Un gars et son chien à la fin du monde – C.A. Fletcher

Un gars et son chien à la fin du monde

De C.A. Fletcher

J’ai lu Nouveaux Millénaires – 320 pages. Traduction de Pierre-Paul Duranstanti.

Douce fin du monde

Enfin, si tant est qu’une apocalypse puisse être douce. Pas d’effet pyrotechniques pour celle imaginaire par C.A. Fletcher, puisque les êtres humains sont devenus peu à peu inaptes – sauf quelques rares exception – à la reproduction. La Castration, une vague de stérilité dont les causes se sont perdues dans les méandres de la mémoire, a conduit l’humanité au déclin. Au moment où nous faisons la connaissance de Griz, la Terre compte moins de dix mille habitants. Griz vit avec sa famille et ses deux chiens, Jip et Jess, des corniauds doués pour la chasse au lapin et aux rats, sur une île au large de l’Écosse, dans les Hébrides extérieures. Ils y sont heureux, même s’ils restent attristés par la disparition prématurée de Joy, l’une des soeurs de Griz. Auto-suffisants ou presque grâce à leur élevage de moutons, ils filent parfois récupérer ce qu’ils peuvent dans les terres abandonnées, troquent avec les voisins, les Little situés à cinq îles au Nord – pas la porte à côté – ou avec des voyageurs de passage comme Brand, arrivé sur son bateau aux voiles rouges.

Un homme m’a volé mon chien.
Je l’ai poursuivi.
Il est arrivé des trucs horribles.
Je ne pourrai jamais rentrer chez moi.

Brand, armé d’une kyrielle de belles histoires, roule la famille et met les voiles avec leurs provisions et Jess. Griz, par impulsivité, se lance à sa poursuite. Et nous prenons connaissance de son histoire par le journal qu’il rédige pour nous, au fil des évènements.

Un jeu du chat et de la souris

C.A. Fletcher met en scène un jeu du chat et de la souris entre Griz et Brand – qui attrapera l’autre ? – tout en s’amusant avec son lectorat. Tout au long du récit, il fait beaucoup de promesses qu’il tient – ou non. Et lorsqu’il les trahit c’est toujours avec l’assentiment de celui ou celle qui lit et non sans un certain panache. Pour ma part, j’ai consenti tout du long, accepté les pirouettes narratives, apprécié les clins d’oeil. Le twist dans les 40 dernières pages est magistral – peut-être est-il prévisible, mais le piège a parfaitement bien fonctionné. Bien écrit – même si très empreint de techniques de creative writing qui pourraient agacer, superbement traduit, Un gars et son chien à la fin du monde marie avec brio post-apocalyptique, roman d’aventure, roman d’apprentissage et nature writing. Le ton est juste et on écoute tout autant qu’on lit la voix de Griz. Porté par des personnages solides – les chiens ont aussi leur personnalité et leur place, le roman redonne foi en l’être humain même si toute l’humanité ne mérite pas d’être sauvée.

Parfois on regrette de ne pas avoir lu certains livres plus tôt. C’est le cas pour Un gars et son chien à la fin du monde. C’est un roman dont on ressort un peu plus vivant qu’au moment d’y entrer. Coup de coeur – vous ne l’avez pas vu pas bondir dans ma poitrine, tel un Marsupilami en folie, tout au long de la lecture, mais moi je l’ai senti.

Une citation

Au nord-est, c’est une longue enfilade d’îles, les Uists, et Eriskay, plates, hospitalières, qu’on fréquente. Personne n’y habite plus, mais les animaux y pullulent, et on y trouve en abondance des planches de patates sauvages. Une fois l’an, on y campe durant une semaine, juste le temps de récolter l’orge et l’avoine des anciens champs sur les dunes herbues. Parfois, on y joue les Vikings. « Jouer les Vikings », comme dit Papa, c’est quand on navigue plus d’une journée, qu’on dort en route et qu’on pille tels les marins des vieilles histoires, ces héros sur leurs drakkars. Nous, en revanche, on n’a rien de héros ; pour survivre, on se contente de récupérer les trucs utiles du vieux monde, les pièces de rechange ou les matériaux qu’on peut tirer des maisons à l’abandon. Et les livres, bien sûr. Les livres, ça résiste drôlement, si on les protège de l’humidité et des rats. Ils durent des siècles, sans problème. Lire, c’est une autre façon de survivre. Ça aide de savoir d’où on vient, comment on en est arrivé là. Et puis, même si je n’ai jamais rien connu d’autre que ces îles basses et désertes, un livre inconnu que j’ouvre, c’est une porte qui me permet de voyager loin dans l’espace et le temps.

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8 réponses

  1. Baroona dit :

    « C’est un roman dont on ressort un peu plus vivant qu’au moment d’y entrer. » Woh.
    Je l’avais déjà dans le viseur alors que le post-apo ne m’attire généralement pas de base, mais là c’est hyper tentant, tu le vends plus que bien.

  2. TmbM dit :

    J’avais noté et oublié cette référence. Merci de me la rappeler ! Ce livre a tout pour me plaire !

  3. Tigger Lilly dit :

    Un livre que j’avais beaucoup aimé. Merci de me le remettre en tête.
    Pour le twist il y a 2 passages qui m’ont mis la puce à l’oreille en cours de lecture, mais je suis plutôt passé dessus, en mode « gné ? chelou ? » mais du coup forcément quand il arrive : « ah mais bien sûr évidemment, tout s’explique ». Ca ne m’a pas du tout empêchée de kiffer ma lecture.

  4. Yuyine dit :

    Totalement d’accord avec cette très belle conclusion « C’est un roman dont on ressort un peu plus vivant qu’au moment d’y entrer. »
    Coup de coeur aussi pour moi (merci pour le lien), pour ce postapo surprenant et beau.

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