American Royals – Katharine McGee

American Royals

De Katharine McGee

Lumen – 562 pages. Traduction de Laureline Chaplain

Considéré comme l’un des Pères fondateurs des États-Unis par les Américains, George Washington est devenu, à l’issue de la guerre d’indépendance américaine, le premier Président des États-Unis. Dans American Royals, pas d’élections, mais une couronne posée sur la tête de George Washington qui instaure une monarchie héréditaire.  De nos jours, soit à peu près deux cent cinquante ans plus tard, la maison Washington règne toujours. Le roi George IV et son épouse la reine Martha ont trois enfants. L’ainée, Béatrice, 21 ans, est éduquée pour prendre le rênes de la nations. Elle sera la première souveraine du pays grâce à l’abolition, par son grand-père, d’une loi qui stipulait que le trône revenait au premier fils. A présent, il revient au premier né. Parmi ses futures obligations, figure la nécessité de trouver un époux. Pas de tomber amoureuse, précisons-le. Samantha et Jefferson, les deux autres enfants du couple royal sont jumeaux. Jefferson, né après sa jumelle, est relégué au troisième rang dans l’ordre de succession. Samantha doit se débrouiller avec l’impression d’être la roue de secours de la royauté. Difficile aussi pour ces enfants de se construire avec l’attention qui leur est portée, entre les paparazzi qui les suivent et le bashing des réseaux sociaux. La vie de cette famille royale est évoquée en suivant quatre personnages : Béatrice, l’héritière du trône, Samantha, sa petite soeur qui cherche sa place, Nina, la meilleure amie de Samantha et seule à ne pas avoir de titre de noblesse et Daphné, l’ex petite amie du prince Jeff, bien décidée à l’épouser.

Royauté, romance et modernité

Je vais être honnête, je ne suis pas le public cible (je rappelle que j’étais déjà adulte à la mort de Lady Di) et il y a bien longtemps que les histoires amoureuses des princesses ne me font plus acheter Gala ou Voici. Ceci étant posé, je peux donner trois éléments d’éclairage sur ce roman. Le premier est personnel. Mon moi de 16 ans aurait adoré : le ton est juste, les personnages semblent réels et leurs interactions semblent naturelles. L’histoire, à la mécanique bien ficelée, se déroule avec fluidité et, malgré sa prévisibilité, ménage quelques surprises. Le second élément d’éclairage porte sur l’évolution de la société que reflète le roman. Parce que si American Royals peut paraître un peu gnangnan et daté de prime abord, il s’inscrit dans la modernité. La jeune roturière est élevée par deux mamans et c’est perçu comme tout à fait naturel (même si des irréductibles mal embouchés persistent à contester, comme dans la vraie vie). Les femmes font carrière et sont considérées à l’égale des hommes et, là aussi, c’est tout à fait normal (bien que pas tous les jours facile pour ces femmes, comme dans la vraie vie). A noter aussi, les quatre voix du roman sont toutes féminines. Et le dernier éclairage concerne la dimension uchronique. Le point de divergence explicité manque un peu de crédibilité et la dimension politique de ses répercussions n’est pas beaucoup développée. Le roman se concentre sur les imbroglios amoureux des jeunes gens. Fait amusant : on trouve chez les Américains le même attachement à leur famille royale imaginaire que celui des Anglais pour les Windsor. Une suite sortira en VO cet automne : y trouverons-nous un Megxit ?

Un extrait pour terminer

Un psychologue jugerait peut-être que Daphné avait hérité son caractère ambitieux de ses parents. La vérité, c’était qu’elle canalisait et sublimait leur ambition, comme une loupe concentre les rayons du soleil.
L’ascension sociale de Rebecca Deighton avait commencé bien avant la naissance de sa fille. Becky, comme elle se faisait appeler à l’époque, avait quitté sa ville natale du Nebraska à dix-neuf ans, avec pour seuls bagages un esprit vif et une beauté à couper le souffle. Quelques semaines plus tard, elle avait signé avec une agence de mannequins. Bientôt on avait vu son visage partout : à la une des magazines, sur les panneaux d’affichage, dans les vitrines des boutiques de lingerie et dans les publicités de voiture. Elle avait séduit l’Amérique en un clin d’œil.
Elle s’était ensuite rebaptisée Rebecca, un prénom plus approprié pour le titre de noblesse qu’elle convoitait. Elle avait épousé le baronnet peu de temps après leur rencontre et, par cette union, était devenue Lady Margrave.
Si tout se passait comme prévu, Daphné épouserait Jefferson et ses parents s’élèveraient dans la noblesse. Ils deviendraient comte et comtesse, voire marquis et marquise.
— On veut ce qu’il y a de mieux pour toi, continua Rebecca.
Pour vous, oui, songea l’adolescente.
— Ne vous inquiétez pas, mère, je vais me débrouiller, se contenta-t-elle de répondre.

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