L’Alchimiste de Khaim – Paolo Bacigalupi 6


L’Alchimiste de Khaim

De Paolo Bacigalupi

Au Diable Vauvert – 66 pages selon ma liseuse

A Khaim tout le monde peut pratiquer la magie : un grimoire, quelques formules et le tour est joué. Mais rien n’est gratuit. Pour chaque sort lancé, un roncier maléfique croît. Presque indestructible, résistant au feu, doté d’épines empoisonnées, il gagne chaque jour du terrain forçant les habitants à quitter leurs terres. Les réfugiés s’entassent à Khaim. Malgré l’interdiction du Maire de pratiquer la magie, chacun trouve toujours une bonne raison pour contourner la loi et braver l’interdit. Jeoz, alchimiste de métier, n’échappe pas à la règle : il utilise régulièrement la magie pour soigner la méchante toux de sa fille, Jiala. Mais ce n’est pas tout : il cherche, depuis des décennies, un moyen pour éradiquer le roncier. Enfermé dans son atelier, il a tout sacrifié à ses recherches. Et, quand enfin il réussit à fabriquer une machine capable de tuer le roncier, le Maire et le Majistère décident d’une utilisation toute différente.

L’Alchimiste du Khaim est un conte qui aborde, en peu de pages, un bon paquet de thèmes (qu’on retrouve dans La Fille automate de manière bien plus développée). L’égoïsme et la dilution de la responsabilité individuelle par exemple. Personne n’est prêt à renoncer à la magie même si celle-ci détruit l’éco-système et que tout le monde en est conscient : aux autres de faire un effort, je ne vois pas pourquoi je changerai mais façon de faire… Et chacun se trouve toujours une excellent excuse pour ne rien changer. Sans compter que ce sont les assoiffés de pouvoir qui, à ce jeu-là, explosent les scores. Le Maire et le Majistere interdisent toute utilisation de la magie mais ne se privent pas de l’utiliser pour satisfaire leur envie de grandeur. Sous couvert de le faire pour le bien de tous, évidemment. Tout parallèle avec notre société moderne qui, au nom de la croissance et de l’égoïsme, nous pousse à toujours consommer plus de ressources naturelles de plus en plus vite, à transformer ces ressources au prix d’une pollution de plus en plus grande, pollution qui finira bien par nous achever un jour ou l’autre, n’est bien sûr pas fortuit. Les solutions sont parfois pires que le problème : l’interdiction de la magie se révèle stérile et fournit un excellent terreau pour le développement d’un totalitarisme écologique qui dégénère en bain de sang.

L’Alchimiste du Khaim est aussi le parcours d’un homme, bon, idéaliste et courageux, tiraillé entre sa famille et sa quête. Pour qui veut découvrir Paolo Bacigalupi, il représente la clé d’entrée idéale. A 0,99€ en epub sans DRM, on aurait tort de s’en passer.

«  Parfois, je me disais que, sans Pila à m’observer silencieusement, à me juger, j’aurais abandonné mes expériences depuis longtemps. Il est facile de se décevoir soi-même mais échouer devant un autre, quelqu’un qui vous a vu miser autant sur un futur incertain – c’était trop de honte à supporter. »


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