Les Affinités – Robert-Charles Wilson

Les Affinités

De Robert-Charles Wilson

Denoël Lunes d’encre – 336 pages – Traduction de Gilles Goullet

Adam Fisk est un Tau. Il a passé une série de tests psychologiques proposés par la société InterAlia dont les résultats permettent de classer les gens par groupes d’affinités. Il existe vingt-deux groupes d’Affinités nommés d’après les lettres de l’alphabet phénicien, les « cinq grands » étant Bet, Zai, Het, Semk et Tau. Zai, Het, Semk et Tau. 40% des gens qui passent les tests ne sont compatibles avec aucune affinité. Ce n’est pas le cas d’Adam Fisk. Son test le place même dans l’Affinité la plus performante et la plus riche grâce à sa capacité à travailler en réseau et à mobiliser collectivement et au bénéfice des ses membres toutes les intelligences individuelles. Intégrer une Affinité, c’est trouver une famille où tout devient facile : les membres se ressemblent, communiquent aisément sans avoir parfois à se parler, s’entraident pour tout. Intégrer une Affinité, c’est vivre un peu à part, entre-soi et, bien entendu, entre gens de bonne compagnie. Dans sa première famille, sa famille de sang, celle qu’on ne choisit pas, Adam n’est pas le bienvenu : son caractère très différent de celui de son père les oppose constamment. Exilé à Toronto pour ses études en graphisme, il trouve amour, soutien et réconfort auprès de sa grand-mère. Lorsque celle-ci meurt, il a la chance, au même moment, d’intégrer son Affinité et de s’éloigner de son père, patriarche autoritaire, et de son frère, digne héritier familial.

Les Affinités met en parallèle l’histoire d’un être humain, banal, un jeune homme qui peine à trouver sa place et un monde qui commence à sombrer et que les réseaux sociaux (pas uniquement numériques) remodèlent. Les relations humaines et l’impact d’une nouvelle technologie sur celles-ci sont au coeur du roman. Les Affinités ne pourraient être qu’un regroupement, qu’un groupe social parmi d’autres. Mais elles deviennent bien plus que ça : de véritables petites nations au sein de la nation, avec leurs rivalités et les inquiétude qu’elles génèrent chez ceux qu’elles excluent. Les enjeux économiques ne sont pas oubliés : les catégories d’Affinités sont le résultats de tests conçus par un scientifique au sein d’une firme privée et la démocratisation du processus ne va pas de soi. Le roman se centre sur Adam Fisk et son évolution suit en parallèle celles des Affinités. Robert Charles Wilson a du métier et du talent, les pages se lisent toutes seules. Et si vous avez besoin d’un roman de SF accessible aux non-lecteurs de nos genres préférés, soyez sûrs que celui-ci conviendra parfaitement.

« Le fondamental étant que la coopération est une arme à double tranchant. Nous coopérons parfois afin de donner à notre propre groupe un avantage sur les autres. Considérez ça comme de la coopération prédatrice. On peut l’améliorer technologiquement elle aussi, ce qui signifie des gains à court terme pour certains, mais une perte nette d’efficacité combinée. Ça peut également conduire à une espèce de course aux armements dans laquelle elle devient un prérequis à la survie d’un groupe. Dans ce cas les résultats peuvent être meurtriers.
« Le problème pratique est que nous ouvrons la porte à une cascade, un torrent, un tsunami de changement politique, culturel et économique. Personne n’y est préparé ! Il se peut qu’un tas d’institutions existantes s’écroulent. Qu’apparaissent de toutes nouvelles loyautés et de tout nouveaux systèmes de loyauté. Et sans contraintes, nous risquons d’aller vers un état de guerre perpétuelle entre des sodalités concurrentes. »
Guerre de tranches, ai-je pensé, mais la blague n’avait pas l’air drôle.
« Pire, a continué Klein, cela se produit à un moment critique de l’histoire de l’humanité. Vous n’ignorez pas les problèmes que nous affrontons, qui vont du changement climatique à la faim dans le monde en passant par les inégalités économiques. Des problèmes auxquels il est facile de donner un nom mais qu’il est quasiment impossible de résoudre, parce qu’ils demandent une collaboration planétaire que notre espèce ne maîtrise pas encore. InterAlia a vendu les Affinités comme un produit commercial, une façon de se faire des amis, genre club ou site de rencontres. Mais elles ont toujours été davantage que ça. Par conception. Parce qu’elles concentrent le potentiel de coopération humain, elles conduisent potentiellement au genre de travail qui pourrait sauver notre planète ravagée. Mais elles ne peuvent le faire qu’en restant structurellement saines, à l’intérieur du cadre que j’ai créé pour InterAlia.

Dédicace au challenge du Chien critique

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