La volonté du dragon – Lionel Davoust 4


La volonté du Dragon

De Lionel Davoust

Éditions Critic – 172 pages

La volonté du dragon prend place dans le monde d’Évanégyre, monde de fantasy introduit par la nouvelle « Bataille pour un souvenir » dans l’anthologie Identités (dirigée par Lucie Chenu). Je n’ai pas lu cette nouvelle mais, en revanche, j’avais eu un coup de cœur pour « L’île close » dans l’anthologie De Brocéliande en Avalon , coup de cœur qui a motivé l’achat de ce roman.

Le généralissime Vasteth vient négocier, au nom de l’Empire d’Asreth, la reddition du royaume de Qhmarr. Des résultats de cette négociation dépendra l’entrée en guerre ou non des deux royaumes. L’invincible armada de l’Empire du Dragon, immense flotte à la puissance de feu dévastatrice, se tient prête à attaquer. Son intervention se révèle bien souvent superflue, les nations préférant capituler avant le premier échange de tir. La haute technologie de l’Empire – et les canons draniques qui en sont le fleuron – s’avère être une arme de dissuasion des plus efficaces. Du reste l’Empire n’est animé que de motifs nobles : apporter la paix et le progrès au plus grand nombre, éradiquer les superstitions ou les traditions qui asservissent le peuple comme ce lâh, cette religion déterministe qui gouverne le petit royaume moyenâgeux de Qhmarr, religion incarnée par le Qasul Ehal Hamfaa, gardien de la tradition. Qhmarr refuse de se soumettre cependant. Le Qasul n’est guère plus qu’un enfant-roi mutique et Vasteth, confiant en la victoire, accepte donc de partager une partie d’un jeu de plateau (à mi-chemin entre échecs et « touché coulé » mais je manque de culture en jeux de plateau) à une échelle qui, découvre-t-il un peu tard, le dépasse. Sur l’échiquier comme sur les flots, la guerre est inévitable.

La volonté du dragon se rapproche plus d’une novella que d’un roman. Elle est centrée sur un évènement : la bataille qui scellera le sort de la guerre entre Qhmarr et l’Empire du Dragon. Les personnages sont peu nombreux et la fin constitue une chute. Elle est cependant construite comme un roman avec une alternance des fils narratifs – la confrontation entre les deux armées sur les flots et celle des deux généraux devant la table de jeu – et des enjeux qui dépassent les personnages. Au travers du généralissime et du Qasul ce sont deux point de vues, deux conceptions de la vie, qui s’affrontent. Sur le plan des valeurs, ces deux conceptions se valent. Chaque système a ses bons et ses mauvais côtés (voire même des points communs si l’on regarde d’un peu plus près le personnage de l’Impératrice Dragon, personnage que j’aurais aimé voir plus développé d’ailleurs). Pour autant, Lionel Davoust évite avec panache l’écueil du manichéisme basique trop souvent présent en fantasy. Ici, le lecteur a du mal à désigner un méchant et un gentil, à prendre parti pour l’un ou l’autre camp. Parler de suspens serait excessif mais la tension est palpable – et avec quelle intensité ! – tout au long du roman. Il est impossible de deviner avant le dénouement, qui, de David ou de Goliath, l’emportera et, encore plus, de décider lequel des deux camp on a envie de voir triompher. Et rien que ça, c’est très fort. Un bémol toutefois sur le dénouement. S’il constitue un retournement de situation bien surprenant, il m’a paru un peu trop précipité, comme si l’auteur avait eu peur de décevoir les attentes de son lecteur et avait accéléré le mouvement pour accentuer l’effet de surprise. Un effet trop appuyé que j’ai trouvé contre-productif.

Du côté des points forts du roman on trouve aussi un univers bien dessiné et plutôt original (surtout dans son contraste très marqué entre les deux nations), des personnages bien campés et des combats marins très réussis qu’on visualise bien (et c’est quelqu’un qui s’y connait autant en navigation qu’en physique des particules qui l’affirme…). Et, comme si tout cela ne suffisait pas, ajoutons aussi le style de l’auteur : fluide, travaillé et riche mais sans excès ni lourdeurs, il happe le lecteur de la première à la dernière ligne. Les phrases sont impeccablement rythmées et donnent envie de lire le texte à haute voix pour le savourer plus longtemps.

Il faut aussi souligner l’esthétique du livre. A l’extérieur, la couverture, le dos et la quatrième de couverture sont superbes. A l’intérieur la maquette aérée et la police de caractère facilitent la lecture et les illustrations favorisent l’immersion dans l’histoire.

Est-il encore besoin de préciser que La Volonté du dragon est mon coup de cœur de l’été ?

Un extrait :
Tout autour de lui, au dessus comme au dessous, la voûte céleste du monde tournoyait lentement, à l’infini. Des étoiles froides, dépourvues de tout scintillement, piquetaient la sphère de néant qui l’entourait ; pourtant, bien qu’il en occupe le centre, leur éloignement inconcevable, leur multitude accablante lui évoquèrent une indifférence écrasante, presque insupportable. Elles étaient là depuis bien avant sa naissance, avant même la fondation d’Asreth, et il eut la sensation qu’elles existeraient bien après que l’Empire – à supposer qu’une telle chose soit possible – ne se soit effondré. Il secoua la tête. Non, pensa-t-il avec force. Nous construisons pour durer.

Consulter la bibliographie de l’auteur sur le Répertoire de la Science-Fiction et revoir avec plaisir la bande annonce de la sortie du livre pour admirer les dessins de Frédéric Navez

 


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