Lilliputia – Xavier Mauméjean 6


Lilliputia

de Xavier Mauméjean

Calmann-Lévy – 445 pages

Il existe des livres dont il est difficile de parler avec « la tête ». Des livres qui mettent à mal le cerveau du lecteur et pour lesquels formuler un avis « argumenté » est encore plus ardu. Ces livres sont parfois hermétiques, ou réfractaires à la compréhension du lecteur. Le plus souvent ils sont déroutants, extravagants, ou simplement un peu trop tordus ou originaux pour le lecteur moyen qui se sent bousculé et, par ricochet, un peu mal-à-l’aise pour en parler. L’avantage, cependant, pour un lecteur moyen qui tient un blog (et qui se doit de rédiger des avis argumentés) c’est qu’il peut, par une pirouette, décider de mettre son cerveau au placard et de parler avec « son cœur » (chose que ne peut faire le critique littéraire – heureux soient les blogueurs…). Après cette longue introduction vous avez tous compris que Lilliputia entre dans la catégorie des livres déroutants ou un peu tordus pour la lectrice moyenne que je suis. Et qu’il ne faudra pas chercher un avis argumenté, fouillé, portant haut une analyse approfondie du roman (pour cela allez faire un tour chez les copains cités plus bas vous trouverez votre content).

Lilliputia s’ouvre sur cette phrase : « Ce roman est dédié à tous les parcs défunts ». S’en suit la liste de parcs défunts (qui m’a renvoyé illico presto au souvenir d’une jetée de la côte ouest américaine à moitié rongée par la mer qui accueillait le squelette d’un parc défunt justement). Premier pas de côté.

La première partie du livre s’orne de ceci:
« Pourquoi les gens sont-ils méchants ?
Est-ce que leur cœur change de couleur ? »
Et c’est tiré de …Oui-Oui … Deuxième pas de côté (il y en aura d’autres tout le long du roman pour mieux tordre la réalité). Et bienvenue dans Lilliputia. Ou plutôt bienvenue à Dreamland, immense parc d’attraction installé sur l’île de Coney Island, destiné au plaisir des Grands. Car à Lilliputia, cité miniature, on ne trouve que des Petits, des nains « parfaits », aux proportions harmonieuses, véritables poupées vivantes.  Elcana est de ceux-là. Né en Europe de l’Est dans un pays qui ressemble à la Pologne (enfin je trouve), il est contraint de fuir son pays après avoir commis un meurtre (très réducteur comme résumé des évènements) et  se retrouve embarqué de force pour Dreamland. Les 40 premières pages du roman sont consacrés à la généalogie d’Elcana.  L’arrivée à Dreamland ne se fait que beaucoup plus tard après un passage remarquable par Ellis Island. La vie même d’Elcana à Lilliputia n’est pas vraiment le propos du livre. L’auteur s’intéresse plus à la naissance des parcs, à l’histoire de Coney Island, de New York, ce qui donne l’impression que la  quatrième de couverture est à côté de la plaque (un pas de côté encore). Lilliputia condense à la fois des épisodes de la création de la ville de New York (ses gangs, ses incendies) et celle des USA (la prohibition, l’outrance et la décadence, l’escalade dans le trash qui fatalement s’en suit) sur une échelle de temps très ramassée. Vertige assuré.

Le roman est truffé de références ou de parallèles avec la mythologie grecque (mention spéciale au personnage de Mongo, Roi de Minos au physique taurin) et efface en permanence les frontières entre l’imaginaire et la réalité surtout quand la « poudre blanche » que les nains inhalent fait son apparition. Parfois je me suis perdue (trop de pas de côté…) mais à chaque fois la plume de Xavier Mauméjean m’a ramené in extremis sur les pas d’Elcana. J’aurais pu, comme Sandrine Brugot Maillard, passer à côté ….


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6 commentaires sur “Lilliputia – Xavier Mauméjean