Cygnis – Vincent Gessler

Cygnis

De Vincent Gessler

L’Atalante – 252 pages

Difficile de résumer l’intrigue de Cygnis sans en dévoiler trop. Plusieurs trames narratives se croisent pour se réunir dans un final surprenant. Humains et robots se partagent une planète qui ne ressemble plus du tout à notre Terre. La population humaine est disséminée en communauté, la forêt le dispute aux ruines. Les hommes ont oublié les évènements qui ont bouleversé leur monde. Seul le souvenir du Long Hiver persiste sous forme de légendes et les artefacts du passé découverts par les fouisseurs ne provoquent souvent que perplexité. Syn est un trappeur solitaire, perpétuellement accompagné par Ack, loup à l’allure étonnante. Sniper impitoyable il tue les diasols (des robots) qu’il croise sans scrupules ni hésitations. Sa main est sûre, son instinct fiable et son tir rate rarement sa cible. La fin de l’hiver approchant Syn retourne à Méandre mais lors d’une immense fête célébrant le printemps, les femmes sont enlevées et la ville pillée par les troglodytes. La guerre se profile. Une intrigue parallèle concernant les diasols se met en place. Au milieu de cette complexité, Syn cherche toujours à comprendre qui il est.

Roman contemplatif où l’ambiance ne prime pas pour autant sur l’action, l’écriture poétique immerge le lecteur dans un monde blanc de neige et de silence traversé par des éclats de violence, de bruit et de sang. Vincent Gessler n’épargne rien au lecteur : pillages, guerres, sang, sexe… La brutalité du récit est compensée par une écriture sophistiquée qui, parfois, en fait un peu trop. La construction non linéaire, bien maîtrisée, et qui induit des ruptures de rythme (ce que personnellement j’ai apprécié) est un atout de plus. Les en-têtes des chapitres en latin ouvrent des perspectives supplémentaires. Pourtant il manque quelque chose à ce roman pour que j’y adhère totalement. A deux reprises je me suis retrouvée à le contempler, admirative, en me disant « c’est magnifique » mais de l’extérieur, dans pour autant identifier ce qui m’en faisait sortir. Pour autant, je recommande chaudement la lecture de ce premier roman admirablement travaillé, riche et et porté par une voix originale. Notons aussi que le roman, publié par l’Atalante, bénéficie d’une très belle couverture : intrigante pour ceux qui n’ont pas encore lu le livre, elle fait sens une fois le roman terminé.

Un extrait :
« Ils passent la nuit à l’abri des espaces immenses et des ombres. Les rayons de l’aube illuminent la rosace et tendent sur les murs un dessin arachnéen et fabuleux qui glisse vers le sol en suivant la course du soleil. Syn et Leah observent cet instant magique, enlacés dans la chaleur du réveil.
Ack se réveille soudain, regarde autour de lui comme s’il était perdu et enfouit sa truffe humide sous l’aisselle de Syn, qui sursaute : « Jaloux ! »
Une complicité nouvelle les accompagne durant le petit-déjeuner partagé en silence. Le moindre bruit ou froissement résonne et rappelle les dimensions du bâtiment. Leah explore une dernière fois l’édifice démesuré, contemple le labyrinthe et les autres figures tracées dans le pierre, les sculptures aux murs, les peintures effacées du plafond.
Ils se retirent par la grande porte et marchent entre les ruines. La lumière du matin prête aux rues vides d’autres impressions, des ambiances qui ont pu exister dans le passé et que reconstituent en pensée Syn et Leah dans leur traversée. »

      

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