Chanur – Carolyn J. Cherryh

Chanur
Intégrale 1 & 2

De Carolyn J. Cherryh

J’ai Lu Nouveaux Millénaires – 928 et 896 pages. Traduction de Michel Deutsch & Jean-Pierre Pugi, révisée par Pierre-Paul Durastanti.

Avis de Monsieur Lhisbei

Les intégrales sont composées de cinq romans :  Chanur, L’épopée de Chanur, La vengeance de Chanur, Le retour de Chanur  et L’héritage de Chanur. Les quatre premiers mettent en scène les mêmes personnages : l’équipage de L’orgueil de Chanur avec la capitaine Pyanfar Chanur et sa nièce Hilfy. Le dernier roman se concentre sur Hilfy et son vaisseau L’héritage de Chanur.
L’action se déroule dans un endroit indéterminé de la galaxie où plusieurs espèces essaient de vivre ensemble et de coexister pacifiquement grâce au commerce au sein de « la communauté ».

Les peuples

Il y a deux types de peuples, ceux qui respirent de l’oxygène et les méthaniens qui respirent du méthane.

Les méthaniens :

Nous ne savons pas grand chose sur eux.

Il y a les Knnn, des êtres poilus aux comportement imprévisibles qui ne savent pas respecter les couloirs de navigations, mais qui, visiblement, possèdent une technologie très avancée au vu des manœuvres de leurs vaisseaux, manœuvres impossibles à réaliser par les vaisseaux des autres espèces.

Les Tc’a, tous aussi imprévisibles que les les Knnn, ressemblent à des reptiles et sont dotés de cerveaux matriciels. Leurs dialogues se traduisent sous forme de tableaux à sept colonnes difficiles à interpréter sans erreur. Ils vivent avec les Chi, autres peuple méthanien. Personne ne sait qui sont véritablement les Chi et ne comprend leur relation avec les Tc’a : qui est l’animal de compagnie de qui ?

Communiquer avec les méthaniens reste difficile. Seuls les riches Stsho semblent pouvoir nouer des relations avec eux.

Les espèces qui respirent de l’oxygène :

Les Stsho sont des êtres délicats, peureux, sans aucun esprit guerrier. Ce sont de redoutables négociateurs, capable d’écrire des contrats d’une telle complexité qu’il est difficile de réaliser des bénéfices importants en commerçant avec eux. Ils sont fragiles physiquement et psychologiquement. Sous le coup d’une émotion ils risquent de se transformer et de devenir une autre personne. Ils oublient leur personnalité précédente, changent de genre et de mentalité. Au cours de leur vie, ils peuvent passer par trois états : féminin, masculin et neutre. Ils s’attachent les services de mercenaires Kif ou Mahendo’sat pour assurer leur protection. Il tiennent la station spatiale la plus importante de cette Univers « La jonction » où se rencontrent et commercent toutes les espèces.

Ensuite viennent les Kifs des êtres sombres, batailleurs, voleurs, pirates sans foi ni lois. Dans leurs rangs ils attendent la faute de leur leader pour le tuer et prendre sa place. Leur vie n’est qu’une sucession de soumission à un chef, de surveillance de ses faits et gestes, des ses succès et d’attente d’un faux pas pour en profiter et monter dans la hiérachie fragile de leur espèce.  Ils cherchent en permanence à obtenir le sifk, toujours plus de sifk, c’est à dire du prestige pour impressionner et rallier les autres Kifs, mais aussi inspirer de la crainte à tous leurs ennemis. Dénués d’oreilles et puant l’ammoniac, ils sont physiquement repoussants.

Puis vous avez les Mahendo’sat, des êtres poilus, grands qui pourraient physiquement faire penser à des ours. Ils sont d’insatiables magouilleurs et manipulateurs. Les Personnages, leurs chefs charismatiques ont une vision de ce que doit être l’organisation de l’univers, de la Communauté. Chaque Personnage suit son propre chemin pour arriver à la domination de ce petit univers, une domination par l’influence plutôt que militaire et s’attache les services de capitaines de vaisseaux de classe chasseur parfois maquillés en vaisseau de commerce. Plusieurs capitaines servant le même Personnage peuvent jouer les uns contre les autres afin d’arriver au même résultat par des voies différentes quitte à se rallier à celui qui se rapproche le plus du but au dernier. Leur Personnage joue sur plusieurs tableaux et ils le savent. Les Mahendo’ sat sont curieux et n’hésitent pas a faire entrer dans le jeux de nouvelles espèces, toujours dans l’optique d’une lutte d’influence et de domination. Ils ont notamment fait rentrer les Hani dans la Communauté.

Enfin les Hani, dont l’apparence emprunte aux Lions leur crinière et leurs griffes rétractiles, ont été découverts plusieurs siècles auparavant par les Mahendo’sat qui leur ont donné l’accès à l’espace, au voyage spatial et à la Communauté.  Les Hani ont une structure sociale particulière. Les femelles sillonnent l’espace et commercent avec les autres espèces. Elle sont intelligentes, parfois bagarreuses mais toujours raisonnables. Elle apportent argent et puissance à leur maison, leur domaine sur leur planète. Leur maison est dirigée par un mâle dominant, protégé par des sœurs, des filles, des cousines. Les mâles sont impulsifs, dangereux, bagarreurs, inaptes à commercer avec les autres espèces donc à aller dans l’espace. Ils sont fragiles psychologiquement, hystériques, incontrôlables. Arrivé à l’adolescence un mâle doit quitter le foyer familial, rejoindre l’arrière-pays et se battre pour y survivre en tuant d’autres mâles. Les survivants les plus forts pouvaient tenter de prendre d’assaut une maison et d’en défier le chef pour, s’ils parvenaient à le chasser ou le tuer, pendre sa place. La planète Anuurn est dirigée par le Han, une assemblée de vieilles bigotes, incapables d’appréhender la Communauté et qui restent prisonnières de leurs vieilles traditions et d’un système de pensée inadapté à l’expansion de leur espèce.

