Passengers – Morten Tyldum

Passengers

Réalisé par Morten Tyldum

Avec Jennifer Lawrence, Chris Pratt, Michael Sheen, Laurence Fishburne, Andy Garcia

Synopsis
Alors que 5000 passagers endormis pour longtemps voyagent dans l’espace vers une nouvelle planète, deux d’entre eux sont accidentellement tirés de leur sommeil artificiel 90 ans trop tôt. Jim et Aurora doivent désormais accepter l’idée de passer le reste de leur existence à bord du vaisseau spatial. Alors qu’ils éprouvent peu à peu une indéniable attirance, ils découvrent que le vaisseau court un grave danger. La vie des milliers de passagers endormis est entre leurs mains…

Mon avis
Attention, cet avis contient des spoilers. Pourquoi ? Parce qu’il est nécessaire d’expliquer en quoi ce film est délétère. Avec les détails.

Commençons par réécrire le synopsis ci-dessus pour qu’il soit conforme à la réalité. Alors que 5000 passagers endormis pour longtemps voyagent dans l’espace vers une nouvelle planète, l’un d’entre eux, Jim, mécatronicien, est accidentellement tiré de son sommeil artificiel 90 ans trop tôt. L’Avalon a traversé une champs d’astéroïde et s’en est mangé un gros qui a provoqué de multiples petites avaries dont personne n’a conscience (normal, tout le monde dort). Après une année passé à errer dans le vaisseau, avec pour tout compagnon un androïde barman philosophe baptisé Arthur et la seule perspective d’être mort avant d’arriver sur la terre promise, il aperçoit une jolie blonde dans son caisson d’hibernation. Il se renseigne sur elle : Aurora est une jeune femme intelligente, talentueuse écrivaine. Il mate des vidéos d’interview, lit ses articles de blog et en tombe amoureux. Ou plus exactement, il tombe amoureux d’une version fantasmée et cette version fantasmée devient une obsession. Et qu’est-ce qu’il fait Jim ? Il sabote le caisson d’Aurora pour qu’elle se réveille. Oui, vous avez bien lu. La belle au bois dormant n’avait pas spécialement envie d’être réveillée et encore moins 90 ans avant d’arriver à destination. Elle avait un autre programme : se réveiller 4 mois avant de débarquer, passer un an sur Homestead, la planète à coloniser, revenir sur terre environ 260 ans après son départ (sur une planète où elle ne connaît plus personne) et écrire un bon bouquin (là aussi, selon la définition de papa, Grand Écrivain). Mais un type qui ne supporte pas d’être seul la réveille parce qu’elle lui plaît, peu importe ce qu’elle veut, elle. Le romantisme façon patriarcat : la femme se définit par rapport à l’homme. Et quand ce n’est pas par rapport à l’homme, c’est par rapport au père (surtout pour devenir un Grand Écrivain). Déjà ça c’est difficile à avaler. Et le torse nu et les jolies fesses de Jim sous la douche ne suffisent pas.

Mais ce n’est pas fini. Jim ne dit évidemment rien à Aurora, mais se confie au barman cybernétique. Il drague ensuite Aurora qui finit par tomber amoureuse. Alors qu’ils filent le parfait amour et que Jim va la demander en mariage (mais quel sens à le mariage dans ce contexte ? on s’en fout, ça doit rester romantique), par inadvertance Arthur révèle à Aurora les circonstances de son réveil. Bien entendu, Aurora en veut à mort à Jim. Elle refuse de lui parler, le passe à tabac (mais renonce in extremis à le tuer). On notera aussi que Jim en ressort sans aucun bleu : l’Homme est fort, indestructible etc. Le vaisseau est immense, mais il est quasi impossible à Aurora d’échapper à Jim qui veut à toutes fins lui expliquer ses « raisons ». Lorsqu’elle fait son jogging, il utilise le système de sonorisation du vaisseau pour lui parler. Romantique ? Harcèlement. Il lui plante un arbre en plein milieu de l’esplanade du vaisseau en guise de témoignage de son amour transi. Comme ça, elle ne pourra pas oublier qu’il l’aime. Romantique ? Harcèlement. Lorsqu’elle est au bar (ils ont opté pour une « garde alternée »), il tente de lui parler. C’est son jour, mais elle doit quitter les lieux pour avoir la paix. Romantique ? Harcèlement.

