Nous allons tous très bien, merci – Daryl Gregory 23


nous allons tous très bienNous allons tous très bien, merci

De Daryl Gregory

Le Bélial – 200 pages

Je ne supporte pas (mais vraiment pas) les zombies. J’ai adoré L’Éducation de Stony  Mayhall.

Je ne supporte pas les films d’horreur. J’ai adoré Nous allons tous très bien.

Amateurs de survival movies, vous vous êtes peut-être demandé ce qui pouvait bien advenir aux survivants après le clap de fin. Comment pourront-ils vivre après avoir survécu à l’enfer sur terre ? C’est à cette question que répond Daryl Gregory avec Nous allons tous très bien, merci. Alors, non, les survivants ne vont pas bien du tout. Traumatisés psychologiquement, handicapés physiquement, leur vie ne semble plus avoir de sens pour eux (tout comme pour le lecteur). Le docteur Jan Sayer, psychothérapeute, décide de mettre sur pieds un groupe de paroles, un groupe de soutien pour ces victimes. Ceux qu’elle réunit n’ont aucun point commun et pas la moindre envie de participer, mais ils viennent malgré tout partager leur histoire. Le passé de Harrison, le premier personnage que le lecteur découvre, ne se dévoile que par bribes et par le prisme de la fiction : un écrivain a fait de Harrison le héros d’une série. Stan, enfant, était prisonnier d’une famille de cannibales : ligoté et pendu comme un jambon sur lequel ses bourreaux prélevaient régulièrement de quoi se nourrir… Barbara reste persuadée que son tortionnaire a gravé un message sur ses os. Elle n’a qu’une obsession : trouver un moyen de le déchiffrer. Martin affirme que ses lunettes de réalité virtuelle lui permettent de voir ceux qui viennent de l’autre côté,. En conséquence, il ne les ôte jamais. Greta est la seule survivante d’un incendie qu’elle a déclenché, dit-elle, pour se débarrasser d’un démon vénéré par une sororité.

La narration alterne les points de vue et le lecteur plonge dans l’esprit de chaque personnage. Si, au début, les histoires de ces personnages prennent corps dans notre réalité (une famille de cannibale, merci la nature humaine, c’est tout à fait concevable), peu à peu et avec une intensité croissante, le surnaturel s’immisce. Longtemps le lecteur doute cependant. Les personnages sont-ils devenus fous ? Font-ils intervenir des démons, des entités d’un monde parallèle, pour expliquer meurtres et violences, y survivre ou se dédouaner de leur fautes ? Puis les frontières se troublent. Au fil des séances et des interactions, une nouvelle histoire s’écrit. Et, comme une pièce en trois actes, après l’exposition et l’action, le dénouement réserve son lot de surprises.

Daryl Gregory maîtrise sa narration, donne corps à ses personnages – et, dans un court roman, c’est encore plus remarquable. L’humour de sa plume et les références (ciné, SFFF ou geek) qui parsèment le roman, ajoutent encore au plaisir de lecture. Cette édition comporte, en fin d’ouvrage, un entretien très instructif avec l’auteur (le ton est chaleureux, ce qui nous rend, en plus, l’auteur sympathique). L’éditeur prend soin de le placer en fin d’ouvrage car il contient des spoilers (d’ailleurs, il a même la délicatesse de prévenir). Si vous avez 16€ à dépenser, ne vous privez pas de les investir dans un exemplaire de Nous allons tous très bien, merci. Vous ne le regretterez pas. Quant à moi, je vais continuer à suivre Daryl Gregory puisque le Bélial a prévu de publier d’autres traductions : Afterparty et Harrison squared (source).

C’est seulement après les avoir réunis dans la même pièce qu’elle se demanda ce qui avait pu lui passer par la tête. La formation d’un groupe relevait de l’expérience de chimie pure : rassembler plusieurs éléments volatils, les confiner dans un espace clos et mélanger. Il n’en résultait jamais un composé stable, même si parfois on obtenait quelque chose d’efficace, un genre de poison tueur de cellules cancéreuses, par exemple. Mais on pouvait tout aussi bien donner naissance à une bombe.
Elle n’aurait su dire ce qu’elle avait créé. Lors des dix premières réunions, tous ses efforts furent consacrés à ce que les patients reviennent pour la suivante. Stan était passé maître dans l’art de faire fuir les gens (il le lui avait avoué lui-même). Harrison avait déjà déclaré son intention d’abandonner le navire. Ce qui manquait le plus à ces hommes et ces femmes, c’était l’espoir : l’espoir qu’ils pourraient changer, qu’ils n’étaient pas seuls, que leurs souffrances diminueraient.

logo diversité petitItem 18 : livre traduit

 


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