Les romans

Les romans se concentrent sur les Hani et notamment Pyanfar la capitaine du vaisseau de commerce « l’Orgueil de Chanur ». Les Hani sont de paisibles commerçantes, qui n’aspirent qu’à acheter et vendre en allant de station en station, sans s’attirer d’ennuis, afin de réaliser des bénéfices et permettre à leurs clans resté sur Anuurn, leur planète d’origine, de prospérer. Un élément perturbateur va entrer dans l’équation. Lors d’une escale à la Jonction, des rumeurs circulent : un animal inconnu, jamais vu ailleurs, roderait en toute liberté sur les quais. Celui-ci  force l’entrée de l’Orgueil de Chanur. Il est nu, imberbe, apeuré, affamé et blessé. Il s’agit d’un mâle. Pyanfar, sa nièces Hilfy et ses cousines Haral, Chur, Geran et Tirun le prennent en pitié et le recueillent sur le vaisseau. Elles tentent de savoir d’où il vient et ce qu’il est. Elles découvrent qu’il est un Humain et se prénomme Tully. Elles comprennent ainsi qu’une nouvelle espèce arrive dans leur espace. Tully et ses compagnons ont été faits prisonniers par les redoutables Kifs. Malgré la torture, ni lui, ni ses compagnons n’ont parlé. Seul survivant, il a profité d’un arrêt à la Jonction pour s’échapper. Pour les Kifs, Tully l’Humain et des informations sur une nouvelle espèce représentent un avantage majeur. Ils ne sont donc prêt à le lâcher comme ça. Ils tiennent à leur bien.  En refusant de livrer Tully, Pyanfar prend une décision lourde de conséquences, qui menace la fragile alliance entre des espèces si différentes et remet en cause de le fonctionnement de toute la Communauté. Aidée par Or-Aux-Dents et Jik, deux capitaines de chasseurs Mahendo’sat, Pyanfar est bien décidée à protéger Tully tout en sauvegardant son vaisseau, sa planète natale et en préservant la communauté. Et si cela implique de renverser les vielles coutumes et de bousculer l’ordre établi et les préjugés envers les mâles Hani, elle le fera. La tâche est immense, surtout pour une simple capitaine de commerce Hani.

Mon avis

Carolyn J. Cherryh nous offre un Space Opera flamboyant, loin des histoires de guerres et de batailles spatiales. Certes les romans en contiennent un peu – les conflits sont inévitables – mais ce n’est pas le sujet principal. La politique et les guerres d’influence prédominent. C’est un univers de commerçants avec des ports où il faut charger ou décharger des cargaisons, anticiper les cours des marchandises pour faire un bénéfice en les revendant. Il est nécessaire d’être prévoyant, d’anticiper les coûts en carburants, les taxes d’amarrage, de respecter les règles, les couloirs de navigation pour éviter les couteuses amendes. Il faut penser au repos de son équipage car les voyages spatiaux restent très éprouvants. Pyanfar va devoir faire preuve de bon sens et de courage pour vaincre ses préjugés et mener à bien une mission qu’elle n’a pas choisi.
Le cycle de Chanur est aussi l’occasion pour l’autrice de développer un propos féministe très bien construit en inversant les préjugés homme/femme, femelle/mâle. En effet les mâles Hani sont perçus, sur leur planète d’origine et dans toute la Communauté, comme fragiles psychologiquement, instables et incapables de gérer leurs émotions. Elle prend les défauts présumés et tous les préjugés que notre société attribue aux  femmes et les ridiculisent en les transposant sur les mâles Hani. A la première lecture, ces romans m’ont bousculé et m’ont permis de réfléchir aux rapports hommes/femmes. 25 ans plus tard, à la relecture, je me rends compte qu’ils sont toujours d’actualité : rien n’a vraiment changé. Les femmes subissent toujours les même préjugés, les même difficultés. Il est temps de laisser les femmes devenir des Hani, des Pyanfar, des Hilfy ou ce qu’elles veulent. Qu’on leur foute la paix.

Quelques extraits

Extrait n° 1

« Affirmatif, dit Pyanfar en baissant les oreilles. Loué soit le hakkikt.
– On n’a pas réellement le choix, n’est-ce-pas ? demanda Khym
– Le choix, c’est vivre ou ne pas vivre.
– Qu’allons-nous faire ? » Il y avait une ombre de détresse dans la voix de Khym. Un homme qui demandait à sa femme de le rassurer. Dis-moi que tu peux faire quelque chose. Dis-moi que ce n’est pas aussi tragique, aussi désespéré.Un homme vivait à l’intérieur des étroites limites de son fief. Ne jamais rien dire à un homme. Ne jamais le tracasser avec des problèmes qu’il n’avait pas la capacité de résoudre. Ni la capacité, ni le pouvoir.

Extrait n°2 (précisons que Hallan est un jeune mâle Hani)

Extrait n°3

Extrait n°4

Extrait n°5

Extrait n°6

Avis de Monsieur Lhisbei

 

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