Bitch Planet T2 President Bitch – Deconnick et De Landro

Bitch Planet T2 – President Bitch

De Kelly Sue Deconnick et Valentine De Landro

Glénat Comics – 144 pages

Suite de Bitch Planet, Extraordinary Machine, ce deuxième volet comprend aussi cinq épisodes. Il n’y a cependant pas de bonus en fin de volume comme dans le premier tome. Chaque épisode se termine toujours sur une page de fausses publicités, cyniques et sans concessions, qui caricaturent celles qui figuraient au dos des vieux comic book américains ou sur des tracts tout aussi marquants.

Toi aussi, apprends à reconnaître une dangereuse féministe

Le premier tome posait les bases. On y suivait Penny Rolle, Meiko, Kat et Kamau envoyées sur Bitch Planet,  une planète prison travestie en « établissement auxiliaire de conformité » officiellement chargé de rééduquer les femmes déclarées non conformes à la société. Il en faut d’ailleurs peu pour obtenir ce statut : il suffit de ne pas correspondre au standard de la femme idéale défini par les Pères, leaders éclairés de ce monde magnifique (incarnations physiques du patriarcat, vous l’aurez compris). La femme idéale : belle, jeune, mince, soumise, obéissante, s’épanouissant dans son rôle de femme au foyer docile & disponible pour son mari. On y découvrait, au travers des histoires de chaque personnage, toute la violence de ce monde et les dispositif de coercition ou de contrôle social mis en place (comme le Mégaton, un jeu violent où tous les coups sont permis). On y sentait aussi la révolte couver dans les couloirs de la prison. Le deuxième tome de l’intégrale revient sur le passé de Meiko Maki : ses parents, sous une apparence de conformité parfaite, résistaient à la montée en puissance du Protectorat des Pères en éduquant les enfants (« L’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde » disait Nelson Mandela) et, pour le père de Meiko, en sabotant délibérément les installations qu’il concevait pour le Protectorat. Ses « erreurs » découvertes conduisent Meiko sur Bitch Planet (le détail dans la BD, mais c’est sordide). C’est aussi le père de Meiko, qui va permettre à la révolte d’éclater. Le lecteur pourra aussi découvrir un peu plus les entrailles de cette planète prison et de plonger un peu plus profondément encore dans l’abject (cf traitement réservé aux transgenres). Mais la révolte gronde aussi sur Terre avec le passage à l’acte d’un groupe d’activistes, les Enfants d’Eleanor Duane, ancienne présidente que l’on dit avoir été assassinée dans l’intérêt des Pères.

« C’est toujours l’oppresseur, non l’opprimé qui détermine la forme de lutte. Si l’oppresseur utilise la violence, l’opprimé n’aura pas d’autre choix que de répondre par la violence » (toujours Nelson Mandela). Ici la violence est présente à chaque page ou presque : celle de l’oppresseur, physique, symbolique et psychologique, et celle, en retour, de l’opprimé uniquement physique puisqu’il n’a accès à rien d’autre. C’est d’une guerre qu’il s’agit. Avec ses morts, son sang, sa fureur et ses cris. Une guerre où l’un des camps n’a rien à perdre. Mais ce n’est pas une guerre contre les hommes, c’est une guerre contre un système mis en place par des hommes au bénéfice exclusif d’autres hommes. Une guerre qui n’existerait pas si une moitié du monde laissait l’autre exister en paix, libre et égale en droit, ceci dit en passant.

Et dire que les tomes suivants ne sont pas encore écrits.

Challenge ABC littérature de l’Imaginaire 2018
Lettre D

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