La Brèche – Christophe Lambert 14


La Brèche

de Christophe Lambert

Pocket – 352 pages

Vous aimez la télé-réalité ? Vous rêvez d’assister à la mort de Marylin Monroe ou à l’assassinat de JFK en direct, tranquillement installé devant votre téléviseur, une bière dans une main, des chips dans l’autre et les pieds  bien au chaud dans les pantoufles ? Alors bienvenue sur KWN,  grande chaîne de télévision US qui utilise une nouvelle technologie mise au point par l’armée pour voyager dans le temps et envoie ses reporters dans le passé filmer la réalité. De la télé-réalité dans toute sa splendeur. Las ! Les lois de l’audimat sont impénétrables et l’émission perd des spectateurs de semaine en semaine. Que faire ? Un jeune loup aux dents longues, lance l’idée d’aller filmer le D-Day, le Débarquement de Normandie… Patriotisme, exaltation de la grandeur du pays, sauvetage du monde libre, le tout dans un grand show inédit et démesuré, voila de quoi scotcher les téléspectateurs à leur écran. Mitchell Kotlowitz, historien expert de  cette période et adepte des reconstitution grandeur nature et Gary Hendershot, grand reporter et photographe de guerre sont donc envoyé en 1944 pour « vivre » le débarquement… Voyager dans le passé comporte des risques, la moindre petite erreur peut même bouleverser le cours de l’histoire.

J’ai retrouvé avec plaisir la plume de Christophe Lambert. C’est tout de même le troisième roman de lui que je lis après Zoulou Kingdom, une uchronie et Vegas Mytho (qui reste, sans conteste, le meilleur des trois – par sa construction et la profondeur de son personnage principal). Et je crois qu’il fait maintenant partie des auteurs dont j’achèterai les romans les yeux fermés (enfin si le thème m’emballe un tant soit peu). La Brèche nous plonge dans le chaos et l’horreur du débarquement de Normandie, dans les pas de deux personnages bien dessinés, marqués par la vie et plus ou moins sympathiques au lecteur. Personnages qui vont devoir 1/ survivre 2/ rétablir le l’histoire officielle sous peine de voir le IIIeme Reich triompher et le monde que nous connaissons disparaitre. Viennent s’ajouter des thèmes classiques (relation père-fils, l’amour perdu…) et moins classiques comme la critique de la télé-réalité et du petit monde cynique de la TV (avec ses petits cons ambitieux, prêts à faire tout et surtout n’importe quoi pour grimper l’échelle sociale). S’appuyant sur une solide documentation, la boucherie du D-Day est bien rendue et l’auteur parvient à éviter les écueils des paradoxes temporels. Le rythme est haletant, sans temps mort, bourré d’action et porté par une écriture cinématographique (mais sans tomber dans les effets faciles). Un excellent divertissement.

Une mention aussi pour l’illustration de couverture signée Manchu. Je ne suis pas très originale sur ce coup là mais j’aime vraiment les couvertures de cet artiste.

Un extrait :
Klaus tirait sur « Frieda » (chaque périmètre de plage portait un nom de code féminin). Toutes les cinq balles, il expédiait une traçante. Cela lui permettait de diriger ses rafales. Les silhouettes tombaient les unes après les autres, fauchées à mi-corps. Les blessés se tortillaient comme des vers de terre. Pour se donner du cœur à l’ouvrage, Klaus pensait à son frère mort. Il pensait au cinquante mille victimes innocentes, des civils (femmes, enfants, vieillards) grillés vifs par les bombes incendiaires larguées à la chaîne sur Hambourg. Au bout d’un moment, ses pensées s’effilochèrent en de fiévreux flashs. Gagné par une espèce de furie guerrière, le jeune homme vidait ses rubans de cartouches en hurlant pour se mettre au diapason de la mitrailleuse, véritable prolongement de son corps. L’extrémité surchauffée de l’arme enflammait des touffes d’herbes sèches quand elle les effleurait. Plus rien n’existait autour de Klaus. Les cadavres s’empilaient sur le sable. La mer rougissait. De mémoire d’homme, personne n’avait assisté à pareille boucherie.


Challenge Winter Time Travel.


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