Rouge Vertical, Les temps assassins T1 – Pierre Léauté


Rouge Vertical
Les temps assassins T1

De Pierre Léauté

Le Peuple de Mü – 392 pages

Après le diptyque des Grands (Mort aux grands ! et Guerre aux grands !), voici le nouvel opus uchronique de Pierre Léauté (enfin nouveau, il a été publié en septembre 2016). Rouge vertical, premier tome de la trilogie Les Temps assassins nous plonge dans les aventures échevelées de Charlotte Backson, envoyée à dix dans un couvent de bénédictines de Templemars (si, si, un « s » à Templemars). Adolescente, elle parvient à s’enfuir en usant de son charme et en poussant un jeune prêtre à la défroque. Elle le quitte ensuite pour le jeune comte de la Fère (que l’on connaît comme le mousquetaire Athos). Ce dernier l’épouse et découvre la marque au fer rouge laissée par le bourreau de Lille, frère du prêtre, en punition de ses actes. La Fère pend son Charlotte, mais  elle survit fuit en Angleterre, où elle épouse le Comte de Winter. Et voici donc Charlotte devenue Milady de Winter. Pierre Léauté reprend ici les personnages d’Alexandre Dumas mais quitte assez vite le roman de cape et d’épée pour nous proposer un texte qui s’éloigne très fortement de l’univers originel.
En effet, la Milady de Winter de Pierre Léauté a la particularité de se réveiller sous l’arbre de sa pendaison à chaque nouveau décès pour recommencer sa vie (uchronie personnelle, pais aussi par effet papillon uchronie du monde dans lequel elle évolue). Une forme d’immortalité, donc, doublée d’univers parallèles puisqu’il est impossible techniquement de changer le passé. Cet aspect science-fictif est accentué par des détails techniques ou technologiques comme un dispositif de cryogénie qui permet de laisser passer quelques siècles pour survivre si besoin aux assassins qui la recherchent. Car Charlotte, cruelle, manipulatrice, est encore bien naïve. Lors de son premier réveil, elle apprend à connaitre, à ses dépens, la société des Immortels qu’elle a intégré (Analekta) avec ses codes, ses cercles de pouvoirs, ses assassins et ses renégats (l’Horloge). C’est alors une course à travers les siècles et les univers qui se met en place.

Rouge vertical, tout à la fois roman d’aventure qui enchaîne les péripéties et les rebondissements, fresque historique agrémentée de multiples clins d’œil, se lit vite et sans ennui, porté par la plume très en verve de Pierre Léauté. La narration axée sur Charlotte, de son point de vue, a pour avantage de nous projeter au centre de l’histoire et de décupler les émotions, même si parfois, ses états d’âmes fatiguent un peu (surtout lorsqu’elle passe en mode « amoureuse tragique ») et la dépouillent de toute aura de mystère. Le roman prend parfois des directions inattendues et le mélange des genres (historique, uchronique puis SF) nécessite aussi de se laisser porter un peu et de lâcher prise, exercice qui m’a demandé un petit effort tant le rythme des changements est rapide.

L’objet livre est splendide : superbe illustration de Fanny Liabeuf qui signe aussi de nombreuses illustrations intérieures, maquette aérée, fioritures, couverture cartonnée de belle facture, titre en relief et doré. L’exemplaire est relié et il ne lui manque guère qu’un signet en ruban pour parfaire le tout.

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