Eternity Incorporated – Raphaël Granier de Cassagnac 7


Eternity Incorporated

Raphaël Granier de Cassagnac

Mnémos – 272 pages

Un virus a ravagé la planète. Quelques poignées d’humains ont pu intégrer une bulle, une ville sous cloche, régie par un super-ordinateur, le Processeur. L’équilibre de la bulle, le quotidien, la santé, tout est géré et assuré par le Processeur depuis des temps oubliés. Dans cette bulle, Sean, DJ qui enflamme les nuits clandestines, fréquente assidûment les affranchis caractérisés par leur refus du Processeur et de son réseau global, de l’inter-connexion à outrance, de l’absence de choix et de libre-arbitre. Gina Courage, responsable de la Connectique, elle, côtoie au plus près le Processeur. Leur relation, quasi-fusionnelle, tourne court au moment de la Grande Panne. De manière inexplicable le Processeur arrête de fonctionner, s’éteint. La Bulle n’est plus administrée et les autorités se trouvent désemparées. Ange Barnett, brigadière, elle, se retrouve en mission à l’extérieur, en milieu hostile. Quatre personnages, quatre destins pour retracer celui de l’humanité entière.

Une dystopie post-apocalytique dans une ville sous dôme, de prime abord, ça n’a rien d’original. Les thématiques abordées (liberté, libre-arbitre, interconnexion, uniformité de vie et de pensée, repli sur soi) ont maintes fois été traitées en SF. Eternity Incorporated tire cependant son épingle du jeu par sa double apocalypse, un traitement à trois (voire quatre) voix, par les ramifications des « possibles » issus de la Grande Panne et par sa fin ouverte et étonnante. Le roman débute comme une utopie avec une ville immaculée, parfaite, sous la houlette d’un Processeur plutôt bienveillant, qui aide les humains dans leurs décisions. Mais bien vite, derrière des apparences d’équité et de bonheur, le lecteur se rend compte que la vie sous cloche ne permet pas d’être libre et autonome. D’ailleurs le chaos politique qui menace après la Grande Panne (la deuxième apocalypse) avec la tentation du repli identitaire, la stigmatisation des marginaux, l’apparition des partis militaristes ou réactionnaires, témoigne de l’incapacité pour l’homme à rebâtir une société cohérente en quelques semaines.
La linéarité chronologique du récit est compensée par la narration alternant les points de vues de chaque personnage aux positions parfois diamétralement opposées. Raphaël Granier de Cassagnac laisse au lecteur le soin de se faire sa propre opinion, de prendre parti notamment sur les options politiques qui se dégagent après la Grande Panne. Ange, à l’extérieur du dôme, apporte un éclairage complémentaire sur la bulle, achevant de faire voler en éclats les dernières illusions du lecteur. La fin, étonnante pour Sean, très ouverte pour Ange ne répond pas à toutes les questions sans pour autant frustrer le lecteur : à lui de faire une partie du chemin et de trouver ses réponses. Eternity Incorporated est un premier roman plus complexe qu’il n’y paraît, à la narration maîtrisée, et qui marque le lecteur sans en avoir l’air. Preuve en est que ma lecture – qui date un peu – a laissé des traces.

 

Challenge Fins du monde


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