Royaume de vent et de colères – Jean-Laurent Del Socorro 28


Royaumes de vent et de colèreRoyaume de vent et de colères

De Jean-Laurent Del Socorro

ActuSF – 249 pages en epub

Royaume de vent et de colères, premier roman de Jean-Laurent Del Socorro, est un court roman de fantasy historique. La fantasy y est légère, l’histoire plus prégnante. Marseille et son mistral constituent un terrain de jeu de choix. Nous sommes en 1596, deux ans avant la promulgation de l’édit de Nantes qui accorde aux protestant un droit de culte, mettant ainsi fin aux guerres de religion. Sur une période très courte, quelques jours, plusieurs destins s’entrecroisent. Axelle, ancienne capitaine d’une troupe de mercenaire s’est mariée et reconvertie en aubergiste. Être une femme, noire de surcroît, c’est l’assurance de ne bénéficier d’aucun respect. Mais Axelle n’est pas une femme à qui on manque de respect. Gabriel, chevalier vieillissant, a renié sa foi après le massacre de sa famille lors du massacre de la Saint-Barthélemy. Ce qui lui a apporté un titre accompagné du mépris qu’on réserve aux lâches. Un lâche qu’il n’est pas. Victoire, puissante dirigeante de la guilde des assassins s’est choisi une mission délicate. Elle sera peut-être sa dernière. Armand et Roland, deux magiciens amoureux, fuient le pays et la magie, l’Artbon qui n’a de bon que le nom.

Trois parties, trois actes. Une mise en place des acteurs, du décor, de l’intrigue. Des flashbacks dans la vie des uns et des autres. Ces retours en arrière parviennent à caractériser les personnages et à faire avancer le fil d’intrigue, à la manière d’un puzzle qui révèle peu à peu son motif. Le dénouement enfin : le Mistral grandit en même temps que la révolte et les fils des complots se nouent et se dénouent tragiquement. Les chapitres sont courts, nerveux. Le style reste sobre : pas un mot en trop, pas de fioritures, ni d’effets époustouflants, mais une puissance d’évocation qui jaillit du texte à chaque paragraphe. Sur le fond, à chaque personnage correspond une « leçon de vie ». Comment, pour une femme, trouver sa place au sein d’un monde d’homme ? Comment pardonner l’impardonnable ? Comment assumer ses choix et ses renoncements ? Voilà quelques unes des questions qui intéressent Jean-Laurent Del Soccoro : comment les hommes et femmes vivent et meurent, quelle place pour eux dans une société en perpétuel mouvement… Rien de pesant cependant dans la narration. L’humour est toujours présent et l’auteur sait manier l’ironie. Le grain de folie et le regard décalé de Silas, personnage secondaire, mystérieux assassin, bouffon imprévisible, conteur d’histoire hors pair, apportent une dimension supplémentaire au récit.

Le roman est accompagné d’une nouvelle « Gabin sans aime » (un texte puissant sur lequel j’ai versé ma larme) et une interview de l’auteur par l’éditeur. La préface d’Ugo Bellagamba, dithyrambique mais juste,  annonce la couleur. La couverture est parfaite. En définitive, Royaume de vent et de colères est un coup de coeur.

Quelques morceaux choisis :

Victoire :

Je prends un cierge et m’installe sur le prie-Dieu qu’une femme enceinte vient de libérer. Elle a sans doute prié pour la sauvegarde de sa famille. Tu aurais mieux fait de prier pour toi, pour que tu ne meures pas à ton accouchement, pour que ton mari ne te batte plus et pour que tu puisses toi aussi aller te saouler à la taverne pendant qu’il gardera vos cinq enfants. Prie pour ta liberté, et pour celle de nous toutes, soumises à des règles imposées par les hommes qui ont rendu nos vies moins précieuses que celle de l’âne qui fait tourner la roue du moulin.

Axelle :

Mon père n’est ni le meilleur soldat, ni le plus habile, mais c’est le plus juste. C’est pour ça qu’il est le chef, parce que les autres le respectent.
— La force, elle part avec le temps. Et Dieu, j’ai eu beau l’prier, je l’ai jamais vu une épée à la main sur un champ de bataille. Le respect, tu l’gagnes, on te l’offre et il reste. Il reste tant que tu fais ce qui faut pour le mériter.
Mon père trouve les engagements auprès du roi de France, de la Ligue catholique ou du duc de Savoie, peu importe, l’argent achète nos bras.
— Ceux qui nous payent font la guerre parfois sans raison. Nous, on a toujours une, et une seule : l’argent.

Et parce qu’il n’y a pas de règles :

La règle numéro 1, c’est quoi ?
— Tu obéis à la Guilde, tu protèges la Guilde et tu trahis jamais la Guilde.
— Ça fait trois règles.
— Putain, tu m’emmerdes avec tes nombres ! Tu veux devenir assassin ou comptable ?


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