur Philip K.Dick et sur le Steampunk donc avaient a priori une audience plus large que l’Uchronie. Le livre de Karine et de Bertrand nous semblaient par conséquent un peu plus confidentiel. D’ailleurs la première mise en place en libraire n’était pas très haute. Et puis les semaines s’enchainant, le réassort a été régulier et permanent. Ca, c’est le signe que l’ouvrage que vous avez publié à touché un certain public, et qu’il est régulièrement recommandé par les lecteurs et donc les libraires. Le mystérieux « bouche à oreille » (le graal de tous les éditeurs) s’est mis en place au point d’épuiser nos stocks et de nécessiter une réimpression. Bon, on avait quand même une petite indication, celle de l’implication des auteurs toujours volontaires pour aller en festival, en librairie ou en médiathèque pour parler de leur livre. Quand il y a autant d’investissements, cela se traduit en général en ventes…

Au-delà de cette bonne nouvelle, c’est le genre de livre super agréable à faire. On a bossé en confiance avec les auteurs et assez sereinement. Et puis ensuite, on a tous pris du plaisir à se retrouver ensemble de salon en salon. C’est l’une des grande joies de notre métier. Derrière les stands on se marre, pour de vrai. Une belle aventure comme on les aime. Dans une autre réalité, on s’est déchiré et tout cela s’est terminé par la troisième guerre mondiale. Pour une fois, notre réalité est la plus sympa :).

Et si vous êtes arrivé au terme de la lecture de ce très long article (on vous avait promis de tout vous dire, ça prend un certain temps), voici votre récompense. ActuSF propose, jusqu’au 1er février, quatre titres Steampunk et Uchronie à -50 %  en numérique (dans toutes les bonnes librairies numériques) :

  • Le Guide steampunk d’Etienne Barillier et Arthur Morgan à 0.99 €
  • Le Guide de l’uchronie de Bertrand Campeis et Karine Gobled à 1.49 €
  • La République des Enragés de Xavier Bruce à 2.99 €
  • Feuillets de cuivre de Fabien Clavel à 2.99 €

Bonne lecture !


Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

20 commentaires sur “Guide de l’uchronie – Anniversaire et point d’étape