Ulysse 31 – Jean Chalopin et Nina Wolmark

Ulysse 31

De Jean Chalopin et Nina Wolmar

Série télévisée d’animation franco-japonaise – 26 épisodes

Lune, licorne officielle du Planète-SF, organise cet hiver un défi spécial retour en enfance. Son Challenge hivernal : madeleine de Proust ! consiste à lire, relire, voir, revoir, jouer, rejouer , écouter, réécouter des livres, films, séries, jeux et musiques qui rappellent l’enfance, entre le 10 décembre 2018 et le 31 janvier 2019.

La série Ulysse 31 a été diffusée pour la première fois entre le 3 octobre 1981 et le 3 avril 1982 sur FR3. J’avais 5 ans et demi. Le bon âge pour ne pas tout comprendre à cette transposition de l’Odyssée d’Homère, mais pour tomber dans la SF et le space-opera. Replonger dans les aventures d’Ulysse, Télémaque, Thémis et Nono, voilà ma madeleine de Proust SF.

Thémis, Ulysse, Télémaque et Nono

La série a très bien vieilli pour moi. J’ai pu regarder les 26 épisodes (plus le pilote qui est assez en décalage avec le reste de la série) sans que mes yeux ne saignent, avec (beaucoup) de plaisir et sans agacement. Ce qui n’est pas le cas pour d’autres séries. Il n’a fallu que quelques épisodes pour que je trouve Goldorak hyper répétitive, Albator trop manichéenne (Albator était mon héro d’enfance et le restera malgré tout) et Cobra insupportable de beauferie (même avec de l’humour et même avec du second degré). Quant à Capitaine Flam c’est d’une platitude… Je n’ai pas encore tenté Musclor, Les Mondes engloutis, Les Mystérieuses Cités d’or, Tom Sawyer ou Yakari, (et d’autres encore), mais il ne faut pas abuser des madeleines, c’est mauvais pour la ligne.

Côté scénario, Ulysse 31 transpose l’Odyssée d’Homère au XXXIeme siècle. Ulysse et ses compagnons (dont Nestor et Euryclée) quittent la base de Troie à bord de l’Odysséus, un vaisseau spatial équipé d’une intelligence artificielle prénommée Shyrka (que j’ai kiffé des les premières minutes). Télémaque, son fils, vient juste de fêter son anniversaire et de recevoir un petit robot dévoreur de clous, Nono, en cadeau. Alors que l’Odysséus passe au large d’une planète inconnue, Télémaque est enlevé par une boule de feu pour être offert en sacrifice au Cyclope. Dans sa prison, il rencontre deux Zotriens, Thémis et Noumaïos, que les adorateurs du Cyclope sacrifieront avec lui. Le Cyclope apporte à ses adorateurs la vue. Sans lui, ils sont privés de ce sens. Ulysse et Nono sauvent les trois victimes et Nono tue le Cyclope, créature de Poséïdon. Ce dernier en appelle à Zeus pour qu’un châtiment soit infligé à Ulysse. Zeus condamne Ulysse :

Quiconque ose défier la puissance de Zeus doit être puni. Tu erreras désormais dans un monde inconnu, jusqu’au royaume d’Hadès, vos corps resteront inertes…

Ulysse quitte l’univers connu. En traversant les glaces galactiques, l’Odysséus est projeté dans l’univers de l’Olympe. Zeus efface le chemin de retour vers la Terre de la mémoire de Shyrka et fige tous les compagnons d’Ulysse ainsi que Noumaïos. Seuls Télémaque et Thémis, en caisson de soins, échappent à la malédiction. Pendant 26 épisodes de 25 minutes, Ulysse erre dans cet univers inconnu et non cartographié, à la recherche du royaume d’Hadès. Les Dieux jouent avec lui et le mettent régulièrement au défi, voire même essaient de l’éliminer lorsqu’ il progresse trop. Ses aventures le conduisent à de nombreuses rencontres : Chronos, Eole, Sisyphe (un épisode traumatisant), le Sphynx, les Sirènes, Circé, le Minotaure, Calypso, Atlas… Les concepteurs ont très bien exploité l’Odyssée et la mythologie grecque pour scénariser la série. cette richesse scénaristique permet à la série de bien résister au passage du temps. Et ne pensez pas que c’est facile de faire adaptation de qualité avec un matériau de cette richesse – souvenez-vous du Choc des Titans.

