69 – anthologie dirigée par Charlotte Volper 5


69

Anthologie dirigée par Charlotte Volper

ActuSF Les 3 souhaits – 166 pages

Vous connaissez la SFQ ? Non ? SFQ C’est l’étiquette qu’ont apposé les éditions ActuSF sur leur anthologie 69. 69 comme la position du Kama Sutra. 69 comme l’année érotique. Un titre emblématique pour une anthologie de nouvelles mêlant SF et érotisme. La science-fiction orientée « Q » en somme. Et ça commence avec la couverture qui prend un air pop vintage pour nous mettre dans l’ambiance. Au sommaire de l’anthologie nous trouvons 12 textes qui jouent sur les fantasmes, le désir, le plaisir des sens.

La nouvelle de Stéphane Beauverger, qui ouvre le recueil, nous ramène en 1969, l’année où, si l’homme peut marcher sur la lune, alors tout peut changer… pour une femme. Le texte est très émouvant et sa fin ouverte laisse planer espoirs et doutes. Le style de Stéphane Beauverger est très fin et réussit à rendre palpable l’ambiance d’un basculement prochain de la société. C’est une très belle introduction pour la suite. Maïa Mazaurette nous emmène dans l’intimité de la nuit de noces d’un très jeune couple dans un complexe hôtelier où tout est fait pour vivre une première fois inoubliable.  La méthode choisie par le jeune homme (à l’ancienne) va le marquer à jamais. Une bonne donne d’humour et d’ironie doublé d’un joli coup de griffe contre la tyrannie du sexe qui s’impose peu à peu dans notre société. Le texte de Daylon, dans un monde où les poupées synthétiques dotées d’intelligence sont les travailleuses du sexe moderne,  est plus cru, plus violent à la fois dans la construction et dans le style. La nouvelle de Mélanie Fazi contraste par sa finesse et la justesse des émotions (le manque s’imprime dans la chair du lecteur aussi) et du ton. Une perle. Grâce à un cinéma interactif, Francis Berthelot parvient à érotiser un péplum sanguinaire par un jeu de séduction entre personnages testostéronés à outrance. Un régal. Sylvie Lainé joue avec les sensations du sexe sans sexe (vive la chimie) et les frustrations qui en découlent. Sa nouvelle est une totale réussite. A contrario, j’ai déjà presque oublié le texte de Norbert Merjagnan qui ne manque pourtant pas d’intensité mais qui m’a paru long et ne m’a pas convaincue. Tout comme le sabbat de Gudule pourtant très bien écrit mais dont la chute m’a parue assez faible. Le texte de Charlotte Bousquet, très classique dans sa forme, nous fait voyager au 19eme siècle pour assister à la vengeance d’une jeune femme assassinée pendant une nuit d’amour. La nouvelle de Jean Marc Ligny nous ramène brusquement à la réalité et à notre quotidien pour décrire la déliquescence d’un couple dont vont se nourrir des succubes. A frémir. Seul reproche : l’abus de l’adjectif « matriciel » (4 fois relevé) qui m’a exaspéré (oui ce n’est qu’un détail). Dans la nouvelle de Virginie Bétruger le retour sur terre d’un astronaute de la station spatiale dans un monde ravagé devient le prétexte pour évoquer les coups foireux. Le texte de Joëlle Wintrebert est, à mon avis, le plus « sexe ». En tout cas c’est le seul à m’avoir fait rougir. Sur une planète hostile à l’homme, une petite colonie essaie de survivre mais se retrouve dans l’impossibilité de procréer. Le sexe avec les autochtones (des papillons géants) est le seul moyen de retrouver une fécondité normale. Cette nouvelle clôt l’anthologie en beauté.

69 est une réussite. Les nouvelles sont de hautes volées, l’anthologie est cohérente et de belle tenue tant sur la forme (papier, police de caractère, maquette sobre mais très soignée) que sur le fond (jamais grossière ni outrancière). Le 7eme ciel n’est pas loin.  Reste que le terme SF est à prendre au sens large car certains textes relèvent du fantastique. Quant à la nouvelle de Stéphane Beauverger aucune étiquette SFFF ne peut lui être apposée.

Égoïstement 69 a été pour moi l’occasion de découvrir de nouveaux auteurs avec lesquels j’ai envie de poursuivre, comme Stéphane Beauverger, Francis Berthelot, Sylvie Lainé et Joëlle Wintrebert, de donner une chance à d’autres dont les précédents textes ne m’avaient pas convaincue – comme Maïa Mazaurette et son Sacre dans l’anthologie Rois et capitaines – et de retrouver des auteurs que j’apprécie (Mélanie Fazi, Charlotte Bousquet, Jean-Marc Ligny).

Le sommaire complet :

  • Stéphane Beauverger, Eddy Merckx n’est jamais allé à Vérone
  • Maïa Mazaurette, Saturnales
  • Daylon, Misvirginity
  • Mélanie Fazi, Miroir de porcelaine
  • Francis Berthelot, LXIX
  • Sylvie Lainé, Toi, que j’ai bue en quatre fois
  • Norbert Merjagnan, Louise ionisée
  • Gudule, Sabbat
  • Charlotte Bousquet, Les Métamorphoses d’une martyre
  • Jean-Marc Ligny, Vertiges de l’amour
  • Virginie Bétruger, Descente
  • Joëlle Wintrebert, Camélions

Ailleurs sur la toile :

  • Lire aussi les avis de Temps de livre, de Angua et de Elle (rubrique Love & Sexe, et non pas littérature… on se demande pourquoi)

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