La Cité du Soleil et autres récits héliotropes – Ugo Bellagamba 10


La Cité du Soleil et autres récits héliotropes

de Ugo Bellagamba

Le Bélial – 200 pages (ebook)

La nouvelle Quand il y aura des pommiers sur Mars m’avait donné envie de pousser un peu plus loin la découverte des écrits d’Ugo Bellagamba. Quand je me suis procuré La Cité du Soleil et autres récits héliotropes, un recueil de nouvelles (de novellas plutôt vue leur taille), j’avais surtout intention de lire L’Apopis républicain, une uchronie, pour le Challenge Winter Time Travel. Comme je suis une lectrice assez traditionnelle, plutôt que d’ouvrir l’ebook directement sur cette nouvelle, j’ai commencé par le commencement et, donc, par la nouvelle qui ouvre le recueil et lui donne son titre : La Cité du Soleil. Et, sans que je m’y attende le moins du monde… paf ! Coup de foudre immédiat pour ce texte. Coup de cœur qui m’a même empêchée un temps de continuer la lecture des autres nouvelles. Maintenant que je suis en train de rédiger cette chronique il me faut arriver à mettre en mot ce coup de foudre et tenter de comprendre et d’expliquer pourquoi il est survenu. Accrochez-vous parce que ce billet ne va pas faire court.

Les trois textes sont très différents mais ont un point commun: ils portent et transportent le lecteur, malgré leurs défauts. Je ne vois pas comment le dire autrement. Je ne parlerai pas de SF optimiste ou idéaliste mais nous n’en sommes pas loin. Dans La Cité du Soleil Laura, professeur, part sur les traces de Paul, son petit ami, disparu soudainement. Paul travaillait sur l’utopie écrite par Tommaso Campanella durant un séjour en prison en 1602. Dans ce texte intitulé La Cité du Soleil Campanella décrit une cité idéale, parfaitement gérée. Paul croit que cette cité existe et décide de la trouver (et non pas de la chercher tant sa conviction est profonde). La Cité du Soleil est une recherche de l’utopie non comme oeuvre de l’esprit mais comme idéal de vie et, mieux encore, comme une réalité accessible. La nouvelle se centre sur Laura et sa quête de son amour perdu, quête qui se transforme peu à peu en recherche de la cité mythique. Le personnage de Laura, bien dessiné, facilite l’identification (encore faut-il être une femme me direz-vous…) et certaines de ses réactions sont parfaitement crédibles (la sortie de l’autoroute). Le défaut de ce texte réside dans les personnages secondaires qui sont inexistants (Paul est un fantôme) ou qui parasitent de l’histoire (le chargé de cours est bien trop envahissant même si son rôle l’exige un peu). Les passages explicatifs du texte de Campanella enrichissent le texte sans l’alourdir. Vraiment c’est un coup de coeur.

J’ai eu plus de difficultés à rentrer dans L’Apopis républicain une uchronie napoléonienne qui se déroule au 22ème siècle. La nouvelle m’a parue plus lente à démarrer même si elle s’avère riche et passionnante une fois lancée. Napoléon a fondé une dynastie basé sur le panthéon égyptien. L’Aiglon, prince héritier, voyage à bord du Champollion, en direction de Titan. A bord se sont embarqués deux Républicains fomentant un coup d’état pour renverser le pouvoir en place et instaurer la démocratie qui manque tant à leur pays. La mission de l’un d’entre eux est d’assassiner l’Aiglon. Une découverte sur Titan va cependant faire douter Giordano Trismegista du bien fondé de la démarche… Dans un décor space-pera à l’esthétique égyptisante, le lecteur est transporté dans une lutte pour la répartition du pouvoir, pour la liberté, l’éducation, pour un idéal de vie à nouveau. Ugo Bellagamba évite l’écueil du manichéisme et offre au lecteur un texte riche de sens.

