Le siècle mécanique T2, Clementine – Cherie Priest 7


Clementine
Le siècle mécanique T2

De Cherie Priest

Eclipse – 272 pages

Boneshaker, le tome 1, m’avait franchement fait sortir des mes gonds. Mais comme je n’aime pas rester sur une mauvaise impression, j’avais tout de même décidé de poursuivre mes investigations sur l’univers steampunk de Cherie Priest. Qu’en est-il de ce tome 2 alors ? C’est … moins pire. Parce que je ne peux pas dire que c’est beaucoup mieux.

Maria « Belle » Boyd est une ancienne espionne confédérée qui s’est faite virer comme une malpropre. Après plusieurs reconversions, elle se retrouve veuve et presque sans le sou. Elle se fait embaucher par une agence de détectives privés Pinkerton pour une mission de protection un peu particulière. Il s’agit de s’assurer que le Clementine, un dirigeable, arrive bien à la destination prévue pour livrer une mystérieuse marchandise. Or il s’avère que le Clementine n’est autre que le Corneille libre, le dirigeable du capitaine Croggon Beauregard Hainey, ancien esclave en fuite, dirigeable qu’il avait lui même volé à la Confédération. Hainey est bien décidé à récupérer son dirigeable et se lance à sa poursuite.

La narration se fait en alternance : un chapitre pour Hainey, un chapitre pour Boyd, jusqu’à ce qu’ils se rencontrent. C’est un premier bon point. Clementine est beaucoup moins long que Boneshaker et, de fait, plus centré sur l’action et les batailles en plein air. Deuxième bon point. Le personnage de Belle Boyd a autant de caractère que celui de Hainey et leur duo fonctionne plutôt bien. Troisième bon point. Les lecteurs de Boneshaker ont pu faire connaissance avec le Clementine et le capitaine Hainey mais nul besoin d’avoir lu le premier tome pour lire ce volume-ci (nous avons quitté Seattle et ses zombies). Quatrième et dernier bon point. Passons maintenant à ce qui fâche. L’écriture ou la traduction ou les deux. Je ne parle pas de stylistique ici, juste de cohérence, d’invraisemblances et de scories qui polluent la lecture. Je qualifierai donc ce style « d’approximatif ». Ce qui ne veut, en soi rien dire, mais les extraits plus bas vous éclaireront. Ce roman a manqué d’une relecture très attentive tant en VO qu’en VF. Et pourtant, je ne suis pas la lectrice la plus exigeante et je pardonne beaucoup. Mais, dans le cas de ce bouquin, certains passages (beaucoup trop nombreux) m’ont prodigieusement agacée. Florilège de mes énervements :
– p. 47
« – Il aurait mieux valu que les pièces rapportées tiennent encore huit kilomètres, grommela Hainey.
Lamar plissa les yeux, mais il ne releva pas.
– Il aurait encore mieux valu que personne ne plante notre coucou au beau milieu du Kansas, se contenta-t-il d’ajouter. »
Drôle de manière de ne pas relever la provocation n’est-ce pas ?
– p. 64
« Elle comprit instinctivement à qui elle avait affaire. Elle connaissait plusieurs catégories d’individus que l’on pouvait manipuler si l’on savait s’y prendre, et l’homme était de ceux-là. ».
Outre un léger manque de légèreté, cette phrase est bancale. De quelle catégorie d’individu est-il ?
– p. 102, une description pour le moins « malveillante » pour les employés de pompes funèbres
« Algernon Rice était un homme élancé au teint pâle qui aurait eu l’air tout à fait malveillant sans le pétulant mouchoir orange qui fleurissait sa poche de poitrine. Sa longue et mince moustache, aux crocs soigneusement lustrés de gomina, était si noire qu’elle en paraissait bleue à la lumière et, sous son chapeau melon assorti, ses pattes étaient tout aussi sombres. A l’exception du triangle orange, tout dans la coupe et la couleur de sa tenue évoquait les pompes funèbres. »
Donc, si vous êtes employé des pompes funèbres accro à la gomina vous êtes malveillant. En plus d’être mal élevé, car Algernon Rice est assis derrière son bureau et quand il voit entrer une dame, il ne se découvre même pas… et garde son chapeau melon. Trois lignes plus loin on notera qu’il se comporte en « parfait gentleman ». Cherie, il ne suffit pas d’affirmer… parfois il faut que les personnages agissent en conformité avec l’image que l’auteur en a et avec l’image qu’il veut faire passer au lecteur. Pour être un parfait gentleman, Algernon se serait levé, aurait salué la dame en ôtant son chapeau en lui tendant la main (au minimum et nous ne connaissons pas l’éduction de M Rice) (et d’ailleurs, comme il s’agit d’une relation professionnelle, il aurait pu simplement hocher la tête, mais sans chapeau, cette tête).
– p. 129, le Capitaine Hainey se pointe en diligence avec une caisse contenant une mitrailleuse surnommée le Crotale :
« […] puis sortit le Crotale de sa caisse et le laissa glisser par terre. Il releva le col de sa veste et s’étira le dos et les bras en vue de le soulever une fois de plus. »
Ensuite Hainey a une petite conversation avec un personnage très secondaire et deux pages plus loin « Hainey ramassa la caisse du Crotale et la hissa, non sans effort. » Quoi le Crotale aurait réintégré sa caisse ? Oui la preuve page 132 : « La caisse du Crotale ballottait contre ses cuisses, ses genoux et ses tibias : il s’arrrêta de courir pour la poser à terre. […] il ouvrit la caisse d’un coup de pied et dégagea le Crotale de son lit de sciure et de copeaux de bois […] ».
M’est avis que c’est la caisse qu’on a sorti de la diligence à la page 129 plutôt que le Crotale. Sinon… et bien ça marche moins bien…
– p. 148
« – On y va, déclara Hainey en tirant à lui un levier fixé au sol, avec une délicatesse consommée, mais en poussant néanmoins à ses limites la vitesse du dirigeable.
Le carburant vint alimenter les moteurs et les propulseurs ventraux de l’appareil militaire de l’Union se mirent à tourner. Dirigés vers le sol, les hélices l’en décollèrent d’une pitchenette, dans un petit bon plus élégant que ce à quoi chacun s’était attendu. »
Oui vous avez bien lu. Hainey est le seul capitaine capable de pousser à ses limites la vitesse d’un dirigeable … qui n’a pas encore décollé. Trop fort !

Voila j’arrête là, je pense que tout le monde a compris. J’ajouterai un dernier mot (méchant) sur la couverture que je trouve tout aussi approximative que le roman (malgré le marque-page, toujours présent dans le rabat de quatrième). L’éditeur a pris soin d’insérer un extrait du troisième volume de la série, Dreadnought, qui sera disponible en français en janvier 2012.

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