Miscellanées de nouvelles (20)

Continuons la série des Miscellanées de nouvelles avec les nouvelles parues dans Bifrost cette année. je rappelle que l’objectif, pour moi, est de les avoir toutes lues pour voter pour le prix des lecteurs de la revue à laquelle je suis abonnée. Dans ce billet, penchons-nous sur les quatre nouvelles du numéro 92 consacré à Theodore Sturgeon.

Dans « Tandy et le Brownie », Theodore Sturgeon met en lumière une famille américaine moyenne inspirée de la sienne. On y voit grandir et se métamorphoser la petite Tandy, enfant adorable mais quelque peu tyrannique avec ses parents. En grandissant sous l’influence de son brownie (infecté par une entité venue d’ailleurs), elle devient un enfant modèle, à la perfection effrayante. Un excellent texte avec une belle illustration de deux procédés narratifs : le « Show, don’t tell » et du fusil de Tchekhov. La traduction de Pierre Billon a été révisée par Pierre-Paul Durastanti.

Ceci est l’histoire de Tandy. Mais d’abord, permettez-moi de vous fournir les liens d’une chaîne : l’éternuement au cap Canaveral ; le dégazeur défectueux ; la Condition errante ; l’analogie de l’accident du Sahara ; Hawaï et le satellite perdu ; et l’analogie des profits partagés. Aucune solution de continuité là-dedans, et cette série n’est pas plus remarquable qu’une autre. Elles sont toutes remarquables.

Dans « Brumes fantômes », Thierry Di Rollo conte le retour d’un tueur sur son monde natal. Bersekker, deux mètres vingt et disposant d’un exosquelette de chitine noir qui lui permet de compenser ses membres manquants (ce qui en fait un homme tout autant augmenté que diminué), croise la route d’une gamine sans peur qui le guide vers l’habitation d’un père avec lequel il a un compte à solder. C’est sombre, désespéré, désabusé par moment et profondément humain. Un grand texte.

Ils réapparaîtront tôt ou tard. Personne n’est épargné, petite Madi-Nê. Aucun monde. Et si ce n’est pas ma guilde qui reviendra sur Sadipal, une autre vous dépouillera, sois-en sûre. Le genre que l’on dit humain a besoin de tueurs, parce que c’est le moyen le plus simple de régler un problème, ou de refuser de le régler — les deux notions signifiant presque systématiquement la même chose. Partout, on entretient le chaos au bénéfice d’un pouvoir inutile et incompétent. L’ordre est une illusion qui rassure les honnêtes gens ; il n’existe pas. L’unique réalité qui vaille, ce sont les jalons posés pour dégager un chemin, de préférence le sien, au mépris de tous les autres. Pourquoi ? Parce que la vie reste la plus forte. La vie et son pendant ultime, admirable : la mort, la seule loi universelle qui arrive à soumettre toute cette absurdité.

« Aux portes de Lanvil » de Michael Roch nous fait naviguer avec le docteur Ignace et un clone, Joge-O sur une mer de cadavres. Leur objectif ? Passer les portes de Lanvil. Que dire ? Je n’ai pas compris ce qui se cachait derrière ce texte. Le mélange des genres fonctionne bien (mi-Sf mi-horreur), mais j’ai eu l’impression que le voyage ne menait nulle part. Dommage

Difficile d’évoquer « L’Homme qui a perdu la mer » de Theodore Sturgeon sans trop en révéler. Un homme mal en point gît à moitié enterré dans le sable. Dans le casque de sa combinaison pressurisée, il entend la mer, sans la voir. Un enfant le visite régulièrement, lui montrant des modèles réduits de machines volantes. Le narrateur ne sait plus qui il est, ce qu’il fait enlisé au bord de cette mer qu’il ne peut voir. Le lecteur découvre et comprend en même temps que lui son histoire. C’est magnifiquement construit, quasi hypnotique dans la narration et effrayant dans la conclusion. A lire absolument.

Comme d’habitude, je ne sors pas déçue des nouvelles sélectionnées par Bifrost, même si je n’ai pas accroché au texte des Michael Roch.

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