Une demi-couronne – Jo Walton 4


Une demi-couronneUne demi-couronne
Le subtil changement T3

De Jo Walton

Denoël Lunes d’encre – 352 pages

Dans Une demi-couronne, Jo Walton poursuit sa trilogie uchronique. Comme pour les deux premiers tomes, la narration alterne entre l’histoire d’Elvira, du point de vue de cette dernière et l’histoire de Peter Carmichael de son point de vue aussi. L’uchronie développée prend son ampleur et l’Angleterre des sixties qui nous est offerte se révèle bien différente de celle que nous connaissons tout en restant vraisemblable. De ce point de vue, ce troisième et dernier tome tiens les promesses faites dans les opus précédents. Des trois tomes de cette série, le premier opus, Le Cercle de Farthing, me paraît le plus convaincant, le plus marquant et le plus réussi. Mais tout au long de la série et encore plus dans Une demi-couronne, deux éléments marquent le lecteur. En premier lieu, le personnage de Peter Carmichael, exceptionnel qui voit son évolution superbement bien rendue. Sa dramaturgie personnelle prend aux tripes. En second lieu, le basculement de l’Angleterre, lent mais inexorable, dans la haine, et la montée du fascisme qui sont dépeints de manière très réaliste : le peuple entend le bruit des bottes et, sourd et aveugle aux conséquences, s’offre à la facilité, suit et adhère. Un bémol cependant sur ce tome qui clôt la trilogie du Subtil Changement : la fin. Optimiste selon le souhait de Jo Walton, elle se révèle quelque peu expédiée et manque de vraisemblance. Sortez les licornes et les paillettes, ce n’est pas God save the Queen, c’est The Queen save the world. Et ce n’est tout simplement pas crédible.

Reste un agacement sur cette trilogie : Lucy, Viola et Elvira, les trois personnages féminins de cette trilogie, ont toutes pour point commun d’être d’une naïveté qui confine parfois à la stupidité. Même si elles ont de bonnes excuses pour cela (leur éducation dans un milieu très rétrograde et fermé, leur jeune âge pour certaines), elles pourraient faire preuve d’un peu plus de bon sens. Lucy est la seule qui se pose des questions et remet en perspective sa perception du monde. Viola le rejette, par douleur et parce qu’elle a souffert et c’est pour mieux accepter une autre forme d’inconscience dans un univers différent, celui du théâtre, tout aussi fermé ce qui préserve son insouciance. Elvira, tiraillée entre ses origines prolétaires et les possibilités que lui offre le statut de son tuteur Carmichael, rêve d’Oxford et idéalise le monde. Le plus énervant : elle est intelligente, mais n’utilise pas ses capacités pour tenter de comprendre son univers. Elle refuse la futilité parce qu’elle sent confusément que c’est une forme d’enfermement et d’asservissement, mais ne se rebelle pas pour autant.

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Petit plaisir supplémentaire en cours de lecture, les clins d’oeil aux lecteurs (Jo Walton respecte les canons de l’uchronie). En voici un :

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En définitive, la trilogie du Subtil changement est à classer dans la catégorie « A lire absolument », que l’on soit ou pas amateur d’uchronie, de roman anglais, de roman policier à l’ancienne. La qualité de la série a fait de ma lecture l’une des plus stimulantes de ces derniers mois.

PRIX UCHRONIE 2015Lu pour le Prix ActuSF de l’Uchronie 2016

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4 commentaires sur “Une demi-couronne – Jo Walton