Le Poids du coeur – Rosa Montero 19


Le poids du coeurLe Poids du coeur

De Rosa Montero

Metailié – 334 pages en epub

Dans Le Poids du coeur, nous retrouvons Bruna Husky, la réplicante de combat devenue détective privée après ses deux ans de services avec laquelle nous avions fait connaissance dans des Larmes sous la pluie. Il lui reste trois ans, dix mois et vingt et un jours de vie avant que ne surgisse la Tumeur Totale Techno (TTT). Moins de quatre ans avant la fin de sa vie programmée. Au cours d’une banale enquête dans la Zone Zéro, l’une des zones les plus pauvres et polluées de la Terre, elle prend en charge, sans savoir très bien pourquoi, Gabi, une orpheline russe de dix ans contaminée par la radioactivité. Son espérance de vie s’en trouve réduite : comme Bruna ses jours sont comptés. Comment a-t-elle pu être irradiée puisque le nucléaire est banni depuis une centaine d’années ? Comment la sauver ? Des traitements existent, mais restent financièrement hors de portée. Et qui plus est qui a intérêt à faire disparaître les preuves d’une contamination nucléaire. Voila Bruna sur une nouvelle enquête qui l’emmènera, accompagnée de Daniel Deuil, son thérapeute personnel et seul moyen pour une Bruna au bord de l’implosion émotionnelle de conserver sa licence de détective, dans les confins d’une Terre désolée et en guerre permanente en passant par la station spatiale de Labari qui abrite une société de fantasy médiévale grandeur nature.

Disons le tout de suite, le plus passionnant dans Le Poids du coeur ce n’est pas l’enquête en elle-même. Cette dernière se révèle assez prévisible, même dans ses twists. Elle reste néanmoins bien menée et bien rythmée ce qui la rend agréable à lire. Mais le plus passionnant réside dans tout ce qui gravite autour de l’enquête. Les personnages en premier lieu : Bruna, toujours à vif, évolue un peu plus. Androïde à la personnalité plus complexe, aux émotions plus variées que les modèles classiques, elle se rend compte qu’elle est unique, différente et dotée, grâce au cadeau empoisonné de son mémoriste, de la faculté de créer (en l’occurrence d’inventer des histoires). Elle reste soumise aux lois de fonctionnement inhérentes à sa nature : son angoisse de la mort et son désir de vivre la prive d’insouciance. Elle est d’autant moins maître de son destin qu’elle se révèle incapable de mettre fin de manière anticipée à sa courte vie : le suicide n’est pas une option prévue par leur programmateurs. Capable d’une réflexion plus poussée que ses semblables, elle offre un regard empreint de philosophie sur la société dans laquelle elle vit dans le sens où elle questionne la réalité, l’identité, la notion de justice et recherche un sens à sa vie. Elle offre aussi une mise en abyme sur l’acte d’écrire et de ce qui fait un écrivain. Au travers de l’enquête de Bruna, Rosa Montero aborde aussi beaucoup d’autres thématiques, dont la plupart sont d’actualité et risquent de nous occuper quelques temps : les réfugiés qu’ils soient climatiques ou qu’ils tentent d’échapper à la guerre par tous les moyens pour  accéder à un monde meilleur, la pollution et ses conséquences écologiques et politiques, la corruption et la recherche du profit à tous prix, l’hypocrisie et le mensonge de sociétés qu’elles soient publiques (Labari n’est qu’une immense duperie) ou privées (la société qui a fabriqué Bruna n’a pas respecté certaines règles). La science-fiction permet de voir et d’étudier notre monde avec un regard décalé dans le temps et/ou dans l’espace. Par le prisme du futur, elle nous parle de notre présent et nous met face à des choix à faire. Rosa Montero assume parfaitement ce regard spéculatif et nous offre un roman de science-fiction intelligent, non dénué d’humour et d’ironie. Avec Le Poids du coeur, elle développe son univers, le modèle à sa guise – les annexes en fin de livre sont là pour en témoigner – et s’affranchit de Blade Runner tout en assumant sa filiation. Ce roman, moins centré sur les états d’âme de son personnage principal que Des Larmes sous la pluie, offre aussi au lecteur un monde plus fouillé, plus dense en plus d’une réflexion sur l’humanité et l’identité.

En définitive, j’ai plus accroché à ce second opus, plus intense, plus riche que le premier. Néanmoins, pour le savourer à sa juste valeur, je conseille à ceux qui ne l’ont pas lu de faire connaissance avec Bruna Husky en lisant d’abord Des Larmes sous la pluie.

– Tu m’as donné la peur de la mort, bredouilla-t-elle d’une voix étouffée.
– Mais c’est le don des artistes. Sans peur, il n’y a pas de création.

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