Les Chroniques de Méduse – Alastair Reynolds & Stephen Baxter

Les Chroniques de Méduse

D’Alastair Reynolds & Stephen Baxter

Bragelonne, 408 pages. Traduit par Laurent Queyssi.

Les Chroniques de Méduse fait suite à la nouvelle « Face à Face avec Méduse » d’Arthur C. Clarke.  Rappelons que dans la nouvelle, le pilote de dirigeable Howard Falcon subit un très grave accident lors d’un crash. Sauvé par les progrès de la médecine qui le transforme en cyborg, il a l’occasion de mener une mission d’exploration dans l’atmosphère de Jupiter à bord du Kon-Tiki. Il y découvre des formes de vie : des méduses géantes et des raies mantas.
Dans Les Chroniques de Méduse nous retrouvons donc Falcon quelques années après sa visite sur Jupiter. Sa nature hybride lui permet une longévité exceptionnelle (il n’est pas le seul puisque les traitements médicaux de régénération pullulent) et le roman adopte le format des chroniques sous forme d’épisodes marquants avec des retours dans le passé notamment à la fin des années 60. A cette époque, la NASA s’est rendue compte qu’un astéroïde, Icare, menaçait la Terre après avoir dévié de sa trajectoire. Nous sommes donc aussi dans une histoire alternative : la menace que fait peser Icare sur le monde pousse le président Lyndon Johnson à collaborer avec les Russes, mettant ainsi fin à la guerre froide en 1967. Et, en 1968, les élections présidentielles américaines opposent Richard Nixon à Robert Kennedy et ce dernier l’emporte. La NASA, pour et après avoir sauvé le monde, voit ses crédits augmentés, ce qui permet à l’humanité de coloniser le système solaire.
Les machines, de plus en plus perfectionnées et nombreuses, permettent d’exploiter des ressources dans des endroits non accessibles pour les êtres humains. Ces machines acquièrent progressivement une conscience (et un peu grâce à Falcon). La Terre originelle doit donc faire avec des colonies qui cherchent à s’émanciper et des machines qui se rebellent. Et si on ajoute à cela la Nation pan indépendante des supersinges, créés par ingénierie génétique, on voit Falcon évoluer dans un monde complexe et changeant. A moitié humain, à moitié machine, il est souvent choisi pour des missions d’espionnages, des négociations ou des explorations stratégiques. On lui demanderait presque de prévenir les conflits. Les humains ne voient en lui que sa partie mécanique, les machines le rejettent tout autant pour son humanité. Il est heureux qu’il soit un poil cynique et endurci : tant d’années passées seul pourraient pousser au suicide.

— Le voyage peut continuer. Je peux te protéger.
Falcon fronça les sourcils.
— Comment ?
— Je suis plus robuste ; je pourrai survivre à la pression, pour un temps, au moins. La nacelle n’est qu’une simple enveloppe. Considère-moi comme une autre enveloppe, Falcon. Je peux te recouvrir. T’offrir une autre couche de blindage quand la nacelle n’en sera plus capable.
— Comme une combinaison pressurisée ?
— Si tu veux. Une combinaison pressurisée qui pense et réfléchit.
— Nous ne ferions que retarder l’inévitable.
Adam sourit.
— Qu’est-ce que l’existence, sinon une tentative futile et sans fin de retarder l’inévitable ?

Que penser de ce voyage ? Visuellement époustouflant que ce soit sur Jupiter ou ailleurs. J’ai vraiment eu l’impression d’être là-haut ou là-bas (sur Mercure ou Ganymède ou Jupiter). Intellectuellement stimulant par les thématiques abordées : post-humanité, intelligence artificielle, conquête spatiale et leurs conséquences sont abordées bien que parfois un peu survolées à cause de la narration sous forme de chroniques. Émotionnellement fort avec certains passages très intenses (comme la fin de Céto, la méduse géante de Jupiter « amie » de Falcon). Du côté des bémols : Falcon se révèle parfois un peu trop monolithique dans son fonctionnement psychologique et sa relation père-fils avec Adam, la première machine à accéder à la conscience frise à quelques moments un parfait ridicule. Mais il s’agit là de points de détails au regard de la fresque spatiale enthousiasmante que nous proposent Alastair Reynolds & Stephen Baxter.

L’astre brillait intensément sur un horizon net et chiffonné. De cette hauteur, Falcon vit une plaine de roches brisées sur laquelle s’étendaient de longues ombres. Au premier coup d’œil, ce monde ressemblait à la Lune ; défiguré par des cratères, reliques d’impacts remontant à la violente formation du système solaire. Mais Falcon s’était rendu sur la Lune à de nombreuses reprises – avant l’installation des Machines, en tout cas –, et il percevait de nombreuses différences. Les parois des cratères étaient moins pentues, peut-être à cause de la pesanteur plus forte de Mercure et de la chaleur interne de son noyau fondu, plus vaste. Falcon vit aussi une ligne de crête de falaises, sorte de ride sur le paysage, qui projetait un ruban d’ombre d’où ressortaient d’autres lumières artificielles. De telles particularités, appelées « rupes », découlaient d’épisodes au cours desquels Mercure, dont la chaleur interne se dissipait, avait rétréci, sa peau prenant l’aspect d’une pomme desséchée.
Au-dessus brillait le soleil, plus de deux fois plus gros que vu depuis la Terre, mais chauffant sept fois plus. Falcon avait l’impression de ressentir son énorme intensité, rien qu’en restant là. Il lui paraissait impossible d’associer la force physique de la présence de cette étoile avec la chose pâle dont il se souvenait, les matins d’hiver de son enfance en Angleterre, où le soleil paraissait avoir à peine trouvé l’énergie pour se soulever au-dessus de l’horizon. C’était ce gigantesque afflux d’énergie qui avait fait de Mercure une cible de choix pour la colonisation, d’abord pour les humains et récemment pour les Machines. Le soleil : l’étoile de l’humanité et du système solaire, devenu une prise de guerre.

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