Protection rapprochée – Fabien Maréchal


Protection rapprochée

De Fabien Maréchal

Lunatique – 60 pages

J’avais déjà beaucoup apprécié Nouvelles à ne pas y croire et Dernier avis avant démolition, deux recueils de nouvelles de Fabien Maréchal. J’ai encore apprécié cette novella ou court roman paru cet été.

« Si vous n’avez rien à cacher, vous n’avez rien à craindre ». Ce slogan, bien connu, sert d’argument pour toujours plus de vidéosurveillance et justifie souvent la collecte de nos données personnelles sur le net. Combien d’entre nous l’utilisent aussi par rapport à leur consommation des réseaux sociaux ? Après tout, je peux confier ma vie à FB, mes photos « souvenir » à Instagram, mes idées politiques à Twitter puisque je n’ai à cacher, je ne fais rien de répréhensible, ou d’illégal. Bien entendu, si vous êtes dans une démocratie, vous ne risquez pas grand-chose mis à part un peu de pub ciblée – mais attendez que toutes les firmes privées dans le domaine de la santé aient accès à votre historique de beuveries et décident que votre profil est à risque et qu’elles refusent de vous assurer… Vous n’avez peut-être rien à cacher, mais vous avez quelque chose à craindre.

Dans « Protection rapprochée », la démocratie semble avoir viré au cauchemar pour les gens normaux, ceux qui n’ont rien à se reprocher. Le chômage de masse menace. Endémique, il peut toucher n’importe qui, n’importe quand. Les bureaux de placement se multiplient, y compris chez les particuliers dont les caves sont annexées. La police veille : nombre d’entre eux sont de potentiels délinquants. D’ailleurs, il est relativement facile de trouver des délits. Dans ce futur proche, dystopique, Cécile et Marc, un couple de la classe moyenne, se font annexer leur cave inutilisée par le commissariat. Marc, tel un grand enfant fasciné par les uniformes, s’épanouit au contact d’une maréchaussée envahissante tandis que Cécile rechigne à subir la perte de son intimité. La peur fait irruption dans leur vie. N’ont-ils rien à se reprocher ? La folie guette. Et quelle mystérieuse activité abrite dorénavant leur cave ?

A l’heure où la fraude sociale fait l’objet d’une lutte intense alors que l’évasion fiscale ne choque plus, où les chômeurs, ces « fainéants », sont stigmatisés et où la lutte des classes a déjà été remportée par les riches, cette anticipation au vitriol prend des accents de réalisme criant.

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