La troisième nouvelle, Dernier filament pour Andromède, nous emmène encore plus loin dans le futur et dans l’espace. L’entropie gagne du terrain et les Archontes, des entités immatérielles d’une civilisation avancée, se sont donnés pour mission d’accompagner la fin de l’univers. Las ! Les Hu, gardiens de la mémoire universelle ne sont pas prêts à se laisser faire. Hu-Jon, nouveau gardien de la Mnémothèque se retrouve, un peu malgré lui, héros d’une mission de sauvetage particulière. Le texte n’est pas facile d’accès à cause du changement d’échelle (temps et distance) et de la nature des entités présentées ici (Hu ou Archontes). Le lecteur a besoin d’un temps d’adaptation pour prendre de nouveaux repères et apprécier ce texte à sa juste valeur. Ici la connaissance est le moteur et l’arme la plus puissante pour lutter et survivre, arme qui pourrait permettre une renaissance de tout un peuple condamné par les convictions d’un autre, plus puissant. Encore une recherche d’idéal et un texte magnifique même si plus difficile d’accès que les deux précédents. Par contre le fichier de cette nouvelle est émaillé de coquilles (des virgules suivies de majuscules, « Mon » à la place de « Non » à plusieurs reprises, un « e » accentué à tort, un « M » pour « il » etc).

La préface élogieuse de Thomas Day est un plaisir de lecture supplémentaire. C’est donc un coup de coeur pour  la totalité de ce recueil et un coup de foudre pour la nouvelle La Cité du Soleil.

Une seule chose manque dans cet ebook : la quatrième de couverture. Je me rends compte que ma façon de lire un ebook ne diffère guère de la lecture d’un livre « papier » (sauf que je n’écris pas sur mes livres alors que j’annote mes ebooks).


Challenge Winter Time Travel.


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10 commentaires sur “La Cité du Soleil et autres récits héliotropes – Ugo Bellagamba

  • Cachou

    Oh, tu abordes un point qui m’intrigue: comment annotes-tu un e-book (moi j’annote beaucoup mes livres)?
    Auteur à explorer donc… Mais pas facile de mettre la main sur ses livres par contre (en tout cas ici)
    (et complet HS: je suis allée commander « Plaguers » hier, et le libraire m’a appris qu’il aurait très certainement du retard, beaucoup de retard même, parce que pour finir le distributeur belge a des problèmes en ce moment)(il s’en voulait parce qu’il m’avait dit quelques jours avant que les livres de l’Atalante pouvaient arriver en deux-trois jours)(argh, décidément, il faudra que j’abandonne l’idée de lire les plus petites maisons d’édition)

  • Lhisbei

    @ Cachou et Guillaume : sur la liseuse, j’annote l’ebook en écrivant dessus avec le stylet comme j’annoterai un livre normal avec un stylo (sauf que c’est un crime que d’écrire sur un livre papier) l’avantage c’est que l’annotation génère automatiquement un signet et qu’elle est donc facilement trouvable (fin des post it partout)
    @ Cachou : désolée pour le Plaguers mais ce n’est qu’une question de patience (oui je sais c’est le plus dur)

  • Didier Bretin

    Ugo Bellagamba est un auteur que j’apprécie énormément. J’ai lu un certain nombre de ses nouvelles sur la revue Bifrost qui m’ont enchantées. Suite à ton article, je vais me laisser tenter par cet ebook.

  • Bertrand

    Ugo reste un auteur incontournable, pour moi, dans les terres uchroniques : Ses nouvelles L’Apopis Républicain et La stratégie Alexandre sont de pures merveilles et restent dans mon Top 10 en matière de grandes claques uchroniques et de plaisir de lecture. Son dernier livre, Tancrède reste d’une beauté et d’un lyrisme fantastique (à mille coudées au dessus de Ptah Hotep) ;o)L’interviewer aura été un véritable plaisir. J’espère qu’il continuera à se faire plaisir en écrivant tout en prenant son temps et que nous aurons un jour une édition complète de cette Révolution Galactique.