Dans la toile du temps – Adrian Tchaikovsky

Dans la toile du temps

D’Adrian Tchaikovsky

Denoël Lunes d’encre – 592 pages. Traduction de Henry-Luc Planchat

En préambule, je tiens à préciser que je suis arachnophobe (du genre hystérique à la vue de l’une d’entre elles) et un poil insectophobe aussi (les rampants essentiellement). Et comme Adrian Tchaikovsky décrit fichtrement bien ses araignées autant dire que j’ai souffert à la lecture (si le roman avait été mauvais, j’aurais au moins eu une excuse pour l’abandonner).

Dans la toile du temps s’ouvre sur une expérience de terraformation. Le docteur Avrana Kern s’apprête à relâcher sur un monde luxuriant une colonie de singes et, en parallèle, un nanovirus d’élévation qui permettra à ces singes d’évoluer rapidement. En l’espace de quelques générations, ils seront suffisamment intelligents pour préparer l’arrivée de colons humains. Un satellite artificiel, la Sentinelle, contrôlera régulièrement l’expérience et attendra les signaux de réponse des singes. Il s’agit pas de la seule tentative de terraformation de planètes. Sur une Terre, moribonde, les étoiles représentent la survie : essaimer ou disparaître. Mais une faction terroriste fait échouer l’expérience : le transport de singes s’écrase sur la planète, ne laissant aucun survivant et Kern se réfugie dans la Sentinelle. Le nanovirus atteint la surface et se disperse. Il est dans sa nature de chercher un hôte et de se propager : ce sont les insectes et les araignées qui vont devenir son terrain de jeu. Pendant des centaines d’années, les araignées ne cessent d’évoluer alors que, sur Terre, la guerre finit de précipiter la fin du monde jusqu’à pousser quelques milliers d’humains dans une arche de la dernière chance (le Gilgamesh) vers la planète des araignées. Or deux espèces pensantes sur une seule planète, c’est une en trop. La confrontation est inévitable.

Adrian Tchaikovsky met en scène l’évolution d’une civilisation radicalement différente, selon une temporalité propre (l’espérance de vie d’une araignée est beaucoup moins longue que celle d’un humain) qui ne va pas sans poser des problèmes pour la mémoire de l’espèce et la transmission du savoir, l’acquisition progressive de l’intelligence par cette espèce de la manipulation d’outils simples et les stratégies de chasse jusqu’à la création de réseaux neuronaux organique (vecteur ? les fourmis) et la naissance d’une société organisée matriarcale, avec une lutte des mâles pour leur droits (un vrai miroir de la lutte des femmes sur notre bonne vieille planète Terre). Et, en parallèle, il place les enjeux de survie de nos semblables embarqués dans un vaisseau arche, avec une temporalité tout aussi différente induite par le voyage interstellaire à une vitesse infra-luminique et les épisodes d’hibernation. Un air de déjà vu ? Oui, mais avec quelques surprises bien dosées (non je n’en dirai pas plus) et le lent basculement de l’empathie du lecteur de l’humain vers les araignées. Les chapitres sur l’élévation des araignées sont fascinants et très réussis. Ceux autour des humains à bord du Gilgamesh m’ont parus moins convaincants, plus conventionnels. La résolution du conflit, éthiquement discutable, se révèle redoutablement efficace et diablement intelligente.

Roman ambitieux, Dans la toile du temps tient ses promesses, parole d’arachnophobe.

De la vie des bêtes :

La guerrière peut facilement imaginer ce qui se passerait si la colonie détectait sa présence. Le mur tout entier deviendrait une gueule féroce capable de la disséquer et de la dévorer. Elle n’aurait aucune chance.
Un peu plus loin, une de ses camarades connaît ce sort funeste. Son odeur d’aranéide s’est échappée par une ouverture de son armure ; aussitôt, une paire de mandibules se referme sur une de ses pattes et la tranche au niveau de l’articulation. L’écoulement du fluide excite les fourmis proches. En un instant, elle est recouverte d’insectes enragés. Ignorant les parties de son corps protégées par l’armure, les fourmis suivent la piste du sang, pénètrent par la plaie dans les entrailles de l’importune qui se débat, la déchirent de l’intérieur tandis que les plaques d’invisibilité retombent une à une, sans provoquer d’autres réactions.

Ne jamais débarquer sur une planète quand on n’y a pas été invité :

Les cris de Bales leur parvinrent dès que le sas fut ouvert. Elle était étendue sur le sol devant la navette et frappait des deux mains contre sa combinaison, gigotait, lançait des coups de pied comme si elle était attaquée par un assaillant invisible. À part Tevik et Holsten, tout le monde se précipita pour la maintenir. Ils criaient son nom, mais elle n’écoutait pas, les repoussait, essayait d’ôter son casque comme si elle étouffait. Un de ses pieds était gravement blessé — presque coupé en deux — et la jambe de sa combinaison portait une déchirure terriblement régulière.
Nessel défit l’attache du casque et le retira, mais à ce moment les cris s’étaient transformés en un horrible gargouillis et du sang coulait de la combinaison.
La tête de Bales retomba sur le côté, les yeux écarquillés ; du sang sortait de sa bouche ouverte. Quelque chose remua au niveau de sa gorge et la déchira. Holsten l’aperçut à l’instant où les autres reculaient brusquement : de la plaie béante émergea une tête, puis deux lames se dressèrent vers eux, sous une paire d’antennes recourbées qui s’agitaient de droite et de gauche en projetant des jets de sang.

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