Carbone modifié – Richard Morgan

Carbone modifié

de Richard Morgan

Milady – 571 pages

Carbone modifié est mon premier Milady. Milady, comme son « papa » Bragelonne, jouit d’une mauvaise réputation dans le petit milieu du fandom SF (j’exagère à peine). Ses crimes : des couvertures criardes, des franchises Elfes-Dragons-Magie-et-Baston, des sagas interminables qui, tome après tome, perdent en qualité ce qu’elles gagnent en clichés, le tout dans une avalanche de publications propre à étouffer celles, plus modestes en nombre, des autres maisons d’éditions… Bref,  Milady a repris le rôle joué par Fleuve Noir naguère : beaucoup de livres avec du bon et du moins bon, au lecteur de trier pour trouver sa came.  Malgré mes trèèèèèèèèèès nombreuses qualités (si, si), je ne suis pas exempte de défauts, dont celui de la paresse. Pourquoi perdre du temps à chercher, trier et fouiller alors que mes fournisseurs habituels pourvoient pleinement à mes besoins en matière de lecture ?  Dont acte : Milady est passé à la trappe. Il aura fallu le swap Eternal SF doublée d’une lecture commune avec Cachou, Lulu et Tigger Lilly pour me plonger dans un livre estampillé Milady.

Disons le tout de suite, Carbone modifié est à ranger dans la catégorie du « bon ». Premier roman de Richard Morgan, il a reçu en 2003 le prix Philip K. Dick et a souvent été comparé à Blade Runner. Le monde décrit par Dick et celui de Richard Morgan ont en commun d’être proches de nous malgré l’éloignement temporel, et, surtout, d’être violents, inquiétants, sombres et de ne pas donner envie de les voir se réaliser trop vite. Takeshi Kovacs, personnage principal de Carbone Modifié, n’est pas sans rappeler Rick Deckard et l’idée de le faire incarner par un Harrison Ford jeune ne manque pas d’attrait. Carbone modifié s’inscrit donc dans un univers déjà bien balisé par d’autres. Ce qu’il perd en originalité (ben oui) il le gagne en clarté : les nombreuses innovations technologiques (et les néologismes qui vont de pair) ne perdent pas le lecteur dans une faille spatio-temporelle.

Nous sommes au 26 siècle dans un univers cyberpunk assez classique. La technologie défie la mort : l’homme a la possibilité de se faire « digitaliser » l’esprit et réincarner dans des enveloppes : corps humains d’emprunt, clones ou corps synthétiques, au choix, ou plutôt en fonction du budget de chacun. La richesse vous apporte l’immortalité. Laurens J. Bancroft a presque vaincu la mort. Il fait partie des Maths, abréviation de Mathusalem, la caste de ceux qui sont assez riche pour défier le temps. Il charge Kovacs d’enquêter sur sa dernière mort. La police a conclu a un suicide mais quel intérêt, pour un homme assez riche pour entretenir plusieurs clones et sauvegarder son esprit tous les 48 heures, de mettre fin à ses jours ? Bancroft n’a pas choisi Kovacs par hasard. Ancien membre d’une force d’élite, les Corps Diplomatiques, il a l’esprit et les sens suffisamment aiguisés pour dénouer les fils de l’intrigue… De toute façon il n’a pas vraiment le choix s’il veut récupérer son enveloppe originelle. L’enquête démarre sur des chapeaux de roue et ça castagne dans tous les sens sur un rythme endiablé. Cynique à souhait (et drôle pour qui aime l’humour noir) Kovacs reste une machine à tuer dont la conscience est restée coincée sur une autre planète à l’occasion d’une mission meurtrière. L’intrigue de ce techno-polar est compliquée et sinueuse au possible et les péripéties s’enchaînent sans heurts ni temps morts. Carbone modifié n’est probablement pas le roman du siècle mais reste un excellent divertissement : intelligent, complexe et bourré d’action.

Un extrait:
J’avais l’impression de nager dans une rivière de diamant.
Quand nous avons atteint La Tête dans les Nuages, la drogue avait déjà éliminé la plupart de mes réponses émotionnelles ; tout devenait lumineux et brillant. La clarté était une substance, un film de compréhension recouvrant tout ce que je voyais, tout ce que j’entendais. La combinaison furtive et le harnais antigrav ressemblaient à une armure de samouraï. Quand j’ai sorti le paralyseur de son étui pour en vérifier le réglage, j’ai senti la charge, enroulée comme un serpent prêt à se détendre.
C’était la seule phrase de pardon dans la poésie d’armement qui m’entourait. Le reste ne parlait que de condamnations à mort.

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