Le Jour où Kennedy n’est pas mort – R.J. Ellory

Le Jour où Kennedy n’est pas mort

De R.J. Ellory

Sonatine – 432 pages. Traduit de l’anglais par Fabrice Pointeau

Une uchronie autour de « Jack » Kennedy

Le 22 novembre 1963, le cortège présidentiel de John F. Kennedy traverse Dallas en décapotable. Coup de feu, le Président s’écroule. Avec R.J. Ellory, la traversée de Dealey Plaza se déroule sans encombres. Le clan se lance dans la course à la réélection puisque la convention démocrate qui choisira son poulain pour la prochaine élection présidentielle se tiendra en 1964. Kennedy, malgré tous ses défauts (débauché et pervers, accroc au sexe et aux médocs) et ses tares physiques, est dépeint comme une bête de scène politique aux ambitions louables (les droits sociaux pour les Noirs) et parfois démesurées (la course à l’espace, ici Mars) soutenu par un clan, une famille, irlandaise et mafieuse. un protrait au final peu flatteur qui se dévoile peu à peu par le truchement d’une enquête de Mitch Newman, un journaliste-photographe, après le suicide de son ex-fiancée Jean Boyd par overdose alors qu’elle même cherchait à des informations sur les rumeurs de tricherie au bénéfice de Kennedy lors des précédentes élections présidentielles. D’ailleurs, fait étrange, les suicides par overdose se multiplient chez de jeunes femmes ayant fréquenté le Président. L’uchronie, même si elle permet au pays d’avancer plus vite sur les droits sociaux des Noirs Américains, laisse vite place à un roman noir plus classique et, finalement, se révèle quelque peu accessoire d’autant que l’histoire tend à vouloir reprendre son cours avec le personnage de Lee Harvey Oswald.

Un looser, un vrai

Un héros ne meurt qu’une fois, mais un lâche meurt mille fois.

Plantons le décor : Mitch Newman n’a pas revu Jean Boyd depuis  plus de dix ans. Ils étaient étudiants tous les deux et très amoureux. Elle se destinait au journalisme d’investigation, lui voulait devenir le nouveau Robert Capa. La guerre de Corée éclate et il décide d’aller couvrir le conflit même s’il n’a que 17 ans et que cela signifie mettre un terme à son histoire avec Jean.  Sur place, il se rend compte de plusieurs choses : que la guerre, et plus particulièrement une guérilla bien moche, est bien loin de tout ce qu’il avait imaginé, qu’il n’est pas fait pour elle et qu’il ne sera jamais Robert Capa. Après quatre mois,  une blessure physique et ce qu’il lui reste d’amour-propre dans les chaussettes, Mitch rentre aux USA, persuadé qu’il a fait une erreur et que Jean pourra lui pardonner. Elle ne répond pas à ses lettres. Sans famille, sans attache, sa vie devient une longue dérive entre une carrière en dents de scie et une addiction à l’alcool. Paradoxalement (ou non, le ressort est classique) la mort de Jean signera sa rédemption.

Noir c’est noir

La narration alterne entre scènes de la vie quotidienne avec auto-apitoiement de Mitch sur son sort et les révélations (au compte-goutte) de l’enquête de Mitch. Malgré les tentatives d’intimidation, il poursuit son chemin avec l’opiniâtreté de ceux qui n’ont rien à perdre. Au fil du récit se dévoilent des personnages clés de l’histoire des Kennedy : Robert Kennedy, Jackie, Lee Harvey Oswald… Le monde politique est aussi moche à voir que Mitch est cynique (réaliste ?). R.J. Ellory inclut les lettres d’amour que Mitch a envoyé à son retour de Corée à Jean. Elles sont loin de flatter le personnage que l’on découvre très auto-centré en constant ressassement de ses souvenirs plus souvent douloureux qu’heureux. Le rythme s’amollit d’autant ce qui reste dommage. Une lecture en demi-teinte pour moi.

Un extrait à propos des politicien (universel c’est sûr)

« Je suis journaliste, dit-il. J’écoute ces gens depuis le début de ma carrière. Ce qu’ils disent, ce qu’ils veulent dire et ce qu’ils font sont trois choses très différentes.
– T’es beaucoup trop cynique.

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2 réponses

  1. Zina dit :

    J’ai trouvé le livre prenant sur une bonne part, même si pas vraiment haletant, et puis on fini par tourner en rond.

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