La faim du loup – Stephen Marche 6


La Faim du loupLa faim du loup

De Stephen Marche

Actes Sud Exofictions – 304 pages

North Lake, Alberta, Canada. Des chasseurs retrouvent, dans la neige, le cadavre nu de Ben Wylie, héritier de la deuxième fortune des États-Unis. Jamie Cabot, fils de la famille chargée de veiller sur le cottage des Wylie à North Lake, tente de percer comme journaliste à New York. En fouillant l’intimité des Wylie, il découvre leur secret : tous les mâles sont des loups-garous. Une malédiction familiale, un mort mystérieuse et un secret bien gardé, voila le matériau idéal pour pour une histoire parfaite.

La faim du loup est tout autant l’histoire d’un provincial canadien obsédé par l’idée de rester à New York (centre du monde civilisé pour lui) et qui s’imagine qu’écrire sur une riche famille atteinte de lycanthropie sera le summum d’une carrière journalistique pour l’instant totalement dans l’impasse, que l’histoire de cette famille, sur plusieurs générations. Le narrateur, un raté vivotant de petites piges et logeant dans un sous-sol miteux et humide, tout aussi attachant que détestable – il n’hésite pas à voler, dans le cottage des Wylie, des documents personnels, mais aussi un tableau de Paul Klee d’une valeur astronomique – entremêle donc les fils narratifs : sa vie, ses peines, ses pensées, ses amis et ses emmerdes avec la biographie, la vie, les emmerdes des Wylie. Stephen Marche glisse donc une dimension méta-fictionnelle dans un roman contemporain au caractère finalement assez convenu : il ressemble en tous points à ce que la littérature nord américaine produit à la chaîne, écrasée par la figure des pères (Fitzgerald ici, qu’on assène en quatrième de couverture). Certes l’auteur est de nationalité canadienne, mais il travaille pour des publications américaines (dont le NY Times). La seule originalité de ce roman réside dans le fait que les mâles Wylie sont des loups garous. Une fois par mois, ils descendent s’enchaîner dans la cave, vivent leur métamorphose puis en sortent trois jours plus tard totalement amnésiques. Ils passent le reste du temps à faire fructifier leur fortune. Ils ont tout compris au capitalisme : vendre à tout prix, n’importe quoi, à tout le monde ; acheter des sociétés, diminuer les coûts de moitié, faire des bénéfices et les réinvestir dans d’autres sociétés… Seul le dernier enfant des Wylie ne fait rien de précis pour augmenter sa fortune. Il fuit (mollement, ce n’est pas non plus un grand rebelle) et a laissé les rênes à un homme de confiance. Inadapté et solitaire, il est aussi le seul de la famille à se poser des questions sur l’argent et sa capacité à fausser les rapports humains. Et comme de bien entendu, il est aussi le seul à ne pas être un loup-garou. La lycanthropie comme métaphore de l’avidité humaine et du capitalisme féroce, voila tout l’argument du roman. Un peu léger sur le fond. Sur la forme, rien d’inattendu ou de surprenant, même si la plume se révèle efficace. J’ai lu ce roman en trois jours, sans enthousiasme particulier, mais sans déplaisir ni ennui, en notant quelques petites phrases (placées en fin de paragraphe, comme une belle mécanique).

Florilège :

L’argent peut se transformer en tout et n’importe quoi, mais nous ne pouvons devenir que nous-mêmes.

Il comprit que le dur labeur et la persévérance n’avaient aucune valeur. la possession était tout ce qui comptait. les gens travaillent pour ceux qui possèdent. c’est le propriétaire qu’on respecte, pas la main d’oeuvre.

Elle a enveloppé le mot « amis » avec tous les fantômes d’amis qu’elle ne pouvait pas avoir à cause de son argent, et tous les amis qu’elle n’avait que grâce à son argent.

Se marier à un porte-monnaie, c’est le plus vieux métier du monde. J’imagine que c’est une bonne chose que les hommes s’y mettent.

2016-03-23 08.34.49-1

En conclusion, La faim du loup est un roman efficace, mais convenu, sur une famille américaine qui se bâtit un empire en trois générations et dans lequel l’élément le plus original, la lycanthropie, reste anecdotique.


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