Panorama

En plus du scénario, la série possède d’autres points forts. Elle propose des personnages complexes et travaillés. Prenons par exemple les personnages de méchants. Ils ne sont pas méchants par essence ou par nature comme parfois dans d’autres dessins animés (ou méchants parce qu’étrangers tiens). Ils poursuivent souvent des nobles desseins mais les chemins qu’ils empruntent pour atteindre leur but les conduisent sur le mauvais chemin. Un exemple ? Circé la magicienne qui constitue une bibliothèque de la connaissance et libérer l’univers de l’emprise des Dieux omniscients. Pour y parvenir, elle réduit en esclavage tous ceux qui croisent son chemin. Ulysse est noble au sens moral du terme. Il n’use jamais de violence si cette dernière peut-être évitée. Il choisit toujours la voie de la raison, de la médiation et de la négociation, s’il existe la moindre chance qu’elles aboutissent. Il ne perd jamais ses valeurs humanistes et préfère se sacrifier au profit des autres. A plusieurs reprises il a l’occasion de pouvoir rentrer sur Terre avec son fils. A chaque fois, il refuse le pacte avec les Dieux : il préfère errer sans fin dans l’univers de l’Olympe plutôt que d’abandonner ses compagnons. Il ne perd jamais espoir, ni confiance dans leur capacité à triompher de l’adversité. Spoiler alert, dans la vraie vie Ulysse n’existe pas (mais le fonctionnement du monde est aussi arbitraire et injuste que le cosmos de l’Olympe). Télémaque, bien que jeune (12 ans il me semble), sait dépasser ses peurs quand les circonstances l’exigent. Et Thémis, plus jeune encore (6 ans), se montre intelligente et réfléchie et apprend à utiliser ses pouvoirs à bon escient.

Ulysse 31 se veut aussi une série éducative qui met en avant des valeurs morales et pousse les enfants à se poser quelques questions sur les notions de justice, d’équité, d’égalité, de fraternité, etc. Décernons une mention spéciale à l’épisode Les Révoltés de Lemnos même s’il aurait dû s’intituler Les révoltées de Lemnos. Un visionnage de la série avec un regard plus adulte, amène à repérer des réflexions et des questionnements plus profonds que ce que j’avais retenu des aventures spatiales (je conseille aussi Les Lotophages, qui m’avaient mise mal-à-l’aise et qui n’a pas perdu de son efficacité sur ce point). Pour l’anecdote, je n’avais pas remarqué que le poste de pilotage était une table ronde, alors que, souvent, le commandant a droit à son siège séparé. Ici, Ulysse s’y installe avec ses compagnons les plus proches, Nestor et Euryclée notamment. Il n’est pas un chef, un commandant, il est un guide qui écoute avis, conseils et idées. Dans le pilote de la série, le poste de pilotage est représenté de manière plus traditionnelle. Notez que l’épisode pilote de la série, lui, fait très très mal aux yeux.
Côté animation, la série a tout aussi bien vieilli, même si les standards ont beaucoup évolué : le dessin des personnages est de qualité et l’animation est moins figée que dans certains dessins-animés japonais de la même époque. Le doublage voix est excellent : Claude Giraud en Ulysse ou Jean Topart qui rend inoubliable Zeus. J’ai eu autant de mal à accepter le changement de voix de Shyrka au revisionnage qu’à l’époque de la première diffusion (rendez-nous Évelyne Séléna !).

Vous l’avez compris, cette madeleine de Proust reste toute à fait hautement recommandable 36 ans après son premier visionnage. Je me suis rendue compte que j’avais gardé beaucoup de souvenirs de cette série même si certains se réduisent à quelques images ou des impressions. Qu’on condamne l’intention de Circé de vouloir apprendre m’avait paru d’une injustice flagrante (qu’on la condamne pour les moyens employés, oui). C’est aussi révoltant que de condamner Eve pour avoir goûté au fruit de la connaissance. Pour qui se prennent-ils les Dieux à la fin ?
Si je me suis intéressée à la mythologie (ce qui m’a amené à faire du latin en classe) pendant ma jeunesse et si j’aime la science-fiction, le space et le planet opera, avec ses vaisseaux spatiaux et ses IA, je le dois probablement en grande partie à Ulysse 31 à l’Odysseus et à  Shyrka.

Vive Ulysse 31 !

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