Petites histoires de la science-fiction française – Alain Grousset

Petites histoires de la science-fiction française
Mémoires d’un demi-siècle de SF française 1945-2000

Alain Grousset

ActuSF, collection Les Trois souhaits – 512 pages.

Écrivain prolifique, critique, créateur de fanzines, lecteur pour la collection Anticipation du Fleuve Noir puis directeur de collection, Alain Grousset est l’un des témoins privilégiés de l’histoire de la science-fiction française. Avec cet imposant volume de plus de 500 pages, il propose une traversée de cinquante années de vie du genre, de l’après-guerre jusqu’à l’orée du XXIe siècle. L’auteur ne prétend pas écrire une histoire exhaustive ou universitaire de la science-fiction française. Comme l’indique l’introduction de l’ouvrage, il choisit de regarder cette aventure par le petit bout de la lorgnette. Son livre se présente comme une succession de souvenirs, d’anecdotes, de témoignages et de portraits consacrés à celles et ceux qui ont fait vivre le genre au fil des décennies.

Les grands enjeux et les petites querelles du milieu SF français

L’essai suit une progression chronologique et retrace année après année les évolutions du milieu SF francophone. On y découvre la naissance et la disparition de collections mythiques, les succès éditoriaux, les revues emblématiques, les conventions, les fanzines ainsi que les nombreuses personnalités qui ont façonné le paysage de l’imaginaire français.
Au fil des pages défilent des figures incontournables comme Gérard Klein, Jacques Sadoul, Philippe Curval, Michel Jeury ou Joëlle Wintrebert. Alain Grousset raconte leurs collaborations, leurs rivalités, leurs enthousiasmes et parfois leurs désillusions, dessinant peu à peu le portrait d’un milieu passionné mais souvent mouvementé.

Une mine d’informations sur les coulisses

Alain Grousset montre que le milieu a longtemps été en quête de reconnaissance dans le paysage culturel français. L’auteur montre aussi combien ce milieu a longtemps fonctionné comme un microcosme où auteurs, traducteurs, anthologistes, critiques et directeurs de collection occupaient fréquemment plusieurs fonctions à la fois. Les difficultés rencontrées par les auteurs français face à la domination des traductions anglo-saxonnes, ainsi que les nombreuses querelles qui ont animé le genre pendant plusieurs décennies ne sont pas passées sous silence…
Alain Grousset a accumulé pendant des décennies archives, témoignages et souvenirs personnels. Cette richesse documentaire fait de Petites histoires de la science-fiction française une véritable mine d’informations pour quiconque s’intéresse à l’histoire de la science-fiction française. Loin d’une histoire littéraire austère, l’auteur privilégie les anecdotes, les portraits et les récits de coulisses. Cette approche rend la lecture agréable tout en offrant une vision très concrète du fonctionnement du milieu. Le ton, vivant, ajoute au plaisir de lecture.
Nombre d’acteurs évoqués dans ces pages sont aujourd’hui méconnus des nouvelles générations de lecteurs. L’essai joue un rôle de transmission et de conservation du patrimoine de la SF française avec un objectif : préserver une mémoire qui risque de s’effacer avec le temps. Petit bémol : on pourra regretter certaines répétitions et quelques coquilles mais cela ne gâche en rien l’intérêt de l’essai.

Avec Petites histoires de la Science-Fiction française, Alain Grousset livre un témoignage unique sur un demi-siècle d’histoire du genre. Plus qu’une simple chronique littéraire, l’ouvrage constitue une mémoire collective de la SF française et de celles et ceux qui l’ont bâtie. Si vous souhaitez comprendre les coulisses du milieu, découvrir ses acteurs et suivre son évolution au fil des décennies, vous trouverez ici une lecture aussi instructive que passionnante.

Une citation

Restons sur Francis Valéry. Lorsqu’il décide d’organiser la Convention de SF de 1981 à Bordeaux, chacun se dit qu’elle va être extraordinaire. Depuis des années, cet homme est capable de mener douze projets en même temps. Avec un aussi solide réseau dans le milieu, il doit pouvoir monter une convention mémorable. Mémorable, c’est le cas en matière de désorganisation [423 : Certains n’hésitent pas à l’appeler Bordelcon !]. Rien ou presque n’est fait. Ceci dit, il faut reconnaître à sa décharge qu’il avait annoncé la couleur dans son premier Progress Report : pas d’invités vedettes, pas de conférences ni de débats. Et pas de SF !

Pour aller plus loin

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.