La Voie des pierres, Les Pierres et les Roses T1 – Élisabeth Vonarburg

La Voie des pierres,
Les Pierres et les Roses T1

D’Élisabeth Vonarburg

Alire – 736 pages

La voie des pierres est le premier tome d’une trilogie de fantasy historique et même uchronique qui plonge le lecteur dans une Europe médiévale alternative. Le postulat de départ est simple : Jésus avait une sœur jumelle, Sophia. La religion géminite qui en est issue a connu un schisme violent et les Christiens, adorateurs de Jésus, ont fait sécession. Pour eux, Sophia est une sorcière et la magie que les Géminites maîtrisent est une abomination. Cette séparation a façonné différemment l’Europe et redessiné les frontières entre les pays.
Au XIIeme siècle, l’Europe sort à peine d’une croisade (la seule) en Judée. Dans le Sud, les jumeaux sont également vénérés, et la magie est défendue, enseignée chez les Géminites. Elle permet d’ailleurs à la médecine de s’améliorer (chirurgie, règles d’hygiène etc). La société est égalitaire entre hommes et femmes. Ces dernières peuvent occuper n’importe quel poste que ce soit dans la société civile, en politique, ou dans la hiérarchie religieuse. Les Christiens sont au Nord (Bretagne & Angleterre principalement) où la magie, prohibée, conduit au bûcher les talentés, et plus souvent encore les talentées – puisque Sophia était une femme, toutes les femmes sont pécheresses. Et, bien entendu, si elles ont le malheur d’en savoir plus que les hommes sur le terrain des sciences ou de la vie en général, elles ne peuvent qu’être des suppôts de Satan (toute ressemblance avec Eve et le péché originel etc).
Carolus, baron d’Angresay, domaine situé au cœur de la Bretagne christienne, se meurt. Il fait promettre à son fils cadet Cédric de partir en Orient pour retrouver l’ainé, Briann qu’il s’est exilé dix ans auparavant. Briann s’est joint à la Croisade après la mort d’Alyson, son épouse, lors de son accouchement. Il ne peut pardonner à Carolus d’avoir condamné mère et enfant en refusant les soins d’une sage-femme pour éviter tout risque de sorcellerie. Cédric, missionné pour retrouver un frère bien décidé à ne plus jamais remettre les pieds en Bretagne, laisse Annaïg, sa promise, gouverner le domaine le temps de son voyage. Le roi Richard Tête d’Or (et non pas Coeur de Lion) se fait assassiner en Hongrie au moment où Cédric retrouve son frère. Commence alors le ballet des intrigues politiques, des luttes de pouvoir et des complots.
En parallèle, le lecteur découvre aussi la trajectoire d’Arwèn, dont le corps sert de réceptacle à la Morrigane, une divinité ancienne. Aidée par une médaille offerte par un petit garçon inconnu, parlant une langue étrangère, apparu et disparu mystérieusement, Arwèn a résisté lors de la cérémonie de possession, négociant un accord pour servir de monture à la déesse. Devenue la monture de la Morrigane, la Moïrag, elle voit le pouvoir de la déesse décliner peu à peu avec les ans, et plus encore, lors de l’apparition des Géminites.

Le rythme du roman est lent, presque contemplatif. Le premier tiers relève de l’exposition et permet de placer les pièces sur l’échiquier tout en brossant le portrait de cette Europe moyenâgeuse alternative. Le second tiers commence à dérouler les fils des intrigues et à mettre en mouvement ces pièces, un engrenage en entraînant un autre et ainsi de suite. Le dernier tiers accélère le rythme jusqu’à une fin ouverte, certes, mais qui clos certains fils d’intrigues notamment ceux sur le devenir des deux frères. J’avoue avoir eu du mal avec la partie d’exposition, mais que passé le premier tiers, je n’ai pas pu lâcher le roman. La réécriture de l’histoire du Christianisme permet de faire un pas de côté, de décaler le regard et de critiquer la/les religion(s) et leur intolérance envers les femmes, mais aussi les autres communautés religieuses. Le fonctionnement de la magie est aussi un autre point intéressant du roman. Elle fonctionne comme une science avec des limites très précises et des conséquences qui génèrent parfois de la souffrance. Il est, par exemple, impossible de soigner magiquement un malade ou un blessé sans son consentement. Élisabeth Vonarburg choisit aussi de se concentrer sur les personnages, finement travaillés. Leurs questionnements, leurs choix les conduisent à évoluer et à influer sur le cours des évènements. Ils sont bien plus que les pions sur l’échiquier des intrigues que l’autrice déroule avec minutie.

Pour terminer, sachez que la trilogie complète est déjà disponible et que ce cycle des Pierres et les Roses se situe dans le même univers alternatif que Reine de Mémoire, bien qu’antérieur dans la chronologie.

Ah non, voilà maintenant qu’elle pense à Cédric ! Leur coin secret, à tous trois. À cause de l’antique rosier qui enlace les arceaux de la tonnelle et du puits. Les roses presque sauvages, comme celles-ci, elle n’en a jamais vu ailleurs que dans ce recoin du jardin d’Annelore. Un “secret” qui a toujours été connu de tous au château, de fait, et qui déplaît fort au nouvel abbé et à son diacre. L’abbé Moustiers était moins stupide. “Ce ne sont que des fleurs, créées par la main divine comme tout le reste de la nature.” Mais l’Église christienne n’aime pas les roses. Ni les blanches, pourtant couleur de Jésus, ni les rouges qui devraient au moins évoquer son Sang. Les roses sont des fleurs pécheresses, parce qu’on a couronné le Christ de leurs épines, paraît-il. Et surtout, les roses sont devenues un symbole géminite.

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