Vlast – Peter Higgins 7


Vlast

De Peter Higgins

Bragelonne – 512 pages

Une fois n’est pas coutume, je copie le texte de quatrième de couverture :
La corruption règne à Mirgorod. Entre agents du parti et révolutionnaires fanatiques, cabarets décadents et exécutions sommaires, survivre est un défi quotidien dans la gigantesque capitale du Vlast. Lorsque l’inspecteur Vissarion Lom est chargé d’arrêter un terroriste qui menace le parti, il ne se doute pas encore que son enquête va le mener jusqu’aux plus hautes sphères du pouvoir, et lui faire découvrir un secret lié à son propre passé. Sa rencontre avec une mystérieuse jeune femme, Maroussia, proche du criminel qu’il est censé traquer, achève de faire basculer Lom dans un monde de faux-semblants, ambigu et vénéneux…

Ce quatrième de couverture est un exemple : elle est parfaitement exacte et elle dévoile une bonne partie du roman sans pour autant spolier le lecteur de son plaisir de lecture. Pourquoi ? Parce que la première moitié de Vlast sert à la mise en place de l’intrigue, de l’univers et des personnages. Lom, Maroussia, Kantor le dangereux terroriste qui menace le Vlast. Peter Higgins en profite pour installer ce qui se révèlera le moteur du roman : une lutte entre puissances inconnues et antagonistes, qu’on appelle pudiquement des anges et dont nous tairons la nature exacte (spoiler évident dans le cas contraire). La seconde partie permet de faire avancer l’intrigue jusqu’au cliffhanger final. Cliffhanger final ? Et oui. Le roman se termine sur un cliffhanger, sans que l’intrigue ait beaucoup avancé parce que Vlast est le premier tome d’un cycle en je-ne-sais-combien de tomes. Je pensais que Vlast était un roman unique, un one-shot. Il n’en est rien. Nulle part il n’est mentionné qu’il s’agit d’un tome 1 : à aucun moment dans le livre ou sur le site ou le blog cette information n’est donnée. Si, encore, il s’agissait d’un premier tome pouvant se lire indépendamment des autres avec une intrigue secondaire bouclée à la fin (comme par exemple La Longue Terre) ce serait un moindre mal. Mais ici le lecteur se retrouve planté au tiers ou à la moitié – vu le rythme, je pense au tiers – de l’histoire. S’il fallait résumer ma lecture de Vlast en un mot, « malentendu » serait parfaitement adapté.

Mais mis à part cette incompréhension de départ, ta lecture de Vlast tu en penses quoi Lhisbei ? Pas grand chose. Il m’est impossible de juger un roman présenté par petits bouts. L’histoire est à peine amorcée, les enjeux et le contexte tout juste posés. La quête – oui, il y a une quête – débute à peine. J’ai besoin de lire la suite pour pouvoir me faire un avis. Et quand je dis la suite, je pense à la totalité du cycle, a fortiori parce que le rythme est très lent dans ce premier tome (trop lent pour moi – 512 pages tout de même). J’ai déjà repéré des éléments intéressants et des défauts agaçants comme la propension des personnages à se montrer bien stupides face au danger. Lorsque vous affrontez une créature invincible et que l’un de vos alliés se sacrifie pour vous permettre de fuir, que faites-vous ? A/ vous mettez le plus de distance possible entre vous et cette créature, sachant que de toute façon elle vous traquera. B/ vous faites demi-tour et vous revenez sur les lieux de la bataille par pur héroïsme (ou pulsion suicidaire) ? Peter Higgins a peut-être une vision très romantique de l’héroïsme russe finalement.

Là ou le lecteur peut s’étrangler un peu plus c’est dans les références données par l’éditeur : « À mi-chemin entre Boulgakov et John Le Carré » rien que cela… Pour l’univers, le glauque et la corruption qui noircissent le tableau, cette comparaison tient peut-être la route. Pour tout le reste, mieux vaut l’oublier. J’espère aussi que Bragelonne publiera l’intégralité du cycle et ne laissera pas son lecteur en plan. Après recherches, j’apprends que le deuxième tome en V.O. est paru en mars de cette année et que le troisième est prévu pour 2015. Reste à voir si les traductions suivront.

Une citation
« La dialectique de la peur et du meurtre avait façonné sa vie : quand on craint quelque chose, on l’étudie afin d’en apprendre un maximum avant de le tuer, quand on rencontre autre chose de plus dangereux, on recommence, et ainsi de suite. Et on devient plus fort, jusqu’à ce que la peur que l’on provoque dépasse la peur que l’on ressent. Avoir appris cette immense leçon avant même sa naissance était un motif secret de satisfaction pour Kantor. Il avait eu un  jumeau ; après sa naissance, le cadavre ratatiné de son petit frère était tombé avec le placenta sur le drap du lit de sa mère. Avant même d’avoir vu a lumière du jour, il avait tué et dévoré son rival. »

Lu pour le Prix ActuSF de l’Uchronie 2014


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7 commentaires sur “Vlast – Peter Higgins