Utopiales 2010 – Un coup d’oeil dans le rétro 8 3


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Comme annoncé hier, voici l’interview de Sara Doke, Présidente du jury du Prix Verlanger, qui a eu la gentillesse d’accepter de répondre à nos questions.

RSFBlog : Bonjour Sara et merci d’accepter de répondre à nos questions. Le Prix Julia Verlanger récompense chaque année l’auteur d’un roman de science-fiction, de fantasy ou de fantastique publié l’année précédant le prix. Selon vous quelle place a-t-il dans le monde des littératures de l’imaginaire ?

Sara Doke : Avec 25 ans d’activité, le Prix Julia Verlanger est l’un des plus anciens du monde des littératures de l’imaginaire et l’un des seuls à être doté d’une somme conséquente. Chaque année depuis 1986, il récompense un roman et son auteur qui ont la particularité de parler d’aventure. Cependant, ce prix reste méconnu du public et nous avons parfois du mal à obtenir un service de presse de la part des éditeurs. Pourtant, nous ne sommes que cinq jurés. C’est pourquoi nous allons nous atteler, les membres du jury et moi-même à faire en sorte qu’il reçoive la visibilité qu’il mérite.

RSFBlog : Le prix est placé sous l’égide d’une fondation. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi et dans quel but ?

Sara Doke : C’est Jean-Pierre Taïeb, veuf de Julia Verlanger qui en a décidé ainsi en créant une fondation à laquelle il a légué sa fortune et les droits d’auteur de son épouse à la mort de celle-ci. La Fondation de France gère le fond Julia Verlanger, s’occupe des droits d’auteurs et de verser la dotation à l’auteur qui reçoit le prix. Ainsi, nous membres du jury n’avons à nous soucier que de délibérer, lire et choisir le lauréat de l’année.

RSFBlog : Et pour vous qui êtes auteur, traductrice, critique littéraire que représente ce prix ?

Sara Doke : Je suis membre du jury depuis 2000, à peu près à l’époque où j’ai publié mon premier texte (Miroir de mon âme dans l’anthologie Cosmic Erotica de Jean-Marc Ligny chez J’ai Lu Millénaire) et j’ai toujours considéré cela comme un honneur. Le prix Julia Verlanger, en s’attachant aux romans d’aventure s’intéresse essentiellement à la littérature populaire, littérature qui m’est chère. Je me définis comme « femme de mots », touche à tout de l’imaginaire et ce prix ouvert à tous les genres de l’imaginaire me touche particulièrement. Le fait qu’il soit doté d’une somme allant de 2500 € à 3000 € peut-être un coup de pouce important pour un auteur, tout en étant une reconnaissance honorifique de son travail.

RSFBlog : Cette année, le Prix Verlanger fêtait ses 25 ans et cérémonie de remise des prix aux Utopiales a été marquée par plusieurs évènements. Michel Jeury, Pierre Bordage, Laurent Kloetzer, Michel Pagel et Sylvie Denis, primés lors de précédentes édition, étaient présents sur scène pour accueillir Vincent Gessler, le lauréat de cette année. Pour un prix qui manque de visibilité, il semble tout de même bien ancré dans le paysage des littératures imaginaire, au moins francophone ? Être au programme d’un festival comme les Utopiales vous permet-il de toucher plus de monde ?

Sara Doke : Le prix Julia Verlanger a été créé en 1986, en 25 ans, il a primé 28 romans, francophones comme étrangers et c’est essentiellement au travers de ces lauréats qu’il s’est ancré dans le paysage des littératures de l’imaginaire. Remis initialement à la librairie Cosmos 2000, il fut ensuite décerné à la mairie du 18ème arrondissement de Paris en partenariat avec le festival Visions du Futur organisé par Aline Béguin. Le jury s’est toujours efforcé de récompenser le meilleur roman d’aventure de l’année en tentant par la même occasion de favoriser les auteurs francophones lorsque c’était possible. Je le répète, ce sont les lauréats qui font le prix et la présence de certains d’entre eux aux Utopiales cette année était un choix de notre part. Ils ont été invités par la Fondation de France qui a pris en charge tous leurs frais pour qu’ils soient présent lors de cet événement qui pour nous tous était important.
Être au programme d’un festival comme les Utopiales est surtout le résultat d’un partenariat avec la Fondation de France qui se charge des frais des jurés, du lauréat lorsqu’il n’est pas invité et du cocktail qui nous permet de le féliciter en toute convivialité.
Lors des précédentes éditions du festival, tous les prix étaient regroupés sur la grande scène et remis les uns après les autres, ce qui attirait énormément de monde. Cette année fut la première où le Prix Julia Verlanger a bénéficié d’un instant et d’une scène particuliers et nous avons été les premiers surpris de la présence de tant de monde pour nous accompagner dans la célébration des 25 ans et dans la remise du prix 2010.
Cependant, dans les différents articles de presse qui ont précédé la manifestation, le prix Verlanger n’a jamais été cité.
Je ne sais donc pas si notre présence au sein de ce festival nous permet de toucher un plus large public même si la remise du prix lors d’un festival est toujours un atout.

