Luna – Ian McDonald 7


Luna

De Ian McDonald

Denoël Lunes d’encre – 464 pages. Traduction Gilles Goullet.

Je n’ai jamais été déçue par Ian McDonald.
J’attendais beaucoup de ce roman.
Et je n’ai pas été déçue.

Développé en série télé par CBS, souvent comparé à Game of Thrones à cause de la brutalité de ses intrigues, récompensé par le Gaylactic Spectrum Award 2016, Luna est le premier volume d’une trilogie.

Puisque la comparaison avec GoT est mentionnée en quatrième de couverture, explorons cette voie pour commencer. Oui Luna a un air de GoT (je parle de la série, j’ai calé dans la lecture des romans de Georges R. R. Martin). Si dans GoT, des familles nobles se battent pour poser leur séant sur un trône forgé par le feu des dragons et gouverner le continent, dans Luna, des familles de colons se battent pour le pouvoir économique et politique sur la Lune. Un moteur commun : la soif de domination. Dans le roman de McDonald, cinq familles, des « dragons », bâtissent des empires, tissent des alliances par le jeu des mariages, tentent d’assoir leur dynastie – rien de moins – sur le satellite exploité de notre bonne vieille Terre. Luna, c’est aussi Dallas avec l’Hélium-3 en lieu et place du pétrole. Et les chefs de clans des dragons sont tous aussi retors et durs en affaire que J.R. Ewing. La loi lunaire repose sur trois piliers. Le droit pénal n’existe pas. Le droit contractuel régit tout. en conséquence de quoi, tout est négociable et il est possible de passer des contrats sur tout et pour tout. les contrats de mariage des stars d’Hollywood, c’est peanuts si on les compare à ceux de Luna. Le deuxième piler réside dans le principe suivant : il faut pouvoir se passer des lois. Une loi, une réglementation, c’est une barrière au commerce, au développement. Ultra-libéralisation donc. Et enfin, tous les coups sont permis. Prenons les MacKenzie, ces Australiens sont parmi les premiers arrivés et à ce titre, estiment que la Lune leur appartient. Ils n’ont pas apprécié qu’Adrianna Corta développe son propre business d’exploitation d’Hélium-3. Et, si les Lannister paient toujours leurs dettes, les Mackenzie vous rendent trois fois la monnaie de votre pièce. Trois générations plus tard, alors qu’Adrianna est mourante, c’est toujours une guerre ouverte entre les deux familles, malgré le jeu des alliances. Une ligne rouge est franchie lorsqu’on tente d’assassiner Rafael Corta, fils aîné d’Adriana Corta et Bu-hwaejang (vice-président) de Corta Hélio.

Dans ce premier tome, le lecteur fait connaissance avec les familles et plus particulièrement de celle des Corta. Il suit la confession d’Adrianna Corta à Irmã Lao de la Sororité des Seigneurs du Présent (l’équivalent des Bene Gesserit de Dune de Frank Herbert) en parallèle de la guerre ouverte que se livrent les MacKenzie et les Corta. Ian McDonald explore dans le détail le pouvoir qu’il soit économique, social ou politique et la façon dont il se déploie dans des interactions humaines ainsi que les rapports de domination et de forces multiples autour des ressources. Sur la Lune, l’air, l’eau, le carbone et le réseau sont considérés comme des biens de première nécessité, mais font l’objet d’une dette immédiate. Celui qui s’installe sur la Lune se voit implanté un compteur de consommation : il vit à crédit dès son arrivée. A sa mort (elle peut être rapide sur la Lune), le corps est recyclé pour rembourser la dette et fournir une ressource supplémentaire pour les colons… Tout se vend, tout s’achète. Rien ne se perd, tout se recycle. L’immersion est totale : le lecteur vit, souffre et espère aux côtés des Corta. La profondeur de la caractérisation des personnages se révèle au fur et à mesure du déroulement des intrigues.
La mise en place de départ prend son temps, puis tout s’accélère : les fils narratifs s’imbriquent, le jeu des contrats et les accords passés entraînent les personnages sur des pentes dangereuses, la mort prend son dû, les empires s’affrontent et s’effondrent. Le final est digne d’un épisode 9 de GoT. Ces épisodes, les avant derniers de la saison (pour les saisons 1 à 6), constituent le climax de celle-ci et scotchent les téléspectateurs à leur canapé. Même effet avec Luna : j’en ai eu le souffle coupé. L’attente sera longue jusqu’à la parution du tome suivant…

Un extrait (parmi d’autres)

Je ne savais pas à l’époque que Lyoto était une des premières victimes de la guerre des classes. La grande, l’ultime guerre des classes : la disparition de la classe moyenne. L’économie financiarisée n’avait pas besoin d’ouvriers et la mécanisation conduisait les classes moyennes dans une course vers l’abîme. Si un robot pouvait faire correctement et pour moins cher votre boulot, il vous le prenait. Les machines vous obligeaient à surenchérir sur elles. Elles fournissaient même les applis que vous utilisiez pour surenchérir sur elles et sur vos congénères. Si vous étiez meilleur marché qu’une machine, vous aviez de quoi manger. Tout juste. On a toujours cru que l’apocalypse des robots prendrait la forme de flottes de drones tueurs, de mechas de guerre gros comme des pâtés de maisons et de terminators aux yeux rouges. Pas d’une rangée de caisses enregistreuses automatiques à l’Extra ou à la station Alco du coin, pas de la banque en ligne, des taxis automatiques, du système automatique de triage médical à l’hôpital. Un par un, les robots sont venus nous remplacer.
Et nous voilà maintenant dans la société la plus dépendante aux machines jamais créée par l’humanité. Je suis devenue riche, j’ai bâti une dynastie basée sur ces mêmes robots qui ont réduit la Terre à la mendicité.

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