Anatèm – Neal Stephenson

Anatèm
Tomes 1&2

De Neal Stephenson

Albin Michel Imaginaire – 656 pages & 560 pages. Traduction de Jacques Collin

Sur Arbre, fraa Erasmas vit dans une math, une sorte de monastère mais dédié aux sciences, pas à la religion. Dans les maths se côtoient fraas et soors qui étudient, théorisent et suivent une très rigide Discipline et prépare l’Aperte, l’ouverture des portes. Fraas et soors pourront sortir et visiter une société un poile abrutie de divertissements et le reste du monde pourra visiter la mat. Deux mondes aussi différents et inconciliables se rencontrent et cela s’apparente plus à un choc de civilisation qu’à un choc des cultures tant les deux sociétés ont évolué dans une temporalité différente : les maths, fortes de la connaissance d’un passé millénaire et troublé réfléchit à très long terme au contraire de la société extramuros qui ne se projette que sur quelques années ou dizaines d’années. Pendant 200 pages, Neal Stephenson pose, méticuleusement, un univers difficile à appréhender au début tant l’écart est grand entre les matières scientifiques étudiées et l’ambiance médiévale tendance moines copistes (la référence au Nom de la rose est très juste mais avec des manuscrits de physique quantique). Il use de néologismes à foison et distord le sens des mots courants (chapeau bas au traducteur, récipiendaire d’un GPI bien mérité). Survient alors une découverte qui provoque la fermeture des observatoires, qui reste tue, mais bouleverse la vie de la math,  celle de Fraa Erasmas, mais aussi celle d’Arbre en son entier.

Certaines mauvaises langues résument le ventre mou du Seigneur des Anneaux de cette façon :  » Ils marchent, ils bivouaquent, ils dorment. Ils marchent, ils bivouaquent, ils dorment. Ils marchent… attention un Nazgûl, ils marchent, ils bivouaquent, ils dorment…  » Dans Anatèm c’est le nombre de conversation de réfectoire qui épuise. Ils n’arrêtent pas de converser, d’analyser, de théoriser sur les sciences dures (il faut aimer les maths, la physique, la chimie) et de philosopher. Quand ce n’est pas au réfectoire, c’est dans le jardin, dans le pré, dans les vachéchés ou les tomobiles (des véhicules de transports), en pérégrination et même dans le dernier quart du bouquin que je ne veux pas spoiler, mais où – vraiment – ils ont quelques petits – mais néanmoins très importants – trucs à faire. D’ailleurs, ils analysent toutes les possibilités d’action avant de prendre une décision (quand ils en prennent une), ralentissant d’autant leur temps de réaction et sans garantie de choisir la meilleure option. Et quand un personnage tape du poing sur la table pour qu’ils bougent pendant ce qui est une évacuation d’urgence, c’est drôle :

L’évacuation a commencé. Regardez vos badges.
Je tirai le mien de sous un pli de ma chape. Il s’était animé d’un plan en couleur de mon voisinage immédiat, tel l’écran de navigation d’une cartablette. Mon itinéraire d’évacuation était surligné en violet. S’y surimposait une version stylisée d’un havresac avec un point d’interrogation rouge clignotant.
Les doyns firent l’effort de reculer leur siège. Ils examinaient leur badge, faisaient des remarques. Lio sauta sur la table et frappa du pied, fort. Tous le regardèrent. « Cessez de discutailler, dit-il.
– Mais…, commença Lodoghir.
– Plus un mot. Bougez ! » Lio avait donné cet ordre d’une voix que je ne lui avais jamais entendue – quoique j’eusse entendu quelque chose de comparable dans les rues de Mahsht. Il avait formé sa voix, en plus de son corps – il avait appris des comblatants la façon de s’en servir comme d’une arme.

Alors, oui, clairement, Anatèm est un Grand Roman, intelligent et drôle. Mais j’ai constamment été tiraillée entre un ennui profond et des moments de jubilation (comme avec la scène de la Plenière – elle était parfaite). La balade se révèle savoureuse, mais, définitivement Anatèm n’est pas un livre pour moi.

Challenge Pavé de l’été 2019

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