RSFBlog : Jeanne-A Debats a rejoint, non sans émotion, les membres du jury, vous succédez à Roland C Wagner à la présidence du Prix et vous lui avez remis « le chapeau vert fluo de la SF reconnaissante ». Quel impact ces évènements ont-ils (ou vont avoir) sur le fonctionnement du prix ? Comment avez-vous vécu cette cérémonie ? Ressentez-vous une pression particulière en tant que présidente ? Et comment envisagez-vous votre mandat ?

Sara Doke : Il m’est difficile de réponde à cette question si rapidement après la remise du prix. Je suis extrêmement fière de succéder à Roland qui a présidé le jury pendant près de quatorze ans mais je dois encore prendre mes marques. Sur le fonctionnement du prix proprement dit, à part quelques ajustements que nous sommes en train de débattre pour nous faciliter les choses, je ne crois pas qu’il y aura véritablement de changements significatifs.
Cette cérémonie a été marquée, pour nous tous, par beaucoup de trac mais aussi par beaucoup d’émotions, revenir sur 25 ans de lauréats, les voir nous rejoindre sur scène pour témoigner de leur attachement au prix, remettre le prix sans Roland pour la première fois a été un moment très fort pour tous les jurés. Ce fut aussi l’occasion pour nous de montrer à quel point le Prix Julia Verlanger pouvait être un témoin de l’évolution des littératures de l’imaginaire sur ces 25 dernières années, à quel point il était resté fidèle à sa vocation première telle que décrite par Jean-Pierre Taïeb, à quel point il s’inscrivait dans l’histoire de nos littératures de prédilection.
Je ne peux pas dire que je ressens une pression particulière, la fonction de présidente est essentiellement de travailler à rester fidèle aux raisons même du prix, de servir d’interface avec la Fondation de France et, éventuellement de départager les ex-aequo quand il y en a. Je suis là pour mener les débats, parfois, mais nous sommes tous à égalité quand il s’agit de choisir les livres qui nous plaisent et nous semblent correspondre à notre politique, quand il s’agit de discuter de manière parfois passionnelle pour défendre nos préférences ou quand il s’agit de voter.
Pour mon mandat, une chose est certaine, et nous en avons discuté à cinq depuis mon élection : donner au Prix Julia Verlanger une plus grande visibilité, une place plus importante dans le paysage de l’imaginaire et continuer à primer les meilleurs romans d’aventure de l’année.

RSFBlog : Justement,  parlons donc de celui que vous avez désigné « meilleur roman d’aventure de l’année » : Cygnis de Vincent Gessler (qui a aussi reçu le Prix Européen des Utopiales ex aequo avec Tancrède d’Ugo Bellagamba). Le choix a-t-il été facile ?  Comment les débats se sont-ils déroulés ?

Sara Doke : Le choix n’est jamais facile. Surtout avec un tel panel de nominés. Nous avons discuté passionnément, mais en fin de compte, c’est Cygnis qui a gagné, grâce à son écriture, son ambiance, son mélange de SF et de Fantasy, ses personnages bien construits…  C’est un très bon texte qui mérite d’être salué. Et en plus, c’est un post-ap que n’aurait pas renié Julia… Et un premier roman aussi fort donne plaisir à primer.
Je ne peux vous raconter les débats, ce genre de choses ne se fait pas. Nous avons choisi des textes pour un premier tour puis nous avons discuté et voté en notre âme et conscience pour le texte qui, selon nous, méritait le plus de se voir récompenser.

RSFBlog : Enfin, pour terminer cette interview, quelle question auriez-vous aimé qu’on vous pose ?

Sara Doke : Je réponds toujours la même chose à cette question : « quelle est la place du mâle dans la SF ».
Merci.

Interview réalisée par mail entre le 18 et le 26 novembre 2010. Un grand merci à Sara Doke pour le temps consacré au RSFBlog


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