De Margaret Killjoy
Argyll, collection RéciFs – 144 pages. Traduction de Mathieu Prioux.
Retour de chronique du Bifrost 117
Avec RéciFs, les éditions Argyll, fidèles à leur ligne éditoriale engagée, proposent des récits courts exclusivement signés par des autrices, et ce du monde entier. La collection ambitionne de faire découvrir une pluralité d’imaginaires féminins et de révéler des voix contemporaines uniques. Les illustrations de couverture, signées Anouck Faure, parviennent à capturer l’essence des textes tout en soulignant l’atmosphère propre à chaque ouvrage. Et confèrent à la collection une identité visuelle et une cohérence. Examinons le deuxième titre de cette collection.
L’Agneau égorgera le lion, de Margaret Killjoy — autrice du roman Un pays de fantômes, chez le même éditeur — change radicalement de ton. Danielle Cain, une punk nomade, enquête sur le suicide de son meilleur ami et rejoint Freedom, une communauté autogérée dans l’Iowa, construite sur un idéal libertaire où partage et égalité remplacent hiérarchies et structures oppressives. Cet équilibre utopique est menacé par Uliksi, un esprit incarné sous la forme d’un cerf à trois bois invoqué pour protéger la communauté des abus de pouvoir. De gardien, cette entité devient juge et bourreau implacable, terrorisant la population qu’elle était censée défendre. Freedom, autrefois lieu d’espoir, est désormais confronté à la fragilité de ses idéaux. Mêlant horreur et critique sociale dans un style direct, Margaret Killjoy interroge la viabilité des utopies face aux paradoxes du pouvoir et de la justice. Avec des personnages marqués par l’esthétique punk, un humour noir et une écriture acérée, cette novella marque le début prometteur des aventures de Danielle Cain.
Avec ces trois premiers titres très différents, la collection Récifs offre déjà un panorama varié de voix féminines, le début d’une mosaïque littéraire à découvrir et à savourer. Nul doute que chacun y trouvera de quoi éveiller sa curiosité et nourrir son imagination.
Un extrait
J’en ai trop bavé pour que vous changiez de camp maintenant. Et je sais à quoi ressemble l’autre camp. Eric, Crécerelle, tous. Ils disent qu’ils veulent rendre le monde meilleur, mais ils ne font que remplacer une autorité par une autre et ils buteront quiconque essaiera de les en empêcher, parce que c’est ce que le pouvoir fait aux gens. Je crois en un monde bordélique et imparfait dans lequel on doit trouver des solutions nous-mêmes, collectivement ou individuellement. Alors non, je ne vais pas vous laisser retourner votre veste.
Pour aller plus loin
- De Margaret Killjoy sur le RSF Blog : Un pays de fantômes
- Lire les avis de Nevertwhere, 233°C, Le nocher des livres, De l’autre côté des livres, Au Pays des Cave Trolls, Yuyine, Le Bibliocosme, Le syndrome Quickson, Les Chroniques du Chroniqueur, Les Blablas de Tachan, Lectures du panda