Et ce n’est toujours pas fini. Un troisième passager se réveille. Gus Mancuso (Lawrence Fishburne) est chef de quart. Son réveil est accidentel, mais aussi providentiel puisque les avaries se multiplient et que son statut permet d’accéder au poste de commandement et au poste médical. D’ailleurs Gus ne sert qu’à déverrouiller des portes puisqu’il meurt peu après. Sa capsule d’hibernation ne l’a pas gardé en bonne santé et sa mort à brève échéance est inéluctable. Évidemment, avant de décéder avec toute la dignité qui sied à un membre d’équipage (souffrant le martyre, mais refusant les anti-douleurs et gardant un visage de marbre), il enjoint Jim et Aurora à rester soudés parce que l’avenir de 5 000 personnes dépend d’eux. Culpabilisons donc un peu Aurora au passage : après tout c’est égoïste de sa part de ne pas penser au 5000 autres passagers qui dorment, eux… Merveilleux, vraiment.

Donc, Jim et Aurora font équipe (en même temps, c’est un peu le seul moyen d’avoir une petite chance de survie dans un vaisseau en perdition). Le réacteur surchauffe et le système de purge ne fonctionne pas. Jim doit effectuer une sortie dans l’espace pour ouvrir manuellement l’obturateur au risque d’y perdre sa vie. Je vous passe le couplet d’Aurora refusant cette alternative (bon, les scénaristes, faut savoir, les 5000 passagers ou Jim ?). Elle finit par abaisser la manette de purge. Jim survit à la vague de chaleur qui est évacuée (SURHOMME on vous dit), mais le filin qui le relie au vaisseau rompt et son scaphandre s’abîme. Jim, fait alors ses adieux à Aurora qui, évidemment, lui pardonne tout. Et elle l’aime tellement qu’elle le sauve. Plus tard, en bidouillant sur le caisson médical, Jim se rend compte qu’il existe une possibilité de se mettre en stase ce qui équivaut à pouvoir attendre tranquillement l’arrivée sur Homestead. Mais l’infirmerie ne possède qu’un seul caisson (oui, pour 5000 passagers qui vont vivre 4 mois tous réveillés, c’est peu) et, gentleman, Jim propose à Aurora de l’utiliser. Quel sens du sacrifice, n’est-ce pas ? Quel homme attentionné ! Il l’aime vraiment puisqu’il est prêt à la perdre…

Et ce n’est pas fini. Aurora, malgré toutes les crasses faites par Jim, est toujours amoureuse de lui. C’est le pouvoir de l’âââââââmour selon les scénaristes d’Hollywood. Perso, je penche plus pour un cousin du syndrome de Stockholm, mais je dois avoir l’esprit mal tourné puisque je suis une incurable féministe qui persiste à croire que la vie d’une femme a la même valeur que celle d’un homme. Donc notre Aurora amoureuse décline l’offre et décide de vivre et de mourir avec son Jim à bord du vaisseau. Le pouvoir de l’âââââââmour on vous dit. Et ils vécurent ensemble, heureux, jusqu’à la mort, d’ailleurs.

Et voilà comment Hollywood réécrit la Belle au bois dormant….

Pour la moitié de l’humanité, ce film pue. Eve pour le plaisir d’Adam, on a déjà donné, merci, et pendant des siècles. Et c’est encore le cas dans pas mal d’endroit. En Europe, le harcèlement de rue perdure, les femmes ne peuvent exister dans l’espace public sans problèmes. Et, en France, tous les trois jours une femme meurt sous les coups de son mari. Les principales motivations de ces meurtriers ? La dispute suivie de près par le refus de la séparation. Alors, chers scénaristes d’Hollywood, cher réalisateur, chers producteurs, votre romantisme patriarcal, vous pouvez vous le mettre où je pense. Et profond encore.

Avec ou sans belles images :

The spaceship Avalon

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