Nous qui n’existons pas – Mélanie Fazi

Nous qui n’existons pas

De Mélanie Fazi

Éditions Dystopia – 144 pages.

Le 26 juin 2017, Mélanie Fazi publiait, sur son blog, un billet intitulé Vivre sans étiquette. Parce qu’un jour la fiction – Mélanie Fazi est nouvelliste en fantastique – n’a plus suffi à exprimer sa différence, le format témoignage s’est finalement imposé. Ce billet marquait tout à la fois une fin, une pause et le début d’un processus d’analyse et de changement, encore en cours aujourd’hui et qui a conduit l’autrice à se raconter sans artifices dans ce texte de non-fiction magnifiquement illustré par Stéphane Perger.

Je me suis trouvée toute ma vie, par différents aspects, en décalage avec les autres sans avoir cherché. Tout ce qui me paraissait naturel semblait les étonner, et ils me le faisaient bien comprendre.  C’était un schéma qui se répétait souvent et qui est encore, dans une moindre mesure, un motif récurrent de ma vie actuelle. Mais je ne comprenais réellement pas, puisque que je ne dérangeais personne, puisque j’étais discrète, obéissante et bonne élève, puisque je ne faisais jamais de vagues, pourquoi on ne me laissait pas tranquille. S’enfermer dans sa coquille ne suffit jamais pour obtenir la paix. On vient vous chercher, vous titiller, vous reprocher jusqu’à votre silence.

Dans Nous qui n’existons pas Mélanie Fazi évoque la difficulté de vivre, ou plutôt de se construire, sans étiquette à laquelle s’identifier et avec, en permanence, une sensation de décalage que ce soit à la norme ou, plus étonnant de prime abord, aux marges. Elle pointe la difficulté de se définir et de se sentir exister quand sa nature profonde n’existe pas aux yeux des autres, n’est même pas concevable ou compréhensible par ces derniers et qu’on peine à l’expliquer. Et comme souvent, le poids des normes conduit celui qui n’y répond pas à considérer qu’il a un problème (voire dans les cas extrême, qu’il est le problème) qu’il lui faut à toute prix résoudre, et c’est un cercle vicieux de questionnement sans fins et de souffrances qui se met en place. Ce qui n’est pas nommé n’existe pas. Et l’étiquette, d’une certaine façon, donne le droit d’exister.

Pendant longtemps, les nouvelles fantastiques qu’elle a écrit se sont nourries de ces réflexions, ces interrogations et du mal-être ressenti et certains lecteurs ont décelé les motifs cachés dans de ses textes. Et, un jour, la fiction n’a plus suffi. Les mots ont coulé : d’une encre virtuelle sur une page tout aussi virtuelle, mais avec un ancrage plus que solide dans le réel. Mais le billet non plus ne suffisait pas : il fallait creuser, gratter, chercher et partager, pour pouvoir être soi et pour s’autoriser à l’être. Dans Nous qui n’existons pas Mélanie Fazi se met à nu, sans fards, avec une belle dose de courage (il en faut pour accepter de voir le regard des autres potentiellement changer). Le texte, récit intimiste porté par une plume délicate et précise, reste lumineux et porteur d’espoir de bout en bout. Nous qui n’existons pas plaide aussi pour une plus grande tolérance dans l’acceptation de l’autre. Et sa portée en devient d’autant plus universelle.

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