Miscellanées de nouvelles (21)

Voici une nouvelle entrée dans la série des Miscellanées de nouvelles. Au menu du jour : pas de plat principal, deux entrées et deux desserts, avec deux autrices, le tout dans les cantines du Bélial’ et de la revue numérique Angle Mort.

Commençons par deux textes Leigh Brackett qui trainaient dans la liseuse « La Route de Sinharat » et « La Malédiction de Bisha », traduites par traduction de Michel Deutsch, toutes deux extraites du Grand Livre de Mars, omnibus proposé par le Bélial comprenant plusieurs romans et un recueil de nouvelles, Les Terriens arrivent ! dont ces textes sont issus (pour un historique des publications, un tour sur la Noosfere).
« La Route de Sinharat » date de 1963 et « La Malédiction de Bisha » de 1954. Aucun des deux n’a pris une ride. C’est ce qui frappe. Alors même que nous avons engrangés une masse d’information sur la planète rouge, les aventures de ces terriens envahissant une Mars déjà habitée pourraient paraître complètement invraisemblables ou demander au lecteur un trop gros effort pour suspendre son incrédulité. Et bien, non. Leigh Brackett parvient à nous emmener sur une Mars fantasmée, habitée par un peuple frustre, considéré comme « primitif » par les Terriens, mais qui a tiré des leçons de son histoire. Avant eux, il existait sur la planète des peuples puissants, doté de technologies avancées maintenant oubliées, qui ont conduit la planète à sa ruine. De leurs technologies, il ne reste que des vestiges, toujours incompréhensibles, parfois dangereux. En deux nouvelles d’apparence simples, le lecteur prend conscience de ce passé omniprésent et pesant et de l’incapacité des humains débarqués pétris de bonnes intentions à comprendre et agir en conséquence.

Dans « La Malédiction de Bisha » c’est un médecin terrien installé sur Mars qui vit ce décalage culturel. Fraser, tout disposé à aider les autochtones, estime que sa science médicale est bien plus avancée que celle des Martiens. Ces derniers ne font que rarement appel à lui pourtant. Un jour, une femme lui amène sa fille Bisha, maudite et dangereuse, et l’abandonne sur place plutôt que de la tuer (seul remède pour sauver sa tribu). Fraser comprendra tardivement ce que recouvre cette malédiction et les options, issues possibles pour lui et pour Bisha. Entre comprendre et résoudre cependant…

Nous sommes en un sens un peuple ignorant, répliqua Tor-Esh. Pas parce que nous n’avons pas appris, mais parce que nous avons oublié.

Dans « La Route de Sinharat », Carey, un archéologue terrien, a pris le parti des autochtones. Recherché des autorités terriennes, il doit impérativement rejoindre Sinharat, une ancienne cité devenue taboue qui abriterait des informations cruciales pour la survie du mode de vie et de la culture des peuples martiens déchirés par les conflits et à la merci du joug des envahisseurs. Sous couvert de récit d’aventure, Leigh Brackett propose au lecteur une réflexion poussée et dénuée de manichéisme sur les interactions de l’homme dans (et parfois contre) son environnement ou un environnement autre et son colonialisme faussement humaniste.

Autre talent de Leigh Brackett, sur la forme cette fois : une capacité à planter de somptueux décors en peu de mots.

Trois jours plus tard, des falaises se silhouettèrent à l’ouest, très loin, mais elles se rapprochèrent peu à peu jusqu’à longer le canal. Hautes et abruptes, elles étaient rouge et or. Un million d’années d’érosion hygrométrique et dix mille ans d’érosion atmosphérique les avaient sculptées de façon fantastique. Cette chaîne était le rebord d’un ancien lit marin ; bientôt, Carey distingua la ligne de brume d’un autre canal qui le traversait. Ils approchaient de Valkis.

Terminons avec deux courtes nouvelles de Kij Johnson, très différentes de sa novella Un pont sur la brume, « Mêlée » et « Poneys » parues dans la revue Angle Mort.
« Mêlée » (traduction de Laurent Queyssi) a été récompensé par un prix Nebula en 2009. Je reste perplexe. La narratrice est bloquée dans une nacelle de survie avec un extraterrestre avec lequel il est impossible de communiquer sauf à estimer que la partie de jambes en l’air sans fin qu’ils vivent est une forme de communication…
« Poneys » (traduction de Jacqueline Callier), lui aussi auréolé d’un Nebula, est une fable cruelle, très cruelle, glaçante et propre à traumatiser l’enfant qui sommeille en chacun de nous, pour peu qu’il ait joué avec des Petits Poneys. Je n’en dirai pas plus. Lisez-là ! (Et pleurez)

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